L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LESTURGIE Marcel


Liste de scellés saisis chez Marcel Lesturgie
Marcel Lesturgie est né le 24 novembre 1906 à Lunéville (Meurthe-et-Moselle). Il est le fils de Marie, Rose, Antoine et de Henri Lesturgie, son époux.
Au moment de son arrestation, il habite au 39 rue de Gergovie à Paris 14ème (1).

Glacière-Gentilly ( petite ceinture)
Marcel Lesturgie est cantonnier à la SNCF (région Nord) à la gare de marchandises  de «La Glacière-Gentilly», une gare de l’ancienne petite-ceinture située dans le 13ème arrondissement. Il effectue son service militaire de novembre 1926 (centre recruteur de Limoges, matricule 2443), jusqu’au mois de mars 1928 (la Loi du 31 mars 1928 porte la durée du service militaire de 18 mois à un an).
Marcel Lesturgie est marié, sans enfant. Il adhère au Parti communiste en 1936 et est membre de la cellule « 1460 » du 14ème arrondissement jusqu’à la dissolution des organisations communistes le 26 septembre 1939. Il est trésorier de sa cellule et « responsable à la littérature » (chargé de la bibliothèque de sa cellule). Lors de la mobilisation générale, il est « Affecté spécial » au titre de la SNCF.
A partir de  décembre 1940 (PV d’interrogatoire de mars 1941), il participe à l’activité clandestine et transporte à vélo des paquets de papiers destinés à l’impression de tracts clandestins. Ces paquets de 500 à 1500 feuilles lui sont remis lors de rendez-vous au coin de la rue de Tolbiac et de la rue Baudricourt, où il attend son fournisseur sur son vélo. Il remet ensuite ces tracts derrière la mairie du 13ème, à un autre militant, porteur d’un signe de reconnaissance (par exemple une main bandée). Cependant, la recrudescence d’inscriptions à la craie, de collage de papillons gommés et de diffusion de tracts dans les 13ème et 14ème arrondissements alerte les services de la Préfecture de police. Des enquêtes et filatures sont effectuées dans les milieux communistes par des inspecteurs de la BS. Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Marcel Lesturgie est arrêté le 7 mars 1941, pour « propagande communiste ». 


La une de l'Humanité du 14 février 41
A son domicile, situé au rez-de-chaussée au fond de la cour du 39 rue de Gergovie, les inspecteurs de la BS saisissent dans différents meubles 31 stencils vierges, 4 feuilles de papier carbone, deux paquets de 500 feuilles et de 1000 feuilles de papier duplicateur qu’il n’a pu remettre à destination, n’ayant trouvé personne rue Gassendi où il devait remettre son paquet. Ils trouvent également un exemplaire imprimé de décembre 1940 « La Tribune des cheminots », une brochure ronéotypée « Instructions aux militants », une feuille portant au crayon des instructions pour l’impression d’un tract ; un numéro de L’Humanité du 14 février 1941 avec la mention 1000 qui devait correspondre au tirage prévu.
Marcel Lesturgie est inculpé par le commissaire principal des BS d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste) : il est conduit au Dépôt et mis à la disposition du procureur. La police transmet à celui-ci quatre procès-verbaux et cinq scellés.
Le 10 mars 1941, Marcel Lesturgie est condamné par la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine à 8 mois de prison. Transféré depuis la Santé, il est écroué le 17 avril 1941 à la Maison d’arrêt de Fresnes.

Le camp de Rouillé © VRID
En octobre 1942, à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif, le 23 octobre 1941, en application de la Loi du 3 septembre 1940. Marcel Lesturgie est interné au CSS de Rouillé (1). Il est transféré à Rouillé le 10 novembre, avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122). Le nom de Marcel Lesturgie (n° 111 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz. A à Compiègne il reçoit le matricule « 5962 ». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Lesturgie est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « Judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro « 45788 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
On ignore la date exacte de décès de Marcel Lesturgie à Auschwitz.
En s’appuyant sur l’attestation de deux de ses compagnons de déportation, le Ministère des anciens combattants a fixé son décès au 15 septembre 1942. Marcel Lesturgie est déclaré « Mort pour la France » et est homologué comme « Déporté politique ». Un arrêté ministériel du 10 novembre 1994, paru au Journal Officiel du 11 janvier 1995, décide l’apposition de la mention «Mort en déportation en septembre 1942 à Auschwitz » sur les jugements déclaratifs ou actes et de décès de Marcel Lesturgie.

Le 39 rue de Gergovie

  • Note 1 : Contrairement à ce que m’indiquait en 1989 la Mairie d’arrondissement, l'immeuble n’a pas été détruit.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. (In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé).
Sources
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Rouillé, liste des transferts du 10 novembre 1941. Archives de la police / C-331-24.
  • Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942.
  • Liste de « noms de camarades du camp de Compiègne », collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Témoignages de Mme A. Ponty et André Deslandes.
  • Mairie du 14ème : 5 mars 1992, témoignage d’André Deslandes.
  • Revue d'Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
  • Revue d'Histoire du 14°, N°29, p.71, R. Cottard, février 1989.
  • Photo plaque SNCF, © Association de sauvegarde de la petite ceinture.
  • "L'Humanité clandestine". Collection Claudine-Cardon, co-auteure.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie mise à jour et installée en novembre 2012 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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