L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARTEL Marcel, Aimé


PV du matériel saisi à son domicile le 23 avril 1941
Matricule "45841" à Auschwitz

Marcel Martel est né le 27 novembre 1897 à Art-sur-Meurthe (Meurthe-et-Moselle).
Il est le fils de Maria Claude et de Jean Martel son époux.
Il habite au 159 rue du Château des Rentiers (1) à Paris 13ème au moment de son arrestation.
Il est coupeur-cisailleur en maroquinerie aux établissements Wagner, 18 rue Duclos à Paris 20ème.
Il mesure 1 mètre 65, a les cheveux noirs, les yeux bleus, un visage allongé. Il a une cicatrice dans le cou, côté gauche (fiche de renseignement).
Marcel Martel est mobilisé à Nancy en 1916 (sa classe, la 17, est appelée par anticipation le 7 janvier 1916), et il effectue le service armé. Il est décoré de la Croix de guerre et de la médaille militaire. Il adhère à l’Association Républicaine des Anciens Combattants et victimes de guerre (2).
Il se marie avec Augustine Morand. Le couple a neuf enfants dont sont huit sont encore mineurs en 1941.
En 1936, il est trésorier du club sportif des HBM du 13ème arrondissement, affilié à la FSGT.
Il adhère au Parti communiste en 1936 « au moment des élections » (législatives de mai-juin 1936). Un rapport de police de juillet 1936 mentionne son appartenance au rayon du 13ème de la Région Paris-ville du Parti communiste et stipule « s’intéressant plus à la politique qu’au travail ». Il milite également au Syndicat des Locataires de l'arrondissement. Il a un jardin au « barrage de Vitry ».
En 1941, Marcel Martel travaille toujours chez Wagner au salaire horaire de 9 francs 25. 
Il est arrêté le 23 avril 1941 par « R. » et « D.», inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux pour « propagande communiste et détention de tracts ». Edouard Charpentier, ancien membre du Parti communiste qui habite également au 159 rue du Château des Rentiers, est arrêté en même temps que lui. Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux
Le 159 rue du Chateau des Rentiers
La recrudescence d’inscriptions à la craie, de collage de papillons gommés et de diffusion de tracts dans le 13ème arrondissement a en effet alerté les services de la Préfecture de police. Des enquêtes et filatures sont effectuées dans les milieux communistes du 13ème arrondissement par des inspecteurs de la BS. Leur rapport indique : « A la suite de la recrudescence de la propagande communiste clandestine dans le 13ème et plus particulièrement dans le quartier de la gare, nous avons été amenés à effectuer diverses surveillances et enquêtes à l’issue desquelles nous avons acquis la certitude que les susnommés, membres actifs de l’ex-Parti Communiste participaient de façon active à la propagande des théories de la IIIème internationale par la diffusion de tracts et brochures clandestins émanant de l’ex-parti communiste. Martel et Charpentier sont inconnus aux Sommiers Judiciaires » (procès verbal d’interpellation de Marcel Martel).
Marcel Martel explique la provenance des tracts et brochures saisis à son domicile aux inspecteurs, puis au commissaire de police, qu’en se rendant à son jardin du barrage de Vitry, il a trouvé quinze jours auparavant un paquet de tracts et de brochures ficelés dans une poubelle, devant un immeuble en construction, rue de Patay. « (…) Je les ai emportés à mon domicile pour me documenter. D’autres ont été glissés dans mon filet alors que je faisais la queue place Jeanne d’Arc. Quant au reste ils ont été glissés sous ma porte » (PV d’interrogatoire du 24 avril). 
Marcel Martel et Edouard Charpentier sont inculpés par le commissaire de police commandant la BS1 d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste) et conduits au Dépôt de la Santé, à la disposition du procureur.
Le 26 mai, Marcel Martel comparaît avec Edouard Charpentier devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Il est inculpé, mais libéré en raison de sa charge de famille nombreuse.
Marcel Martel arrêté une seconde fois le 28 avril 1942 pour les autorités allemande comme otage communiste. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941 -octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés pour la plupart une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Le 1er mai 1942, Marcel Martel est interné au camp allemand (Frontstalag 122) de Royallieu à Compiègne, Oise. A Compiègne, il reçoit le matricule « 4088 ». 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog :  «une déportation d’otages».
Marcel Martel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation.


Auguste Monjauvis signale la présence de Marcel Martel à ses côtés dans le convoi.
Le 8 juillet 1942, il est immatriculé "45.841" à Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.


Augustine Martel fait des démarches auprès de la Délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon (3) au BAVCC). Elle reçoit la réponse suivante le 20 septembre 1943 : «Nous savons que quelques internés sont au camp d’Auschwitz, mais ce n’est pas la majorité».
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 novembre 1994, paru au Journal Officiel du 11 janvier 1995). 
Il est déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique » en 1955.
Une plaque, apposée à droite du porche d’entrée de l’immeuble du 159 rue du Château des Rentiers, rappelle sa mémoire.
  • Note 1 : un immeuble de 6 étages construit en 1929 et qui compte 138 logements.
  • Note 2 : L'ARAC est fondée en 1917 par Georges Bruyère, Paul Vaillant-Couturier, Raymond Lefèbvre, Henri Barbusse (président) et leurs amis, tous combattants pendant la Première guerre mondiale. 
  • Note 3 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés».
Sources
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté au Val de Fontenay / CCH).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), par dérogation aux Archives de la Préfecture de police de Paris.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie installée en septembre 2012 (mise à jour en 2016 et 2017) à partir de la notice rédigée en 2002 pour l’exposition de Paris de l’association « Mémoire vive » par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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