L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GEORGET Martial Alexandre


Martial Georget est né le 28 février 1910 à Crézancy (Aisne). Il est le fils de Léontine Lhomer et de Paul Georget son époux.

Le 24 rue A. France
Il habite au 24 rue Anatole France à Alfortville au moment de son arrestation.
Martial Georget est manœuvre dans une entreprise de la métallurgie. Syndicaliste, il est trésorier de la section locale des Métaux d’Ivry.
Militant du Parti communiste clandestin, il est arrêté par des agents du commissariat de Charenton le 15 octobre 1940 pour « propagande communiste ». Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939, il est transféré au Dépôt. Il est incarcéré à la maison d’arrêt de la Santé le 18 octobre 1940 en attente de jugement.
Le 22 octobre 1940, présenté devant la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine, il est condamné par celle-ci à 15 mois d’emprisonnement. Il se pourvoit en appel. Son pourvoi au greffe du tribunal est suivi d’un arrêt de la cour d’appel de Paris le 16 décembre 1940, qui maintient la condamnation à 18 mois, et il est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes le 23 décembre 1940.
Le 8 mars 1941, Martial Georget est à nouveau inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et incarcéré à la Santé. Cette nouvelle inculpation résulte vraisemblablement d’une affaire que sa première condamnation n’avait pas prise en compte (1). En effet, lorsque le 29 avril 1941 il comparait à nouveau devant la 12ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine, c’est avec une vingtaine d’autres militant(e)s, dont plusieurs habitants d’Alfortville et des communes voisines. Trois d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz (René Caron, Lucien Tourte et Felix Vinet).
Il est à nouveau transféré à Fresnes le 3 juin 1941 pour purger sa peine qui a été maintenue à 18 mois selon le principe de confusion des peines (2). Son pourvoi en appel a dû ramener celle-ci à 9 ou 12 mois. En effet, à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, Félix Vinet n’est pas libéré : il est renvoyé au Dépôt de la Préfecture et le préfet de police de Paris, François Bart, ordonne son internement administratif au CSS de Rouillé(3) en application de la Loi du 3 septembre 1940 (4).

Maquette en bois  du CSS de Rouillé par Camille Brunier
Le 10 novembre 1941, Martial Georget qui a été maintenu entre temps au Dépôt est transféré au CSS de Rouillé avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122). Le nom de Martial Georget (n° 86 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, Martial Georget va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Les wagons de la Déportation
Martial Georget est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore le numéro d’immatriculation de Martial Georget à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".

Le numéro «45592 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. 
Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée ci-contre et au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Martial Georget meurt à Auschwitz le 28 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 343 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Le nom de Martial Georget est inscrit sur une plaque commémorative apposée dans le square Jean Albert (mairie d’Alfortville).
  • Note 1 : Si l’hypothèse d’une remise en liberté n’est pas à écarter, celle-ci n’aurait pu avoir lieu qu’après intervention des autorités allemandes, comme cela avait été le cas le 4 octobre 1940 pour neuf militants d’Alfortville et de Maisons-Alfort (après qu’ils aient signé un engagement à « ne pas faire de propagande contre les autorités occupantes). Mais en cette fin décembre 1940, les services allemands d’Otto Abetz ont cessé d’opérer ces libérations qui ont après guerre suscité de nombreux débats quant à leurs visées.   
  • Note 2 : Si les infractions sont de même nature, une seule peine est prononcée dans la limite du maximum légal de la plus élevée.
  • Note 3 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne le 22 mai 1942, n° 181, (XLI-42, Centre de Documentation Juive Contemporaine, Mémorial de la Shoah, Paris IVème).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Bulletin de l’Amicale Châteaubriant, Rouillé, Voves. Maquette du CSS Rouillé, œuvre de Camille Brunier, ancien Résistant, ancien menuisier, professeur d’atelier au Lycée de Vonours. 
  • © Alfortville, Google Maps.
Biographie mise à jour et installée en mars 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: