L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


AUTRET Georges, René

          
Georges Autret  le 8 juillet 1942
Matricule « 45186 » à Auschwitz

Rescapé 

Georges Autret est né à Paris (14°) le 21 mars 1908. Il habite au 6 rue Cyrano de Bergerac à Paris (18°) au moment de son arrestation.
Il est ajusteur de profession (dossier des ACVG), mais il semble avoir changé de métier  au moment de son arrestation, vraisemblablement après la vague de licenciements de 1938.  
Il était commerçant ambulant, selon le témoignage d’André Montagne ("il vendait des huîtres et des produits alimentaires").

Le 4 juin 1932 à Paris 15ème, il épouse Raymonde Auguy (1909-1973).
Georges Autret est membre du Parti communiste.
Pendant l’occupation il rejoint le Front National en 1941, et sera homologué à ce titre comme  sergent dans la Résistance Intérieure Française.
En mars 1941, il subit une première arrestation,  par la Gestapo dit-il "pour distribution de tracts communistes", mais il est relâché le jour même.
Un an plus tard, le 28 avril 1942, les autorités allemandes l'arrêtent à nouveau. Si cette date d’arrestation du 28 avril 1942 correspond à une rafle effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941 -octobre 1942) Georges Autret n'est pas arrêté à Paris. 
Selon sa fiche au BAVCC, Georges Autret est arrêté en Bretagne, près de Brest (à Relecq-Kerhuon habite Mme Louis Autret, près de Brest) pour "distribution de tracts communistes et sabotage ».
Il est emprisonné à la prison de Pontanion, puis à Rennes, puis à la prison de Troyes et est ensuite acheminé au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122).
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Autret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Georges Autret est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45186» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz (1). 
Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi (…) Pierre Monjault. Georges Autret, ajusteur de métier, est de ceux-là. Il est affecté au Block 15 A. Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz
Dessin de Franz Reisz, 1946
Il tombe malade : du 8 au 26 septembre 1942 il est au Krankenbau (Block 20) « l’infirmerie » du camp (littéralement « bâtiment malades »). 
Le 30 décembre et le 9 février 1943, il est à nouveau au Krankenbau au Block 21. Il réussit à s’en sortir. La plupart des « 4500 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Georges Autret, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi-totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec la majorité des “45000” d’Auschwitz I, pour être transférés (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Un groupe de 31 est transféré le 28 août pour Flossenbourg, un autre groupe de 30 pour Sachsenhausen le 29 août 1944. Un troisième groupe de 30 quitte Auschwitz pour Gross-Rosen le 7 septembre. Georges Autret est de ceux qui restent à Auschwitz. 
Mauthausen, rescapés en 1945
Entre le 18 et le 25 Janvier 1945, il est évacué avec dix-neuf "45 000" vers le camp de Mauthausen où ils sont enregistrés : Georges Autret reçoit le matricule « 116.522 ».
Le 16 février, il est emmené au camp de Gusen, où sa libération a lieu le 5 mai 1945.
Le 20 février 1945, il est rapatrié.
Il habite alors rue Le Tellier dans le 15ème.
Il divorce de Raymonde Auguy le 13 novembre 1946.
Homologué comme sergent dans la Résistance Intérieure Française, il obtient la carte de "Déporté Résistant" (n° 100 124422).
Le 3 mars 1959, le consortium allemand IG Farben (usine à Buna-Monowitz, Kommando d'Auschwitz) où il a travaillé lors de sa déportation fait une demande de renseignements le concernant aux ACVG !
Georges Autret est décédé le 12 février 1960. Le Patriote Résistant annonçait son décès dans son numéro de février- mars 1960.  
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
  • Note 2 : Les déportés se retrouvent à quarante-cinq, cinquante, soixante ou plus, dans les wagons de marchandises qui, pour avoir servi au transport des troupes, portent encore l'inscription : 40 hommes - 8 chevaux en long. Des wagons sales, au plancher recouvert par deux à trois centimètres de poussière de ciment ou de terre, avec, pour seule ouverture, une petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés, près de laquelle les plus souples réussissent à se glisser. Au centre, un gros bidon ayant contenu du carbure dont l'odeur déjà les incommode. «Triangles rouges » prologue. Photo wagon @ Mémorial de Langeais)
Sources
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Dossier De Brinon.
  • Liste des déportés ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (BAVCC. Ausch 3/T3).
  • Liste des déportés ayant reçu des médicaments à l’Infirmerie de Birkenau entre le 1er novembre 1942 et le 28 mars 1943.
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz, Registre des décédés (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943. N) 178 de la liste.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Photo Mauthausen, US Holocaust Mémorial Museum.
Biographie (mise à jour en octobre 2013 et janvier 2014) installée sur ce blog à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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