L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COPIN Paul, Marie, Eugène, Olivier




Paul Copin le 8 juillet 1942
Matricule "45393" à Auschwitz

Paul Copin est né le 9 février 1913 à Saint-Julien-en-Jarez (Loire). Il habite rue de Paris
à Vincennes (Seine / Val-de-Marne), comme son plus proche ami et camarade Alfred Maleret (1).
« Titulaire du certificat d’études primaires, il travaille dans la comptabilité » (Le Maitron), peut-être à la Barclays Bank, où Alfred Malleret a trouvé un emploi. En 1928 Malleret fonde avec sept camarades une première association le « Pingouin’s club », dans le but de s’instruire par un échange des connaissances artistiques et musicales de chacun. En 1929, Alfred Malleret fonde la « Nouvelle Pléiade » avec trois amis, dont Paul Copin. Ils s’essaient à la vie communautaire et louent un pavillon à Vincennes. Le groupe s’initie aux sciences humaines, au latin, à la philosophie que leur milieu modeste ne leur avait pas permis d’aborder à l’école. En 1935, c’est l’étude de Marx. Deux des camarades de Malleret - dont Paul Copin - deviennent communistes (Le Maitron).
Maurice Kriegel-Valrimont présente Paul Copin comme « le dirigeant des jeunes métallos de la région parisienne ». Malleret, Kriegel (qui n’était pas membre du Parti communiste) et Copin sortaient le soir ensemble et parlaient politique (Le Maitron). 
Maurice Kriegel-Valrimont raconte son franc-parler (1937) « un jour Malleret et Paul Copin, son plus proche ami, m’emmènent à une réunion au gymnase Huygens. Un des secrétaires du Parti - Marcel Gitton - est à la tribune. « S’il y a un flic à la direction c’est lui » nous lance Copin ».
En 1936 Paul Copin travaille comme archiviste-documentaliste à l'usine d'aviation Nieuport d’Issy-les-Moulineaux (Société Anonyme Loire-Nieuport, qui devient la SNCAO en 1937 - Société nationale de construction aéronautique de l'Ouest - à la suite de la loi de nationalisation des industries aéronautiques de 1936). Les Renseignements généraux le connaissent comme « secrétaire de la cellule Nieuport de la section d’Issy du Parti communiste ». 
Membre des Jeunesses communistes, Paul Copin est délégué en 1938 au Rassemblement de la Jeunesse à New-York avec André Carel, Raymond Guyot, Léo Figuères, André Leroy et Danielle Casanova. Ils embarquent au Havre à bord d’un grand transatlantique pour participer au second Congrès mondial de la Jeunesse à New York, parrainé et  présidé par Eleanor Roosevelt. 
Mobilisé à la déclaration de guerre, Paul Copin se voit retirer son statut « d’Affecté spécial » chez Nieuport selon André Tollet.
Pendant l'occupation, Paul Copin devient alors manœuvre. Il est l'un des responsables de la J.c. dans l'illégalité, il est membre du comité clandestin de la Région communiste «Paris-Sud» avec Marcel Boyer.
Il est arrêté en même temps que Georges et Marthe Rudolf (la sœur d’Alfred Malleret) dans la nuit du 30 avril au 1er mai 1941 à Arcueil, pour distribution de tracts de la « Vie Ouvrière » clandestine appelant à manifester le 1er mai.
Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), ils sont détenus à la Santé le 2 mai en attente de jugement. Le 3 mai, Paul Copin et Georges Rudolf sont condamnés à 6 mois de prison. Marthe Rudolf est relaxée faute de preuves. Paul Copin est incarcéré à la Maison d’arrêt de Fresnes le 24 mai 1941.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, en application de la Loi du 3 septembre 1940, le préfet de police de Paris ordonne son internement administratif au CSS de Rouillé le 17 septembre 1941 (2).
Paul Copin est transféré au camp de Rouillé le 9 octobre 1941, au sein d’un groupe de soixante communistes de la région parisienne (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture de Police de Paris et  20 viennent de la caserne des Tourelles).  
Le 9 février 1942, Paul Copin fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
André Tollet qui est avec lui à Rouillé, dit de lui "C'était un gars très-très bien". Il raconte l’épisode où Paul copain qui présente sur le corps des petits boutons et ressent des démangeaisons, doit passer quelques jours à l’infirmerie sur le diagnostic alarmé du docteur Wolson (interné lui-même)… pour s’apercevoir par la suite que son pull-over est plein de poux !

Soldats allemands du camp de Compiègne
André Tollet a également rapporté son commentaire au camp de Compiègne : « ils ont des gueules de vaincus » devant le désarroi des Allemands lors de la fameuse « Marseillaise » du 8 mars 1942 chantée par tous les internés de Royallieu lorsque Corentin Cariou, Jean-Baptiste Rechaussière et Pierre Rigaud sont emmenés vers le peloton d’exécution à Moulin-sous-Touvent près de Carlepont (Oise). Lire dans le blog : Compiègne, le 5 mars 1941 : « ils ont des gueules de vaincus ! »
A Compiègne, Paul Copin compose un triangle clandestin avec deux autres communistes : Marcel Boyer de Vitry et Fernand Devaux de Saint-Denis.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Les wagons de la Déportation
Paul Copin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Paul Copin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi) Paul Copin est renvoyé à Auschwitz-I après l’appel du soir. Ses autres camarades restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Il est affecté au même Block que Marcel Boyer et Fernand Devaux, et il essaie de reconstruire avec eux leur triangle clandestin de Compiègne. Ensemble, ils sont affectés au Kommando de la Huta.
« Pour ma part, j'étais dans le même triangle que celui de  Compiègne, avec Paul Copin et Marcel Boyer, un ancien des Brigades internationales. Nous étions dans le même kommando, Huta (travaux de terrassement, installation de canalisations), à Auschwitz-I et au même block. La mortalité a été tellement forte qu'elle a décimé notre organisation » (Fernand Devaux).
Cependant un arrêté ministériel du 12 novembre 1987 paru au Journal Officiel du 26 février 1988 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Gabriel Lacassagne. Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire une date et un mois probables de décès « mort le 31 août 1942 à Auschwitz ». Lire dans le blog : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Paul Copin a été déclaré « Mort pour la France » le 6 février 1947.
Il est homologué « Déporté politique » le 14 février 1963 (n° 1175 15930).
  • Note 1 : Alfred Malleret, né le 15 décembre 1911 à Paris 16ème, mort le 20 février 1960 à Arcueil (Val-de-Marne) ; employé d’assurances ; syndicaliste et militant communiste ; un des dirigeants de « Libération-Sud » en 1942, puis responsable des Mouvements Unis de Résistance en 1943-1944 avec le grade de général ; membre du comité central du Parti communiste en 1950 ; député de la Seine (1946-1958), conseiller municipal d’Alfortville (Val-de-Marne). Le Maitron (résumé d’une longue biographie)
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Témoignages d’André Tollet, Georges Faudry, Georges Guinchan, Fernand Devaux (in “Mille otages pour Auschwitz”, page 302).     
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, Edition papier, Tome 23 page 156. Note de Jean Maitron.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Sa photographie d'immatriculation à Auschwitz a été identifiée par des rescapés lors de la réunion organisée par l'Amicale d'Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin "Après Auschwitz", n°20 de mars-avril 1948).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Maurice Kriegel-Valrimont, Mémoires rebelles, avec Olivier Biffaud, Odile Jacob, 1999. Page 29.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.

Biographie mise à jour et installée en juillet 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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