L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CLEMENT Paul


Paul Clément le jour de son arrivée à Auschwitz
Matricule "45375" à Auschwitz

Paul Clément est né le 5 janvier 1902 à Paris 20ème au domicile de ses parents, 29 rue des Amandiers. Il est le fils d’Augustine, Eugénie Nicaud, 36 ans, ménagère et de Pierre Clément, 40 ans, ajusteur, son époux.
Au moment de son arrestation, Paul Clément habite au 52 rue des Maraîchers à Paris (20ème).
Il reçoit une instruction élémentaire. Il est appelé au service militaire en 1922 (centre de recrutement de la Seine, 1er bureau) et est réformé.
Célibataire, il exerce le métier de sellier.
Paul Clément adhère au Parti communiste français en 1937, et en reste membre jusqu’à la dissolution des organisations communistes en septembre 1939.
Il est délégué au Congrès des amis de l'Humanité en 1937.
Il est au chômage au moment de son arrestation.
Fin août 1940, il contacte René Faure, secrétaire de sa cellule en août 1939, et le convainc de participer avec lui à l’action clandestine du Parti communiste dans le 20ème
Un des tracts diffusés dans le 20ème
Fin septembre 1940, Paul Clément décide avec plusieurs anciens camarades de reconstituer une cellule clandestine du Parti communiste dans le 20ème et assiste à plusieurs réunions au domicile d’un militant, Victor Buyse, au 109 rue des Grands Champs, avec Pierre Bertolino, René Faure et Roger Houdard. Avec ces trois derniers camarades, il aurait – selon un témoignage - distribué des tracts sur le marché de Montreuil. 
Il distribue aussi des tracts sous les portes, tracts qui lui sont remis par petits paquets par Victor Buyse, et colle des papillons gommés.
19 janvier : extrait du registre de la Brigade spéciale
Paul Clément est arrêté ainsi que plusieurs autres militants (dont Albert, Pierre Bertolino), le 19 janvier 1941 à 0 h 30 pour activité communiste (« dans le cadre de l’affaire Luauté »), par 8 inspecteurs de la Brigade spéciale : lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
En effet, lors des filatures suivies de perquisitions domiciliaires et de l’arrestation, les 17 et 18 janvier 1941, de six militants et militantes communistes soupçonnés d’animer la propagande communiste clandestine dans le 20ème, les inspecteurs de la BS ont trouvé une liste de noms au domicile de l’un d’eux, Raymond Luauté (1). Ils sont dès lors certains que Paul Clément a fréquenté les réunions clandestines qui se tenaient au domicile de Victor Buyse.
Lors de la perquisition au domicile de Paul Clément, si les inspecteurs de la BS ne trouvent « aucun tract de propagande communiste » ils découvrent du papier blanc « servant à la confection de ces tracts, et quatre feuilles de papier carbone, ayant servi à la confection de deux lettres, l’une par André Marty à Léon Blum et l’autre par Florimond Bonte à Monsieur Herriot ». Il s’agit de la lettre d’André Marty à Léon Blum de septembre 1939 et celle de Florimond Bonte à Edouard Herriot du 1er octobre 1939.
Paul Clément est inculpé par le commissaire André Cougoule d’infraction aux articles 1, 2 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (interdisant le Parti communiste). Il est conduit au Dépôt et mis à la disposition du procureur. Le 21 janvier, il est emprisonné à la Santé.
Le 31 mars il est condamné à un an de prison par la 13ème chambre correctionnelle de Paris, peine le conduit à Fresnes où il est écroué le 19 avril 1941. Il fait appel de sa condamnation, mais celle-ci est confirmée par la cour d’appel le 3 juin 1941.
Le camp de Rouillé © VRID
A sa levée d’écrou, Paul Clément est maintenu au Dépôt de la préfecture de Paris et est interné au CSS de Rouillé (1), en application de la Loi du 3 septembre 1940, sur décision du préfet de police de Paris, François Bard. Il est transféré au CSS de Rouillé le 10 novembre 1941 avec un groupe de 57 autres militants communistes parisiens.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Paul Clément (n° 53 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet.  
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auschwitz le 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Paul Clément est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Paul Clément est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45375» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
L'entrée du camp d'Auschwitz I
Paul Clément meurt à Auschwitz le 30 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 180).
Deux rescapés du convoi, Raymond Saint-Lary et Etienne Pessot, ont témoigné de sa mort à Auschwitz.
Aucune demande d’homologation n’a été faite par sa famille (Paul Clément avait perdu son père avant son arrestation et sa mère était ou aurait été âgée de 79 ans en 1945).
  • Note 1 : Raymond Luauté, ouvrier typographe, adhère au PC en 1931. Il suit l’Ecole internationale léniniste pendant deux ans à Moscou. Ancien secrétaire de la section du PC du 20ème, collaborateur du Comité central et proche de Jacques Duclos, il sera condamné à 18 mois de prison après son arrestation, le 17 janvier 1941. Déporté à Sachsenhausen, il meurt dans ce camp en février 1945. Lire ses biographies sur le site Wikipédia et dans Le Maitron.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Archives en ligne de Paris.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbal de l’interrogatoire de Paul Clément, pièces perquisition.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté en juillet 2000).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Les Humanité clandestines (collection Claudine Cardon-Hamet).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
Biographie installée en novembre 2012 (mise à jour en 2017) à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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