L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ESPARGILLIERE René Pierre


René Espargillière est né le 19 mars 1908 à Paris (13ème).
Il habite au 100 avenue d’Orléans à Paris 14ème au moment de son arrestation. René Espargillière est pupille de la Nation.
Il est embauché comme ouvrier monteur au Métro (Chemin de fer métropolitain).
Il est marié et père d’un enfant. Il habite pendant une période au 7 rue Bourgeau dans le 13ème arrondissement.
Il est membre du Parti communiste depuis 1936, adhérent à la section du 14ème arrondissement. Mobilisé en 1939, René Espargillière obtient la croix de guerre 1939/1940 avec palmes. Démobilisé, il semble avoir effectué des activités militantes clandestines avec ses camarades du 14ème.
La recrudescence d’inscriptions à la craie, de collage de papillons gommés et de diffusion de tracts dans les 13ème et 14ème arrondissements a alerté les services de la Préfecture de police. Des enquêtes et filatures sont effectuées dans les milieux communistes par des inspecteurs de la BS. Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
A la suite de l’arrestation le 13 septembre 1941 d’une militante communiste, Marie D. demeurant boulevard de la Gare, les services de la Brigade Spéciale ont découvert lors de la perquisition à son domicile « une liste de militants communistes qui tenaient habituellement réunion dans un local (aujourd’hui détruit), au 12 bis rue de la Goutte d’or (Paris 18ème). Dans le dit local, les inspecteurs ont également découvert un buvard sur lequel figurait le nom du nommé Espargillière ».
Son nom figure également dans un carnet saisi par les Renseignements généraux chez le militant communiste Lh. de Nancy, inculpé en 1930 de provocation de militaires à la désobéissance et en 1941 de reconstitution de ligue dissoute.
René Espargillière est arrêté le 18 septembre 1941 par deux inspecteurs de la Brigade spéciale. Au cours de son interrogatoire, « il reconnaît avoir adhéré au Parti communiste en 1936, mais déclare avoir cessé toute activité depuis 1940 ». Il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 par le commissaire des RG, et incarcéré à la Santé en attente de jugement le même 18 septembre 1941. Il est jugé le 26 janvier 1942 par M. Pottier, juge d’instruction, qui le condamne à une peine d’emprisonnement de 8 mois. Il est écroué à la Santé du 7 février 1942 jusqu’au 16 avril 1942. A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le Préfet de police de Paris François Bard ordonne son internement administratif, en application de la Loi du 3 septembre 1940(1)

Le CSS de Voves
René Espargillière est alors transféré au Centre de Séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir), où il est interné du 16 avril 1942 au 10 mai 1942 (dossier n° 298.249). A cette date,  il est « pris en charge par les Autorités d’Occupation » qui le transfèrent le 10 mai 1942 depuis Voves au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) avec 81 autres détenus (2).

Le FT 122
A Compiègne, il reçoit le matricule 5733. Selon le témoignage de Mme Geneviève Vernier, il a participé à la construction du tunnel qui permit l’évasion de responsables communistes du camp le 22 juin 1942 et aurait du faire partie de la deuxième vague d’évasion, rendue impossible par la découverte du tunnel par des chiens policiers.
Depuis ce camp, René Espargillière va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Son épouse effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon (1) au BAVCC).

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Espargillière est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro «45522 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès.
Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. La date qui figure sur l’acte de décès de René Espargillière établie à partir des attestations de Clément Coudert, Marcel Guilbert, André Faudry, Joseph Verger, est celle du 30 septembre 1942 à Auschwitz. C’est également celle qui a été retenue par l’arrêté du 29 juin 1989, paru au JO du 6 août 1989 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès.

Une plaque à sa mémoire et à celle de quatre autres agents du Métro a été inaugurée le 7 novembre 1947 dans les locaux de la station de Téléphone du métro Châtelet, en présence de plusieurs directeurs des services du réseau ferré et de responsables syndicaux. Depuis 1994, cette plaque a été restaurée et installée dans un lieu plus solennel et public, un des couloirs de correspondance de la station du Métro Châtelet.
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Dans un courrier en date du 6 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres une liste d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation. La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux. Il indique également ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises.
  • Note 3 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.

Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. « Internés administratifs transférés au CSS de Voves le 16 avril » (C 331-28).
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • « Le Deuil en hommage, monuments et plaques commémoratives de la RATP », Noëlle Gérôme, Creaphis 1995, pages 72-73, 120-121, 137.
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Le CCS de Voves. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie mise à jour et installée en avril 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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