L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BARBEROUSSE Daniel, Henri



Matricule « 45196 » à Auschwitz

Daniel Barberousse est né le 3 juin 1920 à Saint-Cyr l'Ecole (Seine-et-Oise / Yvelines), où il habite, 11 Passage Danton, au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Emilie Germain et d’Henri Barberousse son époux.
Après le certificat d’études pratiques et deux ans de cours professionnels, Daniel Barberousse obtient le Brevet professionnel. Il est embauché comme dessinateur industriel aux établissements Eugène Bauche, au Chesnay. 
Daniel Barberousse est adhérent aux Jeunesses communistes. Il est secrétaire du cercle des Jeunesses communistes de Saint-Cyr en 1939 jusqu’à la dissolution des organisations communistes (26 septembre 1939)
N’étant pas mobilisé, il poursuit son activité militante après l’interdiction des organisations communistes. Il est filé par la police qui le soupçonne d’être à l’origine des distributions de tracts dans la commune.
Il est arrêté le 25 décembre 1940 par la police française. Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est mis à la disposition du procureur de Versailles. Il est condamné par le tribunal correctionnel de Versailles le 21 mars 1941 à 3 mois de prison qu’il effectue à la maison d’arrêt de Versailles. A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevalier, ordonne son internement au CSS d’Aincourt le 27 mars 1941, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). Il y est transféré le 28 mars. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.

Comité des loisirs du bâtiment A2
Le 27 juin 1941, quatre-vingt-huit internés d’Aincourt, dont Daniel Barberousse, sont transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122). Ils ont tous été désignés par le directeur du camp avec l'aval du préfet de Seine-et-Oise. 
A Compiègne, il est affecté au bâtiment A2 et reçoit le matricule 863.
Le 23 décembre 1941, son nom est inscrit sur la liste de recensement des 131 jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est », en application de l’avis du 14 décembre 1941 du commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC IV - 198).
Daniel Barberousse fait partie du Comité des Loisirs du bâtiment A2, comme en témoigne le compte rendu reproduit ci-contre d’une réunion tenue le 29 avril 1942 (carnet de Guy Lecrux). Lire dans le blog : Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Daniel Barberousse est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Daniel Barberousse est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45196» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.

Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Daniel Barberousse meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 52 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
L’arrêté du 11 août 2006 paru au Journal Officiel du 17 octobre 2006 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Daniel Barberousse porte une date et un lieu erronés « décédé le 30 juin 1943 à Munich (Allemagne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

Une rue de St Cyr honore son nom et Daniel Barberousse est cité sur le site de la municipalité dans l’histoire de la ville : «Occupation allemande. La résistance s’organise… Petite ville, Saint-Cyr-l'Ecole paiera un lourd tribut à la libération du territoire. Jean François et André Cordier, 17 et 18 ans, fusillés, Daniel Barberousse, Roger Henry, morts en déportation. Bernard Chappelier, tué en mission en 1944».
Une plaque honore son nom au cimetière de Saint-Cyr. Elle reprend la date «officielle» erronée.

  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy en 1941. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.

Sources  
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), Edition informatique 2012.
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, aptes à être déportés à l’Est 23/12/1941 (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Témoignages de Guy Lecrux sur le camp de Compiègne.
  • Attestation de la mort de Daniel Barberousse (Henri Peiffer).
  • Fichier central ACVG, octobre 1993, Caen.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Musée d'Auschwitz Birkenau. L'entrée du camp d'Auschwitz 1.
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
Biographie mise à jour et installée en novembre 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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