L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROYER René, Camille



René Royer le 8 juillet 1942
Matricule 46075 à Auschwitz

René Royer est né le 19 juillet 1897 à Payroux (Vienne). Il est le fils de Marie, Joséphine, Octavie Simonet, 23 ans, lingère et de Louis, Narcisse Royer, 27 ans, cultivateur son époux.
Au moment de son arrestation, René Royer habite le 14ème arrondissement de Paris au 156 rue de Vanves (actuellement rue Raymond Losserand, fusillé le 21 octobre 1942) dans une cité ouvrière HBM. Dans cet immeuble habitent également André Aubouet et Raymond Tardif, qui seront fusillés le 17 avril 1942 à l’issue du « Procès de la maison de la Chimie ».
Mobilisé au centre de recrutement de Poitiers en janvier 1916 (toutes les classes, dont la sienne, sont appelées en avance pendant le conflit de 1914-1918), René Royer est incorporé au 136ème Régiment d’Infanterie, affecté à la 6ème armée. Il est blessé par balle à l’œil droit le 21 juillet 1918. Il est réformé le 25 mars 1919 par la commission de réforme de Poitiers avec une pension d’invalidité de 45 %. Il est décoré de la Croix de guerre.
Le 28 décembre 1920 à Payroux, il épouse Valentine Dupaine - née le 9 août 1902 à Mauprevoir (Vienne).
Le couple aura six enfants. Yvette, nait le 23 avril 1922 à Mauprevoir et René Camille, nait le 28 décembre 1923 à Mauprevoir. Leur père entre à l’administration des PTT en juillet 1926. Pierre nait le 14 octobre 1926 à Paris 15ème.

Les HBM rue Raymond Losserand
Le 6 janvier 1929 le couple et leurs 3 enfants emménagent au 156 rue de Vanves à Paris 14ème, « au loyer mensuel de 112 F ».
Jacques nait le 20 janvier 1929 à Paris. Paul nait le 22 juillet 1935 à Paris 14ème et Danielle, nait le 21 février 1939 à Paris 14ème.
René Royer est affecté en janvier 1931 au bureau central des PTT du 14ème arrondissement, 15 bis avenue d'Orléans (devenue avenue du général Leclerc).
Militant du Parti communiste, il est secrétaire de la cellule de son bureau de poste et adhérent à la section du 14ème.
Il est responsable du syndicat unitaire des employés des PTT du 14ème (affilié à la CGTU) et membre du Secours ouvrier international (SOI).
Il est connu des services de police « le 12 juin 1932, il a été appréhendé, alors qu’il chantait « l’Internationale » au retour d’une fête organisée par l’ex-Parti communiste. Sans suites judiciaires » (note blanche des RG).
René Royer est « exclu de fonction pour faits de grève » en 1938 (dossier PTT).
Une note de la direction du personnel (28 avril 1942) signale qu’il fait l’objet en mars 1940 d’une fiche de signalement comportant la mention suivante : « à éloigner ou à écarter du service dès les premiers symptômes de troubles ».
Pendant l’Occupation, il est suspecté d’avoir repris des activités militantes : une perquisition a d’ailleurs lieu à son domicile le 9 décembre 1941 : elle est négative « aucun objet ou document suspect » (note blanche des RG), mais il est indiqué « ses sympathies semblent toujours acquises aux doctrines révolutionnaires ».
Son fils, René Camille écrit : « Par précaution, mon père ne nous a jamais mis au courant de ses activités pendant l’Occupation ».
Le 28 avril 1942, René Royer est arrêté par des policiers français, à son domicile, « pour activités communistes et distribution de tracts » (BAVCC). En fait, ce jour là une rafle est effectuée sur ordre de l’Occupant dans tout le département de la Seine et René Royer y est inclus, compte tenu de son passé de militant communiste et syndicaliste. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’Armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Selon Suzanne Deslandes, il y eut ce jour là 44 arrestations dans l'arrondissement. Six d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 (René Deslandes, Jean Charles Hugues, Pierre Marin, Jean Nicolaï, Gabriel Ponty, René Royer).
René Royer est transféré à Compiègne "1 ou 2 jours " après et interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).


PTT, 7 août 1942
En application du décret du 9 avril 1940, la direction des PTT le suspend provisoirement de ses fonctions à la date du 28 avril 1942, et diligente une enquête de service en juillet 1942 auprès du receveur du 14ème et de plusieurs contrôleurs : tous soulignent que, « très bien noté », « sa manière de servir est exempte de critiques », « aucune remarque défavorable », « l’intéressé se montre dans le service absolument correct ». Le directeur régional conclut (7 août 1942) « l’intéressé ne s’est, au cours de son service, livré à aucune manifestation pouvant laisser croire que ses sympathies étaient toujours acquises aux doctrines révolutionnaires ». 
A la suite de ces enquêtes, la suspension sera annulée et le traitement de René Royer maintenu (4 novembre 1943).
Mais depuis le camp de Compiègne, René Royer a été déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Les wagons de la Déportation
René Royer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

René Royer est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46075». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il me semble pouvoir être validé après avoir comparé la photo d’immatriculation du déporté correspondant à ce numéro et sa photo en tenue de facteur.
Après l’enregistrement, René Royer passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès à Auschwitz.
Un arrêté ministériel du 16 octobre 1998 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1999 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Caron. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quand à la date réelle de décès à Auschwitz. Toutefois aucun témoignage des rescapés n’indique que René Royer soit mort 3 jours après leur arrivée.
Il est homologué comme « Déporté politique », et déclaré « Mort pour la France ».

Une plaque commémorative a été apposée au Centre de tri postal, 115 boulevard Brune : "A la mémoire de notre camarade René Royer, facteur. Déporté et disparu, victime de la barbarie nazie".
Son nom est inscrit sur la plaque commémorative à la Bourse du Travail de Paris, rue du Château d'Eau : «A la Mémoire des dirigeants de Syndicats tombés dans les combats contre le nazisme pour la libération de la France».
Le 25 avril 2005, son nom est cité avec celui de deux autres « 45000 » (Jean Hugues et René Deslandes) par le maire du 14ème arrondissement lors de la journée de la Déportation.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources
  • Secrétariat général de la mairie du 14° (26 janvier 1989) : communication des renseignements recueillis par M. René Cottard, président de la Société Historique et Archéologique du 14ème.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par l'un de ses enfants, René Camille Royer, le 15 février 1992.
  • Portrait de René Royer en facteur : photo recueillie en janvier 1973 par André Deslandes auprès de « Dédée Ponty », sœur de Gabriel Ponty. Communication 2004.
  • Recherches d’André Deslandes sur les déportés du 14ème (photocopies du dossier de René Royer aux Archives nationales (dossier professionnel PTT). Janvier 2004.
  • Notes blanches des RG, Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Revue d'Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
Biographie mise à jour et installée en juin 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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