L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HUREAU Henri, Jean-Baptiste


Henri Hureau est né le 16 juin 1893 au domicile de ses parents au lieu-dit La Folie, commune de Béthencourt (Nord). Au moment de son arrestation, il habite au 130 rue Jean Jaurès à Maisons-Alfort (Seine / Val-de-Marne).
Il est le fils de Victoire Legrand, 29 ans, ménagère et de Jean-Baptiste Hureau, 36 ans, cuiseur de sucre, son époux.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Béthencourt dans le canton de Carnières et qu’il est frappeur (déformation manuelle des métaux) au moment conseil de révision. Il sera par la suite polisseur. Il mesure 1m 69, a les cheveux châtains clairs et les yeux bleus, le nez rectiligne gros aquilin et le front large.
Il a un tatouage à l’avant-bras droit (un cœur percé d’un poignard avec ses initiales HH)
Conscrit de la classe 1913, Henri Hureau signe un engagement volontaire de cinq ans à la mairie de Valenciennes le 19 août 1913. Il est incorporé à Cherbourg au 1er régiment d’infanterie coloniale le 27 août 1913. Le décret de mobilisation générale du 1er août 1914 le mobilise « aux armées ». Le régiment marche vers la frontière belge. 
Camp de prisonniers de guerre de Munchen
Henri Hureau est fait prisonnier le 22 août 1914 lors des combats autour du village de Rossignol (en Gaume, la Lorraine belge, à l'extrémité sud-est de la Belgique). La victoire allemande est totale et la 3ème division du corps colonial français est quasiment anéantie. Henri Hureau est interné au camp de prisonniers de guerre à Munchen (Bavière). Il est rapatrié à la suite des accords d’armistice, le 1er janvier 1919. Il est versé au 23ème Colonial le 5 mars 1919 en attente de sa démobilisation qui a lieu le 2 août 1919. Il se retire à Denain (Nord). Le 6 mai 1920, il est domicilié au 95 grande rue à Maisons-Alfort.
Henri Hureau épouse Louise, Marie Buffière à Voutezac (Corrèze) le 24 mai 1920 (1). Elle est journalière chez Dupont. Le couple a un fils Robert (2), qui naît en 1921 à Saint-Maurice (Seine / Val-de-Marne). Il a été embauché comme polisseur sur métaux aux usines Renault. Le couple a emménagé au 9 rue des Bretons à Maisons-Alfort.
A partir de septembre 1935, ils déménagent au 130 grande rue. Ils y demeurent encore en juillet 1936.
Election du 12 mai 1935 (Humanité)
« Henri Hureau fut élu conseiller municipal communiste de Maisons-Alfort le 12 mai 1935, en 20ème position (sur 30) sur la liste d’Albert Vassart. L’assemblée municipale le désigna pour être délégué aux élections sénatoriales en 1935 et 1938 » (Le Maitron). 
La liste communiste est élue en entier au deuxième tour.

Polisseur chez Renault, Henri Hureau est classé « affecté spécial » pour la réserve de l’armée en 1936 (i.e. qu’en cas de conflit il serait mobilisé sur son poste de travail)
En 1939, Marie Hureau est une des responsables de la section de Maisons-Alfort du Comité mondial des femmes contre la guerre.
Le 4 octobre 1939, le gouvernement Daladier promulgue un décret, en application de l'article 3 du décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes,  qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine (dont Maisons-Alfort) et dans 34 en Seine-et-Oise "jusqu'à la fin des hostilités" et les remplace par des «Délégations spéciales». 
Le Préfet nomme Francis Maugé, âgé de 64 ans, président de la délégation spéciale de Maisons-Alfort en 1939 (4).  
Le 16 mars 1940, le conseil de préfecture déchoit Henri Hureau de son mandat électoral en tant que communiste.
Début octobre 1940 : le gouvernement de Pétain obtient des autorités allemandes le feu vert pour procéder à l’arrestation des principaux responsables communistes d’avant-guerre des départements de la Seine et de Seine-et-Oise - élus municipaux (Alfortville, Clichy-la-Garenne, Fresnes, Gennevilliers, Ivry, Maisons-Alfort, Romainville, Saint-Ouen, etc.), cadres du Parti communiste et / ou de la CGT. 240 arrestations sont ainsi effectuées.
Henri Hureau est arrêté quant à lui le 20 janvier 1941 à son domicile par des policiers français, ainsi que 68 autres militants communistes. L’arrêté du Préfet de police de Paris ordonnant son internement administratif « en application du décret du 18 novembre 1939 », est daté du 18 janvier 1941, sous le n° 53.055.
Lors de leur transfert pour la Maison d’arrêt de Clairvaux, ils sont rejoints à la gare de l’Est par un autre groupe de communistes internés à Fontevraud qui ont transité par les gares de Saumur et d’Austerlitz. A leur arrivée à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés à Clairvaux par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart). Sur leurs conditions d’internement lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux
La liste de transfert communiquée par le Préfet de police de Paris au Préfet de l’Aube le 26 février 1941 mentionne pour Henri Hureau : « ex Conseiller municipal. Meneur communiste très actif ».
Maquette du CSS Rouillé
Henri Hureau est transféré depuis Clairvaux au Camp de séjour surveillé de Rouillé (5) le 26 septembre 1941 dans un groupe de 57 internés de Clairvaux. Ils y arrivent le 27 septembre.
Le 9 février 1942, il fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Henri Hureau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro «45676 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (Mille otages pour Auschwitz, éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation ci-contre pourrait désormais en fournir la preuve, quand bien même les éléments morphologiques de son registre matricule semblent assez plausibles  (nez rectiligne gros aquilin et le front large).
Henti Hureau meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 480). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. La mention « perikarditis » portée sur son certificat de décès est très certainement fictive. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 10 août 1992, paru au Journal Officiel du 26 septembre 1992, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Henri Hureau. Cet acte porte la date fictive « décédé le 15 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Le 21 août 1944 des représentants communistes des FFI prennent possession de la Mairie et se constituent en délégation spéciale. Ils en nomment membres leurs camarades déportés, dont ils ignorent le sort, élus en 1935 : Bolze, Bernhard, ainsi que Lucien Frichot, Henri Hureau, Victor Jardin, Marcel Nevraumont, déportés et  morts à Auschwitz.
Le 19 novembre 1944, une seconde délégation spéciale est désignée par le gouvernement provisoire de la République Française. Elle est présidée par Saulnier, militant communiste. Le Comité local de Libération qui ignore son décès, l'a fait nommer à la Délégation spéciale, comme ses deux camarades Lucien Frichot et Victor Jardin, également morts à Auschwitz.
Henri Hureau est homologué « Déporté politique ».
Son nom est gravé sur la stèle située dans le cimetière de Maisons-Alfort : "à ses enfants - victimes des camps de concentration nazis - déportés internés fusillés et familles de disparus".
  • Note 1 : née le 24 juillet 1899 à Juillac (Corrèze), (Louise) Marie Hureau dirige la section de Maisons-Alfort du Comité mondial des femmes contre la guerre vers 1939. Le Maitron.
  • Note 2 : Robert Hureau est né le 27 avril 1921 à Saint-Maurice (Seine). Il est comptable chez Bachelet. Il est élu conseiller municipal de Maisons-Alfort le 27 juin 1945. Son élection fut annulée, mais il est réélu en 1947 et en 1953 (mandat 1953-1959). In Le Maitron et Blog du CGMA.
  • Note 3 : Cette décision est prise en application de la loi de déchéance du 21 janvier 1940 qui stipule dans son article 1 «Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ». 
  • Note 4 : Ancien fonctionnaire de la Préfecture de la Seine, où il termina sa carrière comme inspecteur des services communaux, il avait été maire de Sèvres de 1929 à 1932 (notice G. Blanc-Cesan). Il est nommé maire par le gouvernement de Vichy de 1940 à 1944.
  • Note 5 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet 1992.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier. Edition informatique 2012, notice Claude Pennetier et Nathalie Viet-Depaule.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Recherches de Michel Certano (association « Esprit de Résistance ») à partir du Bulletin municipal de Boulogne-Billancourt (supplément au n° 335, avril 2005) établissement d’une liste des déportés des usines Renault.  
  • Note d’Annie Lacroix-Riz, historienne « Arrestations de militants communistes de Boulogne Billancourt, décembre 1941, juillet 1942 » établie à partir des archives de la préfecture de police de Paris. 
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • http://charentonneau.wordpress.com/tag/maire-de-maisons-alfort, notice G. Blanc-Cesan.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Bulletin de l’Amicale Châteaubriant, Rouillé, Voves. Maquette du CSS Rouillé, œuvre de Camille Brunier, ancien Résistant, ancien menuisier, professeur d’atelier au Lycée de Vonours. 
  • © Site Internet Lesmortsdanslescamps.com
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • Etat civil et registres militaires du Nord en ligne.
Biographie mise à jour et installée en décembre 2012 (complétée en 2016) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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