L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GOLDSTEIN Samuel, Emile


Samuel (Sam) Goldstein (dans sa famille il se fait appeler Emile) est né le 18 octobre 1901 au 76 rue de Picpus à Paris (12ème) de parents roumains naturalisés en 1912. Sa mère est née Sarah Weissmann, est âgée de 22 ans et son père est Abraham Goldstein, 27 ans, ferblantier. Ses parents habitent au 20 rue Basfroi.
Emile Goldstein est domicilié 18 rue Alexis Lepère à Montreuil (Seine / Seine Saint-Denis) au moment de son arrestation.

D'après son épouse Adèle, la famille d'Emile Goldstein est socialisante. En 1912 il passe son certificat d'études. Son père est blessé à la Bataille de la Marne.
Le 11 juillet 1930 à Brunoy (Seine-et-Oise), il épouse Adèle Steinman. Le couple a trois enfants (Henri et Reine les aînés et Léone).
Militant communiste, il habite Montreuil depuis 1935. Sa fille Léone se souvient que « Jacques Duclos venait à la maison, et que les discussions étaient parfois intenses ». Elle a trouvé également une photo de vente du Bleuet (1) en 1936.
Depuis le 1er septembre 1937, Emile Goldstein est employé de mairie à Montreuil « au commissariat à la lutte contre le chômage et à la paie des Réfugiés ».
Il est mobilisé le 6 septembre 1939 au centre mobilisateur d'infanterie n° 211 de Paris-Coulommiers (à Coulommiers). 
Démobilisé le 10 août 1940, il doit quitter son emploi à la mairie de Montreuil après l'exclusion des Juifs de l'Administration par le gouvernement de Vichy (Loi  dite « Statut des Juifs » du 3 octobre 1940). Grâce à l'entremise d'Henri Schmitt (1), il est embauché comme terrassier au cimetière de Montreuil.
Il s’engage dans les rangs du Parti communiste clandestin dès septembre 1940, et adhère au Front national de Lutte pour la Libération et l’indépendance de la France (créé par le Parti communiste clandestin le 15 mai 1940).
Pendant l’Occupation, Emile Goldstein est en liaison avec Henri Schmitt selon le témoignage de la fille de celui-ci, âgée de 19 ans qui lui servait d’agent de liaison « mon père donnait des ordres à Monsieur Goldstein, au titre de la Résistance, par mon intermédiaire. Certifié sur l’honneur ». C’est de Geneviève Schmitt que Léone Mayéro apprendra le non du réseau : « Andalousie » (2).
Emile Goldstein est arrêté le 25 juin 1941 à 7 heures du matin, au cimetière de Montreuil où il travaille (« suite à une dénonciation, faisant partie d’un réseau de résistance » mention sur sa fiche d’arrestation). En tout état de cause il est connu des Renseignements généraux qui le considèrent comme un « militant actif », et son arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. 
Internés à Compiègne la demande de la Gestapo
Il est arrêté et interné en même temps que 4 avocats communistes et T.M. un « meneur actif », à la demande de Karl Bömelburg, chef de la Gestapo en France ainsi qu’en atteste le document des Renseignements généraux ci-contre. 
Le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération «Aktion Theoderich». D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici l’Hôtel Matignon), ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht.
Pour Emile Goldstein, il est possible qu’il ait d’abord transité par le camp de Romainville, mais sa première lettre de Compiègne est datée du 28 juin 1941, ce qui signifie qu’il est interné au camp de Royallieu peu de temps après son arrestation, sans doute le 27 juin. Au «Frontstalag 122», camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande, il reçoit le matricule « n° 313 ».
Il séjourne au "camp des politiques" au moins jusqu'au 20 mai 1942 (date de sa dernière lettre). Il est successivement affecté aux bâtiments C1, B6, A8, A7, A2.
Entre le 28 juin 1941 et le 20 mai 1942, il envoie 30 lettres à son épouse, au 18 rue Alexis Lepère.
Sa fille, madame Léone Mayéro a relevé et analysé le contenu de ces lettres, retrouvées dans les papiers de sa mère dans les années 90. Son père arrive dans les premiers temps de l’internement à évacuer ses sombres pensées, grâce au comité des loisirs du camp (lire Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne et La solidarité au camp allemand de Compiègne).
Lettre n° 4, du 3 août 41 « (...) Dans quelques instants, je vais aller au spectacle du Camp pour oublier les soucis du moment, mais à la minute même, on me retient pour un bridge, donc, adieu spectacle".
Mais il espère surtout une libération, un de ses camarades de détention venant d’être libéré. Il demande à sa femme de faire des démarches.
Lettre n° 5, du 13 août 41 « Ma chère Adèle et mes chers petits enfants. Le porteur de ce mot, Lenoble Roland, un de mes meilleurs amis du Camp, vient d'être libéré et vous donnera lui-même de mes nouvelles. J'espère et veux souhaiter que mon tour viendra aussi et que je pourrais bientôt vous serrer tous dans mes bras. (..) Si tu veux venir me voir, va à l'Hôtel Matignon, avenue Matignon à Paris, demandes un laissez-passer et tu auras le droit de me remettre de la main à la main, les colis que tu voudras bien m'apporter, et principalement mon pardessus marron. Vois si Mr L… veut te faire une attestation, comme quoi, je travaillais au moment de mon arrestation, et que dans toutes les conversations qu'il a eues avec moi, je n’ai jamais causé de politique, et aussi après enquête parmi son personnel ; il serait bon, si c'était possible, que Mr A… et Mr B… de la Mairie de Montreuil, attestent également de la même façon ; ils peuvent me rendre ce service, car c'est la vérité (...) Si tu réussis au plus vite à obtenir ces attestations, tu les feras voir à l ‘Hôtel Matignon, et là, ils te diront ce que tu dois faire avec les pièces (...). 
Note de sa fille : Deux attestations ont effectivement été faites, mais la première en date ne paraît pas avoir été le résultat de la demande d'Emile : un seul jour de différence. La plus précise, du 14 août 41, établie par son chef de chantier, sans se référer aucunement à pensée ou appartenance politique en dehors du lieu de travail, dit : "(...) C'est un ouvrier très sérieux et travailleur dont nous étions entièrement satisfaits. Il n'a jamais fait de politique sur le chantier ni en paroles ni en écrits". La seconde, du 18 août 41, dit simplement: "(...) il a toujours donné toute satisfaction dans son travail" (signature précédée de : pour Le Maire).
Lettre n° 6, du 16 août 41 (…) "Aujourd'hui, je prends mon courage à deux mains pour t'écrire, car depuis le départ de mes meilleurs amis, j'ai constamment le cafard (…) Une femme a été autorisée aujourd'hui à vois son mari par un officier supérieur du Camp, mais cela est difficile malgré tout à obtenir".
Le 19 août, il reçoit les attestations demandées par son épouse pour le passage devant la Commission de libération.
Lettre n° 7, du 20 août 1941 (…) « Hier soir on m'a remis les papiers que tu as déposé et dont je t'en remercie, mais j ‘ai beaucoup souffert de ne pas t'avoir vue. "(..) As-tu vu Roland ? Donnes-lui le bonjour et dis-lui que je suis reste à ma place, avec Lacour et Antony ». Il s'agit des attestations. Concernant les deux noms cités, il peut s'agir de Louis Lacour, d’Issy les Moulineaux et très certainement d’Emile Antony (3). Il est possible qu’il donne à son ami Roland Lenoble confirmation qu’après son départ, il ait formé un triangle du P.c. avec ces deux autres militants.
Lettre n° 10, du 6 septembre 41 (…) « Antony est à l'hôpital de Compiègne ».
Lettre n°11, du 8 septembre (…) « Mes chers. J'ai reçu ta triste lettre du 27. Il ne faut pas te désoler ainsi. Vois Jean pour ma chaîne de montre, il te conseillera si tu dois la vendre ou la mettre au clou. Je n'ai pas encore vu les membres de la Commission, pour leur soumettre les documents prouvant l'erreur de mon internement ».
Lettre n° 13, du 22 septembre 1941 (…) « Mes chers. Mes meilleurs vœux. Samedi 13 septembre je suis passé devant la Commission, et j'ai fait valoir les documents. Mais je crains que la question raciale jouera pour la libération ».
A la suite de ce passage devant la commission de libération, sa fille note que son père leur a souhaité le nouvel an Juif. Elle ne le savait pas pratiquant.
Lettre n° 16, du 15 octobre 1941 (…) « Présente de ma part à Madame Antony mes condoléances les plus sincères à l'occasion de la perte cruelle de son mari qui fut aussi un bon ami pour moi (..) ».
Lettre n° 17, du 22 octobre 1941 (…) En ce qui concerne ma libération, prends patience comme dit le (illisible: proverbe?) 'Un jour viendra’.
FT 122 @ Poirmeur
Lettre n° 18, du 30 octobre 41. Il a changé de baraque
Lettre n° 20, du 13 novembre 41 « Ma petite Adèle chérie. Je viens de recevoir ta lettre du 6 nov. dans laquelle tu me dis espérer me voir rentrer pour le 25 de ce mois ; que Dieu t’entende, car je commence d'en avoir marre de rester ici loin de vous. fi.) Adèle. Je te demande de m'écrire plus souvent, car j 'ai un cafard monstre".
Note de Léone Mayero : « Le fait d'être emprisonné peut suffire à donner un cafard monstre. Cependant, il ne l'exprime pas souvent, car ses lettres tendent au contraire à donner du courage à son épouse. Ici, cette affirmation me paraît être bien proche : 1°) du changement de bâtiment, dont il ne donne pas forcément la raison, à supposer qu'il la connaisse ou la devine ; 2°) de la discussion (dont il n'a pas eu l'initiative) avec son épouse - lettre n°19 du 7 novembre - sur la personne qu'il affirme l'avoir dénoncé. Il donne, le prénom du dénonciateur et le nom de la personne officielle ayant reçu ladite dénonciation. Même au plus fort de la discussion, qui se poursuit sur plusieurs lettres, il l'atténue par le terme "involontairement", mais ne la renie jamais. Je souhaite effectuer les recherches qui me permettront d'en avoir le cœur net (pour moi, mais aussi pour lui, car c'est tenir compte de lui).
Lettre n° 21, du 26 novembre 1941 (…) « En ce qui concerne (…) je te le jure sur ma vie, et je n'ai pas besoin de te dire qu'ici, elle ne tient qu'à un fil ». Emile Goldstein sait qu’il est otage, et qu’il peut à tout moment être appelé vers le peloton d’exécution, car les internés nommés lors de « l’appel » du camp de Compiègne sont nombreux.
Lettre n° 22, du 1er décembre 1941 (…) « Quand à moi. Dieu merci la santé est bonne, mais ma libération ne vient pas vite. Courage - patience - Espoir. Baisers. Emile ».
Lettre n° 23, du 11 décembre 1941 (il a encore changé de baraque, de A8 à A7). « Je suis très heureux d'apprendre que Mr R… a été libéré et je lui souhaite de se rétablir au plus vite. Quand à Mme G…, le jour viendra également pour son fils, de toute façon elle n'a pas à s'inquiéter pour lui, car il n'est pas retenu comme otage comme moi. Crois-moi que, comme toi, je désirerais rentrer chez nous, et il faut prier Dieu que les odieux attentats contre les membres de l'armée d'occupation cessent. Car j'en ai le cafard et je ne voudrais pas mourir pour une cause qui n'est pas la mienne. Ma petite femme chérie, il faut continuer à m'écrire, surtout de bonnes nouvelles ».
L’opinion exprimée dans la dernière partie de sa lettre est partagée par de nombreux citoyens en 1941. Toutefois, le courrier du camp étant soumis à la Censure, on peut aussi se demander si cette déclaration ne vise pas à constituer un argument en faveur de sa libération.
Lettre n° 24, du 18 décembre 1941 (…) « Depuis une quinzaine de jours, je suis souffrant, je ressens une faiblesse générale avec fièvre et le médecin ne peut m'envoyer à l’infirmerie, faute de place ; par contre, il m'a ordonné un médicament que tu réclameras pour moi à la Croix Rouge qui se trouve 6 Rue de Berri à Paris 8ème arrondissement, qui s'occupe des internés civils et de leurs familles, car tes moyens ne te permettent pas de payer ce médicament. Y a-t-il du nouveau parmi nos amis de race. Reverrai-je un jour ma petite femme adorée et mes petits enfants chéris ? Nous devons jusqu'au bout garder cet espoir et dans cette attente. Recevez mes chers amours, les meilleurs baisers de votre Emile ».
Lettre n° 25, du 30 décembre 1941 (…) « J'ai beaucoup souffert d'apprendre que les enfants Reine et Riri sont partis à Brévannes (5). Mais je veux espérer que là-bas, ils se rétabliront très vite. Tu leur diras de m'écrire le détail de leur nouvelle vie. Si Léone doit partir d'ici 1 mois ou deux, je souhaite de pouvoir rentrer à la maison, afin que ma petite Adèle adorée ne se trouve pas esseulée. N'écris jamais à mon Commandant du Camp pour ma libération, car il ne peut rien pour ça, il est chargé simplement de nous garder, un point c'est tout. La veille de Noël, j'ai reçu un petit colis de la Croix-Rouge et ce qui m’a fait le plus plaisir, c'est qu'il contenait un paquet de cigarettes. Mon Adèle, je brûle du désir de te revoir, ainsi que nos enfants, nos amis et le ciel de Montreuil : espérons que ce beau jour arrivera bien vite ».
Lettre n° 26, du 4 janvier 42 « Occupes-toi avec l'assistante pour envoyer de suite la petite Léone à Brévannes afin que l'on puisse la sauver à temps. Je t'embrasse follement et les enfants idem. Ton Emile ».
Lettre n°27, du 9 janvier 42 (…) « Avec le pain que tu m'envoies tu peux dire que tu me rends la vie, tu me ressuscites, mais je ne voudrais pas que tu te sacrifies pour moi, car il faut que tu vives aussi, pour les enfants et pour moi, car je désire te revoir en bonne santé. Ne t’occupes pas de réclamer ma libération, elle viendra d'elle-même avec l'aide du Dieu tout puissant ».
Compiègne en février 1942. @ Jatko
Lettre n° 28, du 27 février 1942 (…) « Ma chère petite femme. Hier j'ai été avisé par la Caisse de Solidarité du Camp que l'on t'avait adressé un secours de 200 frs. Cela m’a fait plaisir pour toi. Comment vas-tu ma petite chérie ? Et nos enfants adorés? Que je voudrais bien vous revoir, et le temps me semble bien long, vu que je commence le 9ème mois de séparation ».
Lettre n° 30, du 20 mai 42 (…) Ma petite femme chérie. Depuis dimanche soir j'ai quitté l’infirmerie afin de laisser la place à un autre malade, mais dans huit jour je rentrerai de nouveau à l’infirmerie et le médecin allemand décidera si l'on doit m’opérer. Je suis étonné de ne pas t'avoir vu le 16 à l infirmerie, vu qu'un sous-officier est venu me demander pour connaître mon N° de matricule et je suis à me demander si tu es venue puisque je n'ai pas reçu non plus de colis du 16. (...) J’espère te revoir au plus vite ainsi que les enfants, et en attendant ce beau jour qui ne tardera pas, je le souhaite de tout cœur je t'embrasse ainsi que les enfants de toutes mes forces, ton Emile ».
Note de sa fille « Je pense que la demande du n° de matricule, liée à l'état de santé d'Emile, peut avoir un rapport avec la confection de la liste des déportés du convoi des « 45000 ». J'ai trouvé un document (plus exactement une moitié de document) du 24 juin 42 (soit 12 jours avant le départ du convoi), signée Hauptmann. Compiègne, qui indique la fin du prénom de mon père (...uel), sa date de naissance (18/01/1901), et le mois et l'année de son arrivée à Compiègne (6/41). Apparaît la fin d'un mot en Allemand : ... inigzing. Il y a un laps de temps de deux mois, ce qui est énorme, entre cette dernière lettre et l'antérieure. Cependant, les indications de dates de réceptions de lettres et colis qu'elle contient laissent entendre qu'il n'en manque aucune. Pourquoi ce long silence? Je l'ignore ».
Nous n’avons aucune certitude concernant la présence ou non de Samuel, Emile Goldstein sur la liste des Juifs du convoi. Toutefois la reconstitution que j’ai faite de la liste générale semble indiquer que son nom se trouvait bien dans celle-ci.
Depuis le camp de Compiègne, Emile Goldstein va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Fin juillet son épouse reçoit un papier non signé indiquant qu’il part pour l’Allemagne et restera une semaine à Mourmelon, puis ira en Allemagne pour travailler.
Les wagons de la Déportation
Emile Goldstein est en fait déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "46279 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni la date de décès d’Emile Goldstein.
L’arrêté ministériel du 4 novembre 1993 paru au Journal Officiel du 4 janvier 1994 porte la mention Mort en déportation sur ses actes d'état civil, avec la date « décédé le 15 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés.
Emile Goldstein est déclaré « Mort pour la France », il est homologué « Déporté politique ».
Son nom (sous le patronyme de Sam Goldstein) est gravé sur la plaque commémorative rue Victor Hugo, intitulée "Honneur aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte et heureuse". 
Il se trouvait également sur le panneau "victimes montreuilloises du nazisme" dans la salle de la Résistance montreuilloise du Musée d'Histoire Vivante, au Parc Montreau. Sur ce panneau, sous sa photo est inscrit "Résistant".
Son nom est également gravé sur le « mur des noms » du Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy-l’Asnier à Paris 4ème.
  • Note 1 : le Bleuet, fabriqué par les anciens combattants et vendu chaque 11 novembre depuis 1935)
  • Note 2 : Henri Schmitt est arrêté le 15 mai 1941 et fusillé le 5 novembre 1941 au Mont-Valérien. Sa fille Geneviève Schmitt est également arrêtée le 16 mai 1941.
  • Note 3 : le réseau Andalousie, créé sous l’impulsion de Gérard de Clarens est composé de 76 membres dépend du BRCA (services spéciaux de la France libre). Il est actif à partir de 1941 dans le sud de la France et en Espagne, mais surtout en 1943. Il y a peut-être une confusion dans les souvenirs de Geneviève Schmitt, alors âgée de 19 ans.
  • Note 4 : Emile Antony habite au 23 rue de l'Ermitage à Montreuil (cette adresse est donnée dans une lettre ultérieure, lors de son entrée à l'hôpital de Compiègne. Il semble que ce soit là qu'il meure, probablement en octobre 41, date des condoléances adressées par Sam à Mme Antony. Son nom est gravé sur la plaque intitulée "Honneur aux Communistes de Montreuil tombés pour une France libre, forte et heureuse".
  • Note 5 : Brévannes est un préventorium situé en Seine et Oise où Reine et Henri  ont été cachés. Quant à Léone, elle est partie peu après, pour les mêmes raisons, mais dans une Maison d'Enfants à Forges-les-Eaux en Seine Maritime. Tous ces départs ont été organisés par la Mairie de Montreuil (de même que ceux de 1940 vers Gien, "pour éviter aux enfants les bombardements"). Par la suite, en 42, c'est l'UGlF qui a apporté son aide ; en particulier un "groupe israélite d'Alsace Lorraine" nous a tous réunis à Néris-les-Bains, dans l'Allier, où Adèle était réfugiée. L‘UGIF a versé 600 F/mois à Adèle pour l'aider elle et ses enfants dans l'Allier. UGIF : Union générale des israélites de France, organisme créé par la loi du 29 novembre 1941 suite à une demande allemande.
Sources
  • Renseignements dactylographiés fournis par sa fille Léone Mayero (2 juillet 2000), et plusieurs courriers.
  • Etat civil numérisé de la ville de Paris.
  • Photo de Sam Golstein : brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, liste des avocats et militants communistes internés le 21 avril 1941.
Biographie mise à jour en août 2013 et 2016 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil). Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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