L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BATOT Elie



Matricule 45201 à Auschwitz

Elie Batôt est né le 22 octobre 1891 à La Truche sur Plainfaing (Vosges). Il est le fils de Marie Pierré, 27 ans, tisserande et d’Emile Batôt, 36 ans, manœuvre, son époux.
Elie Batôt habite avec sa femme et son fils au 22 avenue de Versailles à Fresnes (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est titulaire du certificat d’études.
Son registre matricule militaire indique qu'il s'est engagé volontairement au 9ème régiment de Hussards (le registre ne précise pas la date de cet engagement qui peut avoir eu lieu en 1911, l'année de ses 20 ans ou avant). Il a les cheveux châtain, le teint basané, les oreilles petites, les yeux bleus verdâtres  le nez moyen, le visage long. Il est tatoué en bleu au bras gauche et avant bras (un cœur) et une ancre de marine à la main droite. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Le 15 mai 1918 à Saint-Dié, il épouse Constance, Marie Joséphine Bodin, née le 12 décembre 1892 à Plainfaing. Elle est tisserande. Le couple a un garçon, Jacques qui nait en 1931.
Elie Batôt est ouvrier cimentier. Il adhère au Parti communiste en 1921.
Il est aussi un syndicaliste de longue date : de 1924 à 1928 il est secrétaire de la CGTU du Bâtiment pour Saint-Dié (Vosges), secrétaire de l'Union locale de Saint-Dié. Il est élu le 27 janvier 1924 secrétaire de l'Union départementale CGTU des Vosges. 
Commission du congrès CGTU de 1925
Ses votes par mandats pour les syndicats vosgiens
En 1925, il représente les militants de Saint-Dié au IIIème Congrès confédéral de la CGTU qui se tient à Paris salle du Chaumont-Palace, du 26 au 31 août 1925. L’ordre du jour est particulièrement significatif : Unité syndicale, lutte contre le fascisme, stratégie des grèves et solidarité, main d’œuvre étrangère. 
Il devient le secrétaire de la Fédération des syndicats CGTU des Vosges jusqu’en 1928.
Après son installation à Fresnes (au 56 avenue de Versailles), il est embauché comme maçon au services municipaux de la ville d’Ivry. Elie Batôt est secrétaire de la section locale CGT.
Candidat du Parti communiste aux élections municipales de 1929 et 1935, il est élu aux élections partielles des 27 juin et 4 juillet 1937 sur la liste de Maurice Catinat (1). Le journal « Front rouge » du 19 juin 1937 qui présente les candidats communistes « des vieux habitants de Fresnes, des travailleurs honnêtes » le présente ainsi : « Batot Elie. - du Comité de propagande syndicale, ouvrier cimentier syndiqué, secrétaire de la section syndicale de Fresnes (…) ».
1938. Fête des Ecoles
Elie Batôt participe aux activités de la caisse des Ecoles. 
Légende de la photo : de gauche à droite : 3ème Georges Galbrun (ancien conseiller municipal de Fresnes, qui a remis la photo à Roger Pélissou), 5ème Elie Batôt (45205), 6ème fille Soupion, 7ème Henri Soupion (46110), 8ème Marcelin Camusson (45000).
Le conseil municipal de Fresnes est suspendu par le décret Daladier du 4 octobre 1939 "jusqu'à la fin des hostilités" et remplacé par une « délégation spéciale » (2).
Elie Batôt est déchu de son mandat le 9 février 1940, par le conseil de préfecture en application de la Loi du 21 janvier 1940 (3). Lire dans le blog « La municipalité communiste de Fresnes décimée par Vichy et par l’occupant nazi ».
Elie Batôt est arrêté par la police française le 5 octobre 1940, avec onze autres membres du Conseil municipal déchu en 1940 (un douzième, René Carpentier est arrêté le 9 octobre), et trois autres militants communistes de la commune, dans la grande rafle (4) organisée, avec l’accord de l’Occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de l'ancien département de la Seine. 210 élus, cadres du parti et de la CGT sont ainsi arrêtés. Sept anciens conseillers municipaux de Fresnes et deux autres de ses camarades Fresnois seront déportés avec lui vers Auschwitz le 6 juillet 1942, comme otages communistes.
Elie Batôt est emmené au Dépôt de la Préfecture puis interné, avec ses camarades, au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt ouvert spécialement, le 5 octobre 1940, par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes arrêtés. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Lettre des épouses des internés Fresnois au préfet de la Seine
Le camp est administré par le commissaire Andrey, qui multiple brimades et sanctions à l’égard des communistes. Pour protester contre le refus de visites qui leur est opposé, les épouses, mères, fils et filles des détenus de Fresnes signent le 29 mars 1941, avec leurs noms et adresses (dont ceux de Constance et de Jacques Batôt) une lettre adressé au Préfet de la Seine : « Nous venons solliciter de votre haute bienveillance, l’autorisation de rendre visite à nos maris et pères, qui (sont) internés administrativement à Aincourt (Seine-et-Oise). Attendu que les prisonniers de droit commun (criminels, voleurs) ont droit à des visites, nous ne pouvons comprendre que nos maris et pères, étant des hommes honnêtes, n’y ont pas droit. Espérant que vous voudrez bien prendre notre requête en considération. Veuillez recevoir nos salutations empressées». La lettre, enregistrée le 3 avril, est barrée de la mention : Rep : impossible, à Mme Soupion qui portera cette décision à la connaissance des co-signataires. L’écriture de Mme Soupion étant parfaitement reconnaissable, c’est à elle que le chef de cabinet du Préfet charge le 11 avril le commissaire de la circonscription de Choisy-le-Roy « d’avertir les pétitionnaires, en la personne de Mme Soupion, que le règlement intérieur du camp (ne permet pas) les visites au détenus ».
Le 11 février 1942, un groupe de 21 internés d’Aincourt, dont Elie Batôt et un autre Fresnois, Léon Conord, est « extrait» du camp d’Aincourt par les autorités allemandes qui les transfèrent au camp de détention de Royallieu, à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122, administré par la Wehrmacht. 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il est déporté à destination d’Auchwitz le 6 juillet 1942. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Elie Batôt est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Elie Batôt est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» (son numéro d’immatriculation est connu grâce à la comparaison entre une photographie d’Elie Batot prise en 1937 et la photographie anthropométrique (sans patronyme) du détenu n°45201). Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. Le 24 octobre 1946, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 25 octobre 1942 sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation. Un arrêté ministériel du 14 mai 1987 paru au Journal Officiel du 3 juillet 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Elie Batôt, et reprend cette date de décès.
A son retour de déportation, le 18 mai 1945, le plus jeune des déportés communistes de Fresnes à Auschwitz en 1942, Raymond Saint-Lary, libéré le 5 mai, annonce le décès de ses camarades à leurs familles.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune, dans le cimetière, et sur la plaque commémorative dans le hall de la mairie de Fresnes : « Hommage du conseil municipal et de la population de Fresnes à leurs conseillers municipaux victimes de la barbarie Nazie. Le 11/11/1945 ».

Note 1 : Aux élections du 12 mai 1935 la liste d’Unité d’action antifasciste est élue. Maurice Catinat est désigné comme premier adjoint. Mais, le conseil de la préfecture annule l’élection au conseil le 26 juin 1935. « Maurice  Catinat conduisit alors à un succès total une liste de vingt-trois candidats communistes aux élections municipales partielles des 27 juin et 4 juillet 1937. Il remplaça Arthur Tellier dans les fonctions de maire. Solidaire du Parti communiste lors du Pacte germano-soviétique, Catinat fut envoyé en séjour surveillé le 19 décembre 1939 »  (Le Maitron, notice Jean Maitron, Claude Pennetier).
Note 2 : Le gouvernement Daladier promulgue un décret le 4 octobre 1939, en application de l'article 3 du décret du 26 septembre précédent, qui suspend les conseils municipaux à majorité communiste élus dans 27 communes de la Seine et 34 en Seine-et-Oise "jusqu'à la fin des hostilités" et les remplace par des « délégations spéciales ».
Note 3 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 «Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
Note 4 : « PC. La répression s'est exercée avec des moyens accrus. En effet, à la suite de démarches pressantes faites auprès de l'autorité occupante, la préfecture de police a pu obtenir qu'il ne soit pas mis obstacle à l'application des décrets-lois des 18 novembre 1939 et 3 septembre 1940 ». Rapport des Renseignements généraux du 7 octobre 1940. (Denis Peschanski, Les camps français d’internement 1938-1946).

Sources
  • Plaquette-souvenir éditée par la municipalité de Fresnes.
  • Congrès CGTU 1925 : www.Ihs.Cgt.fr.
  • Recherches menées en 1973 et 74 par Roger Pélissou, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, qui vint habiter Fresnes à la Libération. © Il a fait reproduire certaines photos de famille par la FNDIRP.
  • Souvenirs de René Denizou, fils de Géry Denizou.
  • Témoignages de Maurice Catinat, arrêté le 5 octobre 1940, ancien maire ; d’Auguste Monjauvis ; et  Roger Pélissou.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2012. Edition papier, tome 19.
  • Emilie Bouin. Aincourt, Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. Mémoire de maîtrise d’Histoire dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités, juin 2003.
  • Liste des 21 internés d’Aincourt remis à la disposition des autorités d’occupation le 11 février 1942 (Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374 / C 331 / 7).
  • Délibération du 24 août 1944, photocopie fournie par Maurice Catinat (21 avril 1993).
  • Photo de la fête des Ecoles 1938 : remise à Roger Pélissou (45957) par Georges Galbrun.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. lesmortsdanslescamps.com
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Photo de wagon à Auschwitz, in Bulletin de l’Amicale des déportés tatoués du convoi du 27 avril 1944.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • Registres matricules militaires des Vosges. 
Biographie rédigée en février 2007, mise à jour et installée en novembre 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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