L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VILLEMINOT Louis, Camille


Louis Villeminot, plaquette souvenir, Fresnes
Louis Villeminot est né le 16 juillet 1890 à Hennezel (Vosges) au hameau Sainte-Marie. Il est le fils de Marie, Louise, Joséphine Villeminot, 18 ans, brodeuse.
Au moment de son arrestation, il habite au 38 rue Emile Zola à Fresnes (Seine / Val-de-Marne).
Il se marie non loin d’Hennezel, à Pont-du-Bois (Haute-Saône) avec Maria. Le couple a 4 enfants. Odette naît en Haute-Saône en 1919 à Vauvillers. Louis Villeminot est alors manœuvre. 
Le couple déménage en région parisienne : à Puteaux (Seine / Hauts-de-Seine) où naissent Raymond le premier octobre 1920 et Marcelle en 1925 ; puis à Fresnes où naît André en 1928.
Louis Villeminot est garçon de magasin à Paris. Il est adhérent du Parti communiste.
Après la victoire de la liste du Parti communiste conduite par Maurice Catinat (1) aux élections partielles des 27 juin et 4 juillet 1937, il s’implique dans la vie locale : il est membre du Conseil d’administration de la Caisse des écoles de Fresnes. 
Le conseil municipal de Fresnes est suspendu par le décret Daladier du 4 octobre 1939 "jusqu'à la fin des hostilités" et remplacé par une « délégation spéciale » désignée par le Préfet. Et le 9 février 1940 le conseil de préfecture prononce la déchéance des élus communistes de Fresnes.
Le 9 mai 1940, la « délégation spéciale » de Fresnes demande au Préfet de prononcer « la constatation de déchéance » non seulement des élus communistes siégeant au conseil d’administration de la Caisse des écoles mais associe Louis Villeminot à cette demande d’éviction.
Registre des RG, 6 septembre 1940
Son fils Raymond, qui est imprimeur au "Petit écho de la mode" rue Gazan, est filé par les Renseignements généraux en septembre 1940. Des inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (lire dans le blog La Brigade Spéciale des renseignements généraux) s’attachent en effet à reconstituer l’organigramme des cercles des Jeunesses communistes avant guerre. Sur le document ci-contre qui concerne les JC de Suresnes, son nom est mentionné ainsi que celui de Raymond Saint-Lary.
Louis Villeminot est arrêté par la police française le 5 octobre 1940, ainsi que douze membres du Conseil municipal déchu en 1940, et d’autres militants communistes de la commune, dans le cadre de la grande rafle organisée avec l’accord de l’occupant par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de l'ancien département de la Seine. 210 élus, cadres du parti et de la CGT sont ainsi arrêtés. Lire dans le blog La municipalité communiste élue de Fresnes élue en 1937 décimée par Vichy et l'occupant nazi
Louis Villeminot est emmené au Dépôt de la Préfecture puis interné, avec ses camarades, au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Louis Villeminot on lit : « Vuilleminot : 50 ans. Communiste notoire. Participe à la propagande clandestine ».
Pour le droit de visite : Lettre au Préfet de la Seine
Le camp est administré par le commissaire Andrey, qui multiple brimades et sanctions à l’égard des communistes. Pour protester contre le refus de visites qui leur est opposé, les épouses, mères, fils et filles des détenus de Fresnes signent le 29 mars 1941, avec leurs noms et adresses (dont celui de Mme Villeminot et Odette, Raymond, Marcelle, André) une lettre adressé au Préfet de la Seine : « Nous venons solliciter de votre haute bienveillance, l’autorisation de rendre visite à nos maris et pères, qui (sont) internés administrativement à Aincourt (Seine-et-Oise). Attendu que les prisonniers de droit commun (criminels, voleurs) ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des hommes honnêtes, n’y ont pas droit. Espérant que vous voudrez bien prendre notre requête en considération. Veuillez recevoir nos salutations empressées». La lettre, enregistrée le 3 avril, est barrée de la mention : Rep : impossible, à Mme Soupion qui portera cette décision à la connaissance des co-signataires. L’écriture de Mme Soupion étant parfaitement reconnaissable, c’est à elle que le chef de cabinet du Préfet charge le 11 avril le commissaire de la circonscription de Choisy-le-Roy « d’avertir les pétitionnaires, en la personne de Mme Soupion, que le règlement intérieur du camp (ne permet pas) les visites au détenus ».
Camp de Rouillé (©VRID)
Le 6 septembre 1941, Louis Villeminot est transféré avec 148 autres internés d’Aincourt au CSS de Rouillé (1).
Alors qu'il est à Rouillé, les Renseignements généraux continuent de filer son fils "qui est absent depuis quelques jours du domicile de ses parents".
Les RG mentionnent la situation difficile de sa mère, madame Odette Villeminot. "Sa mère ne se livre en ce moment à aucun travail rémunéré et n'a pour toute ressource que l'allocation de chômage. Outre ses occupations dans son ménage, Mme Villeminot consacré également une bonne partie de son temps à prodiguer des soins à sa fille, âgée de 16 ans, gravement malade et alitée depuis quatre mois".
La situation précaire de madame Villeminot

Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant ces 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (1) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Louis Villeminot (n° 183 de la liste) y figure et c’est dans un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Villeminot est déporté depuis la gare de Compiègne à destination d’Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de l'arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "46193 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Louis Villeminot meurt à Auschwitz le 23 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1276).
Un arrêté ministériel du 24 janvier 2012 paru au Journal Officiel du 1er avril 2012 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté indique désormais la date du 23 août 1942 et corrige le précédent qui indiquait mort le 15 novembre 1942 à Auschwitz. 
Louis Villeminot est homologué « Déporté politique ». Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Fresnes.
  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Erratum : c’est à la suite d’une erreur dans les premières listes des Fresnois déportés à Auschwitz établies en 1973 par Roger Arnould - à partir du témoignage d’Auguste Monjauvis - que j’avais inscrit le nom de Louis Villeminot parmi la liste des conseillers municipaux de Fresnes en page 347 de mon ouvrage, «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 ».

Sources
  • Plaquette-souvenir éditée par la municipalité de Fresnes.
  • Recherches menées en 1973 et 1974 auprès des militants et familles (archives des familles, état civil et recensements aux archives municipales) par Roger Pélissou, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, qui vint habiter Fresnes à la Libération. © Il a fait reproduire certaines photos de famille par la FNDIRP.
  • Souvenirs de René Denizou, fils de Géry Denizou.
  • Témoignages de Maurice Catinat, arrêté le 5 octobre 1940, ancien maire, d’Auguste Monjauvis et  Roger Pélissou.
  • Archives municipales de Fresnes (21 avril 1993).
  • Archives en ligne de Haute-Saône et des Vosges 
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • 149 internés venant d’Aincourt. Liste du commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé. 14 octobre 1941 / C 331-25. Archives de la Préfecture de Police.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Photo de la fête des Ecoles 1938 : remise à Roger Pélissou (45957) par Georges Galbrun.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
Biographie rédigée en février 2007, mise à jour en 2012 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). *Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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