L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VENANCE Raphaël, Etienne


Raphaël Venance @ UL CGT du Havre
Matricule "46183" à Auschwitz

Raphaël Venance est né le 2 décembre 1901 à Honfleur (Calvados). Il habite au 2 rue Gustave Lennier au Havre (Seine-Inférieure / Seine-Maritime) en 1939 (l’immeuble qui se situait entre le bassin du commerce et le bassin du Roi a été détruit par les bombardements du 5 septembre 1944). On sait qu’il a également habité à Méry-la-Bataille dans l’Oise où il a sans doute travaillé comme journalier (c’est l’adresse, mal retranscrite en Guilluy-la-bataille, qui est inscrite sur le site du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, mais qui l’est correctement au BAVCC).
Raphaël Venance est le fils de Hyacinthe, Victoire Pezerel, 32 ans, journalière et de Raphaël, Edmond Venance (mariés en 1906).
Selon sa fiche matricule militaire Raphaël Venance mesure 1m 63, a les cheveux châtain foncé et les yeux bruns, le front moyen et le nez rectiligne. Il a le visage ovale. Au moment du conseil de révision, il travaille comme journalier au Havre (Seine-Maritime) où habite sa mère au 54 rue de la Halle (son père est décédé). Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1921, Raphaël Venance est « appelé à l’activité » en avril 1921. Il est incorporé au 103ème Régiment d’artillerie lourde le 13 avril. Il est réformé temporaire par la commission de réforme de Rouen pour astigmatisme et hypermétropie le 12 mai. La commission du Havre le maintient réformé temporaire n°2 en mai 1922, 1923 et 1924. La commission de réforme du Havre d’avril 1925 le classe « service armé » pour « otite suppurée guérie et excellent état général ».
En avril 1923, Raphaël Venance est domicilié au 18 rue Jules Mazurier au Havre. En 1925 il a déménagé quai de Southampton, allée Byron (chez Duval).
En septembre 1926, il habite 16 rue de la Ruche à Aubervilliers (Seine) un petit quartier de logement sociaux. 
Raphaël Venance revient au Havre, où il est docker charbonnier sur le port.
Le 3 septembre 1927, il épouse Suzanne Lebet , au Havre.
En décembre 1927, le couple est domicilé au Havre, domicilié au 42 rue Gustave Lennier. 
 En 1934, père de famille de 3 enfants, il est reclassé « classe 1915 » en cas de mobilisation générale.
Raphaël Venance travaille ensuite aux Tréfileries et laminoirs du Havre, quai du garage
Il est syndicaliste.Pour l’armée cet emploi dans une entreprise qui fait partie des « usines à démarrage rapide » (1), le fait alors « passer » comme « affecté spécial » en tant que réserviste de l’armée active : c’est-à-dire qu’il serait mobilisé à son poste de travail en cas de conflit.
Le 18 novembre 1939, Raphaël Venance  est rayé de l’affectation spéciale, comme Jules Crampon qui travaille dans la même entreprise et la quasi-totalité des ouvriers soupçonnés d’être communistes. Il est alors réaffecté au centre mobilisateur d’artillerie n° 23. Le 18 novembre 1939, il est réformé temporaire n°2 par la commission de réforme du Havre pour « otite chronique », réforme confirmée pa
Le pont de la Barre
Après l’Occupation, Raphaël Venance est arrêté le 24 février 1942, lors de la rafle du Pont de la Barre, au Havre, après l'attaque d'une colonne de marins allemande par la Résistance communiste (Groupe Chatel, 2ème Compagnie de FTP).
Après l’attentat, les Allemands arrêtent au jugé des hommes dans les cafés de la place de l’Arsenal et dans tout le quartier. La rafle se poursuit le lendemain au Pont de La Barre en direction des milieux communistes et syndicalistes. 
Extrait du livre de Marie Paule Dhaille-Hervieu. "Communistes au Havre"
Raphaël Venance est écroué à la prison « Bonne nouvelle » de Rouen.
Les Allemands l’internent au camp de police allemande de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raphaël Venance est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Raphaël Venance est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Raphaël Venance meurt, à Auschwitz, le 25 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1275) et le site © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau.  Louis Eudier a écrit qu’il était « mort d’épuisement ».
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 2 mai 2001, paru au Journal Officiel du 8 juillet 2001. Cet arrêté comporte néanmoins une erreur : « mort le 6 juillet 1942 à Compiègne », qui est le jour du départ du convoi.  (Oise). Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Il est homologué «Déporté politique»,
Le nom de Raphaël Venance est inscrit sur le monument commémoratif de la Résistance et de la Déportation situé dans les jardins de l'Hôtel de ville du Havre : "Le 29 avril 1990, l'urne contenant des cendres de nos héros et de nos martyrs morts en déportation a été transférée dans ce monument".
  • Note 1 : Usines aptes à entreprendre rapidement la production - dès le début d’un conflit - de produits primordiaux pour la Défense nationale. Une note manuscrite classée « secret » en explique la teneur (C.f. © site de Louis Renault).
Sources 
  • Louis Eudier, Notre combat de classe et de patriotes (1934-1945) publié au Havre, en 1977, p.21. 
  • Claude-Paul Couture, chercheur, relate l'arrestation dans son dossier du CRDP de Rouen 1986, (p.15) : «En Seine Maritime, de 1939 à 1945». 
  • Thèse de doctorat de Marie-Paule Daille-Hervieu : « Communistes au Havre, communistes du Havre » (1930-1983), IEP de Paris, 1997.
  • ACVG juillet 1992. Acte de décès daté du 25 octobre 1946
  • Renseignements fournis par Mme Sylvie Barot, conservateur des Archives du Havre  (18 juin 1992).
  • Archives municipales du  Havre : acte de décès daté des Listes électorales 1939 (communication 18 juin 1992).
  • Le pont de la Barre © Photo in Le Havre et Sainte-Adresse par Dan et Nicéphore (WWW. havrais-dire.over-blog.com/article-tout-le-monde-sur-le-pont.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • Photo de Raphaël Venance avant-guerre @ Union Locale Cgt du Havre, in exposition photographique de 78 militants CGT du Havre fusillés ou déportés. Remerciements à Pierre Lebas et Thierry Leballeur. Photo transmise par Jean-Paul Nicolas en janvier 2015.
  • Registres matricules militaires.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • "Communistes au Havre" Histoire sociale, culturelle et politique, 1922-1983, par Marie Paule Dhaille-Hervieu. Publications de l'Université de Rouen et du Havre (11 janvier 2010). Thèse de doctorat.
  • Etat civil de Honfleur en ligne.
Biographie mise à jour en 2016 et 2017 (installée en octobre 2012 à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association « Mémoire vive ») par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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