L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RIOCHET Henri, Yves, Généreux, Marie


Henri Riochet le 8 juillet 1942
Matricule « 46059 » à Auschwitz

Henri Riochet est né le 6 mai 1903 à Troyon (Meuse). Au moment de son arrestation, il habite au  3 avenue Albert Thomas, à Châtenay-Malabry (Seine / Hauts de Seine).
Il est le fils d'Alphonsine Hillion et de de Pierre Riochet son époux.
Henri Riochet est chauffeur, puis monteur téléphonique. Adhérent au syndicat CGT des Métaux, il est membre du Parti communiste.  
Henri Riochet est marié, père de deux enfants.
Pendant « la drôle de guerre », il est accusé par la police de propos défaitistes et soupçonné de se livrer à la propagande communiste clandestine : son domicile est perquisitionné le 24 mars 1940. Mais seuls des documents antérieurs à l’interdiction du Parti communiste y sont trouvés. Il est néanmoins arrêté et inculpé d’infraction au décret du 1er septembre 1939 (mobilisation générale) et du 20 janvier 1940 (réglementation des cercles… et des foyers des équipages) pour des propos tenus les 7 et 8 février 1940. Il est condamné à 2 ans de prison le 22 avril 1940 par la 4ème chambre. Cette condamnation est doublée en appel le 7 juin. Il est écroué à la maison d'arrêt de Fresnes. Henri Riochet est remis en liberté le 24 juin 1940 sur décision des autorités allemandes (1).
Il est arrêté à nouveau le 20 janvier 1941 à Châtenay-Malabry. Ce jour là 68 militants communistes de la Seine sont arrêtés et transférés à la Maison d’arrêt de Clairvaux en application d’arrêtés (du 18 janvier 1941) du Préfet de police de Paris ordonnant leur internement administratif en application du décret du 18 novembre 1939… 
Lors de leur transfert pour la Maison d’arrêt de Clairvaux, ils sont rejoints à la gare de l’Est par un autre groupe de communistes internés à Fontevraud qui ont transité par les gares de Saumur et d’Austerlitz. A leur arrivée à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés à Clairvaux par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux.
Clairvaux : renseignements de la Préfecture concernant Henri Riochet
A Clairvaux le directeur du camp reçoit le 26 février 1941, via le préfet de police de l’Aube, un courrier émanant du Préfet de police délégué (Camille Marchand) - une liste répertoriée « confidentiel » de militants internés le 20 janvier, dont le nom est accompagné des motifs de l’arrestation . Pour Henri Riochet, il est indiqué : « communiste très actif. Déjà condamné le 22.02.1940 à 2 ans de prison pour propos défaitistes. Libéré, continue son activité clandestine ».  
Henri Riochet est à nouveau transféré le 26 septembre 1941 dans un groupe de 56 internés de Clairvaux. Ils sont transférés au CSS de Rouillé (2) et y sont internés le 27 septembre.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés (3) qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Henri Riochet (n°158 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Riochet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Henri Riochet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46059» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz (in BAVCC et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau)
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (4) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.

 Henri Riochet meurt à Auschwitz le 26 novembre 1942 d’après la liste établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Un arrêté ministériel du 15 juillet 1995 paru au Journal Officiel du 28 juillet 1995 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Henri Riochet. Faute d’informations officielles, le Ministère à y inscrire un mois et une date de décès fictifs « décédé le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)». Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Châtenay-Malabry.
Henri Riochet est homologué "Déporté politique" N° 1101 13859 le 9 décembre 1954. La carte est délivrée à Mme Raymonde Riochet, qui habitait alors rue de l’Union à Clichy (aujourd'hui rue Charles et René Auffray).
  • Note 1 : Les Allemands ont libéré ainsi un certain nombre de prisonniers de Fresnes dans les premiers jours de l’Occupation. Ces libérations (souvent d’incarcérés mineurs) ne sont pas liées aux démarches, engagées au début juillet (initialement avec le plein accord de l’Internationale communiste - puis désavouées par elle quelques jours plus tard) auprès des autorités d'occupation pour négocier la reparution de l'Humanité. Et au cours desquelles « Abetz libère plus de 300 communistes emprisonnés depuis l'automne 1939 ».
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Archives départementales du Val-de-Marne, dossiers individuels des détenus.
  • Denis Peschanski : Les avatars du communisme français de 1939 à 1941, dans La France des années noires, éditions du Seuil, coll. Points, 1993, p. 446.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. « Militants communistes internés administrativement en application du décret du 18 novembre 1939 et conduits à la Maison d’arrêt de Clairvaux le 20 janvier 1941 ».
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé François Leplus
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie mise à jour et installée en 2012  et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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