L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FAURE René, François


Un des tracts trouvés à son domicile
René Faure est né le 26 avril 1915 à Sussac (Haute-Vienne). Il est le fils de Louise Dugrand et de Pierre Faure son époux. Au moment de son arrestation, il habite au 43 rue du Volga (Paris 20ème) et travaille comme cimentier « au salaire horaire de 10 francs 55 ».
Il est titulaire du Certificat d’études primaires. Il est appelé au service militaire en 1935 (recrutement de la Seine, 1er bureau, matricule 696).
René Faure est marié avec Irène Eburderie, dactylo, née en 1918 à Paris 14ème.
Il adhère au Parti communiste en novembre 1938 et devient en 1939 secrétaire de la cellule « n° 2.049 » jusqu’à la dissolution des organisations communistes en septembre 1939.
René Faure est mobilisé en 1939. Démobilisé en août 1940, il est versé dans la réserve auxiliaire.
Fin août 1940, quelques jours après sa démobilisation, il est contacté par Paul Clément, ancien membre de sa cellule en 1939, qui le convainc de participer avec lui à l’action clandestine du Parti communiste dans le 20ème arrondissement. Il rencontre à plusieurs reprises Raymond Luauté et Marius (1). René Faure assiste à plusieurs réunions tenues le dimanche matin au domicile d’un autre militant, Victor Buyse, au 109 rue des Grands Champs, avec Pierre Bertolino, Roger Houdard et Paul Clément. Il accepte d’être trésorier de la cellule clandestine. Avec ces trois derniers, il distribue des tracts sur le marché de Montreuil. Il glisse des tracts sous les portes, tracts qui lui sont remis par paquets de cent par Marius, et colle des papillons gommés.
René Faure est arrêté le 17 janvier 1941 vers 20 heures à son domicile pour activité communiste par les inspecteurs « He. » et « Le. » de la Brigade spéciale des RG : Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Contrairement à ce qu’ont pu penser sa famille et ses camarades, son arrestation ne résulte pas d’une dénonciation. Le rapport des deux inspecteurs de la BS mentionne : « A la suite d’une recrudescence de distributions de tracts et de papillons gommés d’inspiration communiste dans la région Est de Paris, et plus spécialement dans le 20ème arrondissement, nous avons procédé à plusieurs enquêtes qui nous ont permis de constater que René Faure, ancien secrétaire, en août 1939, de la cellule communiste n° 2.049, n’était pas étranger à cette propagande clandestine. Plusieurs surveillances exercées à son égard nous ont révélé en effet qu’il entretenait des relations suivies avec des militants d’extrême gauche, et notamment avec M… et Luauté (1), dont ce dernier fait également ce jour l’objet d’un rapport de mise à disposition». 
PV de saisie
Lors de la perquisition à son domicile, les deux inspecteurs de la Brigade Spéciale trouvent sous le lit et sous le buffet un nombre important de tracts et brochures du Parti communiste clandestin (voir la liste en note 2).
Au cours des interrogatoires, il ne nie pas ses activités militantes et précise que la somme de 88 francs qui a été trouvée correspond aux cotisations reçues lors des réunions. Son épouse Irène le confirme, tout en soulignant que bien que non adhérente au Parti communiste, elle partage les opinions de son mari et que c’est avec son accord qu’il a caché le matériel à leur domicile.
René Faure est inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Il est conduit au Dépôt à la disposition du procureur le 21 janvier. Le 31 mars 1941, il est condamné à 15 mois de prison par la 13ème chambre correctionnelle de Paris, peine qu’il effectue à Fresnes, où il est écroué le 19 avril. Son épouse est condamnée à 4 mois. Il fait appel de sa condamnation, mais celle-ci est confirmée par la 10ème chambre de la cour d’appel le 3 juin, et son pourvoi en cassation est rejeté le 16 octobre 1941.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement (levée d’écrou), René Faure est placé au Dépôt de la préfecture de Police Paris et sur décision du préfet de Police de Paris, François Bard, il est interné au camp de séjour surveillé de Rouillé (3), en application de la Loi du 3 septembre 1940.
Le samedi 3 janvier René Faure est transféré du Dépôt à Rouillé, via les gares d’Austerlitz et Poitiers, au sein d’un groupe de 50 internés administratifs composé de 38 politiques (RG) et 12 « indésirables » (PJ, note de service du 30 décembre 1941).
Le 18 mars 1942, il fait partie d’un groupe de 15 jeunes communistes (4) du camp de Rouillé qui - à la demande des autorités allemandes - sont transférés au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auchwitz le 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Faure est déporté à Auschwitz dans ce convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro « 46324 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
René Faure meurt à Auschwitz le 22 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 277).
Un arrêté ministériel du 17 octobre 1989 paru au Journal Officiel du 10 décembre 1989 avec le prénom de François, René, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de René Faure. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 30 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français).
Deux rescapés, Jean Thomas et Etienne Pessot ont témoigné de sa mort à Auschwitz. Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

  • Note 1 : On ignore qui est ce Marius mentionné dans le PV du 17 janvier 1941, mais il est possible qu’il ait été également arrêté, puisque filé par les BS. On trouve en effet deux Marius sur le site de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation (Livre-Mémorial) : Martin Marius et André Marius tous deux déportés, le premier à Dachau, le second à Buchenwald.
  • Jacques Duclos rend hommage à Raymond Luauté
  • Raymond Luauté, est par contre bien connu : ouvrier typographe, il adhère au Parti communiste en 1931. Il suit l’ « école internationale léniniste » pendant deux ans à Moscou. Ancien secrétaire de la section du PC du 20ème, il est un collaborateur prometteur du Comité central et proche de Jacques Duclos, qui lui rendra hommage à la Libération. Il est condamné à 18 mois de prison après son arrestation le 17 janvier 1941. Déporté à Sachsenhausen, il y meurt en février 1945. Lire ses biographies sur le site Wikipédia et dans Le Maitron.
  • Note  2 : 1 boite renfermant une somme de 88 francs destinée au Parti communiste ; 1 lot de papillons gommés « A bas le capitalisme » ; 11 tracts imprimés « Aux agents et inspecteurs de police » ; 1 tract imprimé « Aux militants communistes » ; 1 tract imprimé « Lettre à un travailleur radical » ; 8 numéros du tract « L’Humanité, n° spécial décembre 1940 », 2 tracts imprimés « Peuple de France » ; 2 tracts imprimés « La Tribune des cheminots » (décembre 1940), 1 « Humanité », n° spécial novembre 1940 ; 10 tracts ronéotypés : « Lettre à un camarade emprisonné » ; 1 exemplaire ronéotypé « La Vie Ouvrière » fin décembre 1940, 1 « Humanité » ronéotypée du 7 novembre 1940 ; 1 brochure ronéotypée « recommandations et directives aux militants » ; 1 brochure ronéotypée « conseils aux diffuseurs de matériel » ; 4  brochures imprimées « Rapport au camarade Molotov » ; 3 brochures imprimées  des Cahiers du Bolchevisme (3ème trimestre 1940 ; Reproduction du titre « L’Humanité », 1 projet manuscrit de papillons, plusieurs papillons vierges.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note  4 : Tous sont déportés à Auschwitz sauf Jean Valentin. André Giraudon, de Bourges, sera fusillé au Mont-Valérien le 9 mai 1942.
Sources

  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbaux des interrogatoires.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en avril 1992.
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. lesmortsdanslescamps.com
  • Archives départementales de Paris, rôle correctionnel.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
Biographie mise à jour et installée en novembre 2012 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: