L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GIRAUD Georges, Jules


Georges Giraud le 8 juillet 1942
Matricule 45608 à Auschwitz

Georges Giraud est né le 12 avril 1889 au 98 rue nationale à Bourges (Cher), au domicile de ses parents. Au moment de son arrestation, il habite au 13 rue Dulong à Paris (17ème).
Georges Giraud est le fils de Thérèse Verdi et de Louis Giraud son époux.
Il est le fils de Thérèse Verdy, 42 ans, sans profession et de Louis, Michel Giraud, 46 ans, charron, son époux.
Au moment du conseil de révision de 1912, Georges Giraud habite Paris 12ème
Il exrece le métier de forgeron. Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 66, a les cheveux châtain, les yeux gris, le front couvert et le nez petit, le menton rond à fossette, le visage ovale et la bouche petite. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1909, Georges Giraud est incorporé au 133ème Régiment d’infanterie cantonné à Belley (Ain) le 17 septembre 1910. Il est envoyé en congé le 25 septembre 1912 en attendant son passage dans la réserve, « certificat de bonne conduite » accordé. Il se retire au 7 place Rabelais à Bourges. Puis il « monte » à Paris et habite au 36 rue Claude Decaen (Paris 12ème). En mars 1914, il a déménagé au 3 rue Buffon à Montreuil.

Camp de Landshud (Bavière)
Il est rappelé à l’activité le 9 août 1914 en vertu du décret de mobilisation générale du 1er août. Son régiment est envoyé au front. Georges Giraud est blessé et fait prisonnier le 20 août à Sarrebourg (selon le registre. Mais à cette date le 133ème est devant Mulhouse). Il sera prisonnier au camp de triage de Landshut (Durchgangslager) en Bavière jusqu’à son rapatriement le 8 novembre 1918 (accords de Berne). Il « passe » à la 8ème section du COA (commis et ouvriers de l’armée) le 8 janvier 1919. Il est démobilisé le 4 août 1919 et se retire au 23 rue Buffon à Montreuil-sous-bois. 
Georges Giraud épouse Émilienne, Honorine Moreaud (registre peu lisible) à Paris 11ème, le 25 décembre 1919. Le couple aura un enfant
En 1928, le couple habite rue du milieu à Noisy-le-grand (ancienne Seine et Oise / Seine-Saint-Denis). Cette même année Georges Giraud, sans affectation dans la réserve militaire est maintenu à disposition du ministère de la guerre pour la défense passive.
Il adhère au Parti communiste à la fin de 1938 et fait partie d’une cellule du 17ème arrondissement jusqu’à la dissolution des organisations communistes.
En 1940, séparé de son épouse, il vit maritalement chez Joséphine Carini, au 13 rue Dulong. 
En 1941 il est employé comme manœuvre aux établissements Kellner-Bechereau (1), au 185 rue Edouard Vaillant à Boulogne-Billancourt, au salaire horaire de 8 francs 60.
PV de la brigade spéciale
Georges Giraud est arrêté le 1er mars 1941 par deux inspecteurs de la Brigade spéciale des RG, « B. » et « V », (lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux). 
Lors de la perquisition à son domicile, les inspecteurs saisissent une brochure imprimée «Nous accusons», deux brochures ronéotypées intitulées « La politique communiste », un tract imprimé « Pour le salut du peuple de France » et deux carnets à souche émanant des comités populaires de chômeurs de la Région parisienne ». (PV de saisie du 2 mars 1941 et note blanche des RG).
Lors de l’interrogatoire, Georges Giraud, conformément aux consignes du Parti communiste clandestin, nie toute activité clandestine et affirme avoir reçu ce matériel de propagande à son domicile « il y a trois ou quatre jours, d’un individu que je ne connais pas. C’est la troisième fois que je reçois des tracts de ce genre, et je les ai brûlés à chaque fois ».
Le commissaire principal André Baillet des RG inculpe Georges Giraud d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Il est conduit au Dépôt et mis à disposition du procureur (1) le 2 mars. Le 7 mars 1941, il est condamné à 6 mois de prison par la 18ème chambre correctionnelle de la Seine.
Il est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes du 19 mars au 21 mai 1941. A cette date, il est transféré à celle de Poissy. Le 19 septembre 1941, à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement (levée d’écrou), le préfet de police de Paris, François Bard, ordonne son internement administratif en application de la loi du 3 septembre 1940 (2). 
CSS de Rouillé ©  VRID
Maintenu au Dépôt de la préfecture de Paris, Georges Giraud est transféré au camp de Rouillé (3) le 9 octobre 1941, au sein d’un groupe de soixante détenus, pour la plupart communistes de la région parisienne (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture de Police de Paris et  20 viennent de la caserne des Tourelles, transformée en lieu de détention).  
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés (4) qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Georges Giraud (n° 89 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront comme lui déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Giraud est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942. Auguste Monjauvis, rescapé, se souvient qu’ils étaient dans le même wagon et qu’ils ont passé plusieurs nuits sans dormir.
Georges Giraud est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45608» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz
Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
« Dès les premiers jours nous étions très souvent battus - témoigne Auguste Monjauvis - et Georges Giraud fut le plus touché, âgé et très faible. Il est emmené à l’infirmerie, et je ne l’ai plus jamais revu ».
Georges Giraud meurt à Auschwitz le 8 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 348). Selon le récit d'Henri Peiffer, lors d'une première "sélection", il est sauvé par le Lageraltätester (doyen du camp, Détenu ayant la responsabilité de la gestion interne du camp), qui le fait descendre du camion qui l'emmenait vers la chambre à gaz. Mais il n'échappe pas à une deuxième "sélection".
Un arrêté ministériel du 6 juillet 1993 paru au Journal Officiel du 18 août 1993, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Georges Giraud. Mais il indique une date erronée : « décédé le 30 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Georges Giraud est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » le 13 février 1954.
  • Note 1 : L’ingénieur Béchereau, un des concepteurs du fameux avion « Spad », s'associe en 1931 avec le carrossier Kellner pour créer la société "Kellner-Béchereau".
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès verbal de l’interrogatoire de Georges Giraud.
  • Liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et dossier individuels consultés en octobre 1993. Note blanche des RG. Témoignage d'Henri Peiffer et d’Auguste Monjauvis, rescapés du convoi.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.© Musée d'Auschwitz Birkenau. 
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Etat civil et Registres matricules militaires du Cher.
  • Camp de Landhud. © St Maximin.
Biographie mise à jour et installée en novembre 2012 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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