L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


JODON René, Alfred


René Jodon est né le 7 décembre 1908 à Boulogne-sur-Seine (Seine / Hauts de Seine). Il habite au 4 avenue Alexandre Maistrasse à Suresnes (Seine / Hauts de Seine). Il est marié, père d’un enfant.
Il est embauché comme chaudronnier en cuivre puis comme ajusteur à l'entreprise Aivaz de Suresnes, 11 rue Jules Ferry, qui travaille pour l’aéronautique (radiateurs pour avions, pompes à carburant, tôlerie).
Syndicaliste, il est membre du Parti communiste, après 1939, selon sa sœur.
Pendant l’Occupation, il est arrêté, d’après sa sœur, le 4 octobre 1940 à Puteaux, par la police française après une distribution de tracts sur le marché des Cités-Jardins de Suresnes, dans les mêmes jours qu’Adrien Bécue, Emile Bouchacourt, Clément Pellerin et Raoul Platiau. Il est interné à la Santé le 5 octobre (d’après la Préfecture de Police de Paris),
Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (interdisant le parti communiste), il est retenu au commissariat avec ses camarades co-inculpés, début octobre en attente de son jugement. Il est ramené à la Préfecture le 20 novembre 1940. Le 14 janvier 1941 (le 13 d’après sa sœur) il est condamné à 6 mois de prison par la 13ème chambre correctionnelle de Paris. Il fait appel de la condamnation.
Il est interné au camp de Clairvaux. Le 6 avril 1941, René Jodon est ramené à la Santé avec Emile Bouchacourt, Boucherie et Raoul Platiau pour leur jugement en appel. Leurs peines sont confirmées. 
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 «individus» internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour René Jodon, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 5 octobre 1940 pour distribution de tracts et condamné par la 12ème chambre le 14 janvier 1941 à 4 mois de prison ». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines
René Jodon demeure cinq mois à la Santé au lieu d’être ramené à Clairvaux, car le camp est saturé.
Il est alors remis à la Police judiciaire et transféré le 9 septembre 1941 au camp de séjour surveillé de Gaillon, où il est enregistré avec le numéro 53.734 (Raoul Platiau a le n° 53.740 et Emile Bouchacourt le 63.738).
Le 18 février 1942, le nom de René Jodon (ainsi que ceux des autres Suresnois, Emile Bouchacourt et Raoul Platiau figure sur une liste de militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction nationale du Parti communiste (1).
Le 4 mai 1942, Raoul Platiau est transféré avec ses deux camarades de Suresnes au camp français de Voves, où il ne reste que deux semaines.
Dans un courrier du 18 mai 1942, le chef de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres : «  Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande ». Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer à Compiègne, ils chantent la Marseillaise. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
René Jodon arrive avec ses camarades Emile Bouchacourt et Raoul Platiau au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le 21 mai 1942.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Jodon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
L'entrée du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "45688 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo  d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
René Jodon meurt à Birkenau le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 516). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des « inaptes au travail » opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
Son certificat porte comme cause du décès «Maladie du cœur. Échec de circulation sanguine». L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 9 août 1994, paru au Journal Officiel du 29 septembre 1994. 
Il a été déclaré « Mort pour la France». Il est homologué "Déporté politique".
Son nom figure sur une plaque commémorative en Mairie de Suresnes. Une cellule du Parti communiste de l'entreprise Aivaz a porté son nom.
  • Note 1 : Le 18 février 1942, dans un pli confidentiel adressé à M. Caumont, préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), le Préfet de police de Paris, l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure». Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Certes, un mois avant - le 17 janvier 1942 - Roger Ginsburger s’est évadé de Gaillon. Mais la « note confidentielle » accrédite la thèse de la préparation d’une évasion massive que craint le Ministère de l’intérieur et constitue certainement un appui pour l’obtention de nouveaux moyens policiers. Car si les RG ont incontestablement des informations provenant d’une taupe au niveau de la direction communiste, la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont ni les tout premiers responsables de l’appareil clandestin du PC, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait logique dans le cadre d’une évasion collective d’une telle ampleur.Cette note révèle soit l’existence d’une « taupe » des RG au niveau de la direction communiste, soit celle d’un « coup » monté par Langeron, qui est alors en disgrâce (il sera destitué par Vichy le 26 février 1941) afin de redorer son blason.
Sources
    • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Mme Muguette Buchaille, sa sœur (5 avril 1992).
    • Archives de la Préfecture de police de Paris. Camps de Gaillon, Voves et Rouillé (BA 2374, 2374, 2397).
    • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
    • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
    • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1992.
    • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7. Liste V, N°31813. Liste S, N°175.
    • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
    • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, liste des militants communistes internés le 21 avril 1941.
    Biographie installée en octobre 2012, complétée en 2016, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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