L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHAPAT Alfred, Pierre


Alfred Chapat est né le 12 octobre 1906 à Dore-l'Eglise (Pas-de-Calais). Il est  domicilié au 7 rue de la Solidarité à Montreuil (Seine / Seine-Saint-Denis) selon le BAVCC, mais son adresse inscrite au camp de Rouillé en 1942 est le 14 rue Désiré Préaux.
Alfred Chapat est célibataire et travaille comme magasinier.
Il est membre du Parti communiste et milite activement.
Après la dissolution du Parti communiste, il appartient à un groupe de six communistes montreuillois qui militent clandestinement (dont Georges Brumm, Marcel Vandenhove, Marceau Vergua, Marcel Delozanne)
Au début de l’Occupation, le groupe « mène des actions contre la fabrication de matériel de guerre destiné aux Allemands » (témoignage de Georges Brumm, rescapé).
Alfred Chapat est arrêté le 19 octobre 1940 par des agents du commissariat de police de Montreuil, avec Georges Brumm, Marcel Vandenhove, Marceau Vergua. La veille de leur arrestation, ils ont collé des affichettes « à bas Hitler ». Georges Brumm pense que le groupe n’a pas suffisamment respecté les consignes de sécurité, et qu’ils ont été filés (1).
Ils sont retenus au Dépôt de la Santé. Le 23 octobre 1940 les cinq militants comparaissent devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. 
Alfred Chapat est condamné à dix mois d’emprisonnement et ses trois co-accusés à huit mois chacun pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (« reconstitution de ligue dissoute »).
Ils se pourvoient en appel, et sont incarcérés à la maison d’arrêt de Santé jusqu’au jour du pourvoi, qui est rejeté par la Section spéciale d’appel (le 17 décembre selon Georges Brumm).
Alfred Chapat est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes fin décembre 1940, puis à la Centrale de Poissy le 22 avril 1941.
Le 21 mai 1941, le directeur de la Centrale transmet au Préfet de Seine-et-Oise, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », des  dossiers de détenus communistes de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours du mois suivant, dont Alfred Chapat. Les dossiers sont transmis aux Renseignements généraux via le Préfet de police de Paris.

Comme pour la plupart des détenus communistes libérables, le Préfet prévoit leur internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940. Toutefois, il demande au directeur de Poissy qu’Alfred Chapat soit « interné à sa sortie de Poissy dans cet établissement, en attente qu’une place soit disponible à Aincourt », comme ce fut le cas de plusieurs détenus (Eugène Thédé, François Dallet).
Finalement c’est au camp de « séjour surveillé » de Rouillé (4) qu’Alfred Chapat et sept de ses co-détenus de Poissy sont internés le 28 novembre. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz : François Dallet, Albert Faugeron, Raymond Langlois, Pierre Marin, Marcel Nouvian, et Eugène Thédé. Le septième est Georges Deschamps.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Alfred Chapat (n° 50) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, Alfred Chapat va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".

Entrée du camp d'Auschwitz
Le numéro «45351 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Alfred Chapat meurt à Auschwitz le 1er septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 164 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Un arrêté ministériel du 6 octobre 1987, paru au Journal Officiel du 20 novembre 1987, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Alfred Chapat. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés (ici René Petitjean), afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

Alfred Chapat a été déclaré « mort pour la France » et homologué « Déporté politique ». Son nom figure sur la plaque commémorative apposée en Mairie et intitulée "Honneur aux communistes de Montreuil tombés pour une France libre forte et heureuse".
  • Note 1 : En fait ces arrestations entrent dans le cadre de la campagne de répression obtenue par Vichy à l’encontre des militants communistes connus, qui a débuté le 5 octobre par une grande rafle. Ce sont plus de 300 communistes qui sont arrêtés dans ces premières rafles du début octobre. Une note des RG du 7 octobre s’en félicite « PC. La répression s'est exercée avec des moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l'autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu'il ne soit pas mis obstacle à l'application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940 ».
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 et 2002 (Val de Fontenay).
  • Témoignage de Georges Brumm (17 février 1973 recueilli par Roger Arnould).
  • Daniel Tamanini (FNDIRP, lettre du 23 avril 1989).
  • Liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
Biographie mise à jour en juillet 2013 à partir de la note succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi et publiée dans une brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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