L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PELLETIER Gaston, Eugène


Photo dans la brochure de 1945
Gaston Pelletier est né le 24 avril 1908 à Saint-Firmin (Saône-et-Loire) au 5 lieu-dit Les Caillots (recensement de 1911). Il est le fils de Marie Lauriot (24 ans) et d’Eugène Pelletier (29 ans), patron tailleur de pierre.
Gaston Pelletier habite au 22 rue Jean Jaurès à Villejuif (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation. Il effectue en 1928 un service militaire d’un an (loi de mars 1928). Il est marié.

L'"Asile" de Villejuif
Le 5 octobre 1935, Gaston Pelletier travaille comme infirmier à l'Hôpital psychiatrique de Villejuif (dit « l’Asile » d’aliénés). Il est titularisé à ce poste en juin 1936.
Il est membre du Parti communiste depuis 1936 et devient secrétaire de la cellule de « l’Asile ». Il est mobilisé en septembre 1939.
Dès sa démobilisation en 1940, « il reprend le travail illégal » (René Herz, in brochure).
Le 15 novembre 1940, le directeur de l’Asile de Villejuif révoque 60 employés en vertu de la loi du 17 juillet 1940 (« les magistrats et les fonctionnaires et agents civils et militaires de l'Etat pourront être relevés de leurs fonctions». En vertu de cette loi, chaque établissement dresse la liste des agents « dont la manière de servir laisse à désirer ». Parmi eux de nombreux communistes et syndicalistes, dont Gaston Pelletier. Il figure dès lors sur les listes dressées par les Renseignements généraux.
Gaston Pelletier figurant avec 5 autres employés de l’Asile de Villejuif sur une liste de « fonctionnaires, employés des services publics, concédés et assimilés, internés administrativement le 6 décembre 1940 par application de la Loi du 3 septembre 1940 », est donc arrêté le 6 décembre 1940, en même temps que 8 militants communistes de Villejuif, « en vue de leur internement à Aincourt ». Il s’agit d’employés de l’Asile et d’employés communaux.
Ce sont, René Balayn (buandier à l’Asile, déporté et mort à Auschwitz), Henri Bourg, (infirmier à l’Asile, déporté à Dachau en 1944, rescapé), Raymond Ferrare, (Infirmier à l’Asile, ancien secrétaire du syndicat CGT des services publics-santé, déporté à Sachsenhausen, rescapé), Roger Gallois (infirmier à l’Asile, interné à Aincourt), René Herz, (infirmier à l’Asile, interné à Aincourt, libéré pour maladie. Responsable politique de Vitry et de Villejuif à l’insurrection). François Turbier, (égoutier, employé municipal, interné à Aincourt, Voves et Pithiviers). Dominique Ghelfi (aux Pupilles communistes dès 14 ans, membre des JC puis au Pc à 23 ans. Employé au Kremlin-Bicêtre, il est domicilié avant guerre au 6 rue Guy Moquet à Villejuif. Replié à Paris il est également arrêté ce 6 décembre 1940 par un inspecteur du commissariat Maison-Blanche (13ème). Interné à Aincourt, Rambouillet, Gaillon, Compiègne. Il voit partir ses camarades villejuifois le 6 juillet 1942. Il est déporté le 17 janvier 1944, et reviendra de Buchenwald).
Gaston Pelletier, d’abord conduit comme ses camarades à la caserne des Tourelles est interné avec eux le même jour à Aincourt (Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).

Dans la « liste des militants communistes internés administrativement le 6 décembre 1940 » reçue par le directeur du camp, on peut lire comme exposé des motifs pour Gaston Pelletier : « Infirmier à l’Asile de Villejuif. Se livre à une active propagande auprès de ses collègues ».
Le 6 septembre 1941, il est transféré au camp de Rouillé (1), au sein d’un groupe de 149 internés, chiffre de la circulaire du 14 octobre 1941. A cette date, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé 4 mois auparavant, dont celui de Gaston Pelletier. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre. Les motifs de l’arrestation de Gaston Pelletier qui y figurent sont identiques à ceux mentionnés à Aincourt.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Gaston Pelletier (n° 142 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 

Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Gaston Pelletier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro " 45960 ? " figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon livre Triangles rouges à Auschwitz. Par ailleurs, la photo d’immatriculation (2) correspondant à ce numéro est manquante et ne peut donc être comparée avec la photo parue dans la brochure de Villejuif en 1945.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Georges Dudal et Raymond Montégut ont tous deux - à la Libération – certifié du décès de Gaston Pelletier dans les premiers mois de leur arrivée. Comme Georges Dudal est resté à Birkenau jusqu’en 1943 et que Raymond Montégut a été affecté à Auschwitz I, aucun de ces deux témoignages - destinés à permettre l’accès à pension de la veuve de Gaston Pelletier - ne permet de connaître son affectation après le 13 juillet. On connaît par contre sa date de décès.
Gaston Pelletier meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 916 et site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Ce certificat porte comme cause du décès « Entzündung Herzbeutel» (inflammation du péricarde). L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient également de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp qui ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés  ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 8 juillet 1996 paru au Journal Officiel du 27 août 1996, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Gaston Pelletier.

Le 22 rue Jean Jaurès
Plaque à l'hôpital Paul Guiraud
Le nom de Gaston Pelletier est honoré sur une plaque à l’hôpital Paul Guiraud de Villejuif, et une plaque avait été apposée sur son domicile (elle a aujourd’hui disparu, mais on en voit encore la trace, en haut à gauche de la photo). Son nom est inscrit sur le monument commémoratif de la commune dressé en 1999 dans le parc Pablo Neruda.
Les 45000 de Villejuif © montage Pierre Cardon
Lire dans le blog l’article Les fusillés, déportés et internés de Villejuif .

  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées : elles avaient été cachées par des membres de la Résistance intérieure du camp pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. Elles été retrouvées à la Libération et conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz qui me les a confiés. 
Sources
  • Notes manuscrites de Gilberte Le Bigot, belle-sœur de Georges Le Bigot concernant chacun des 9 déportés à Auschwitz (1973). 
  • Témoignage du son fils de René Balayn (1973).
  • "Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste", brochure éditée par la Vie nouvelle sous l’égide de la municipalité et de la section communiste de Villejuif (1945-1946). Imp. M. Boivent. Les documents ont été rassemblés par René Herz, employé à l’Asile, arrêté le 6 décembre 1940, et interné à Aincourt (collection Pierre Cardon).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012.
  • Banque de donnée informatique du « Livre mémorial » de la FMD pour la vérification des lieux et dates de déportation des villejuifois cités dans la brochure de 1945.
  • Brochure « Des noms qui chantent la Liberté », ville d'Ivry 1994. 
  • Remerciements à Mme Nathalie Lheimeur, service des Archives municipales.
  • Aincourt. Archives de la police / BA 2374.
  • Marcelino Gaton et Carlos Escoda, Mémoire pour demain, Graphein, 2000.
  • Villejuif à ses Martyrs de la barbarie fasciste. 50ème anniversaire de la Résistance (1940/1990).
  • Contre l'oubli, brochure conçue et réalisée par le service culturel de Villejuif, février 1996.
  • CDJC (Centre de documentation juive contemporaine) liste XLI 42, n°142.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7. Liste V, n° 31549  -  Liste S, n° 266.
  • Témoignages de Georges Dudal, Raymond Montégut
  • Photo aérienne de l’hôpital psychiatrique de Villejuif, © site Patrimoine de France
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie mise à jour et installée en mars 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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