L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


EUSTACHE Gabriel, Raymond, Louis



Gabriel Eustache est né le 11 mai 1920 à Bordeaux (Gironde). 
Il habite impasse (ou allée) Loriot Laval à Pessac (Gironde) au moment de son arrestation.
Il est l’un des fils d'Augustine Fleury, commerçante et de Louis, Pierre, Léon Eustache, monteur, son époux.  
Il est célibataire. Militant communiste, diffuseur de « L'Avant-Garde », il est membre des Jeunesses communistes de Pessac en 1939, dont son frère est le secrétaire.
Gabriel Eustache est arrêté le 14 décembre 1940 avec son frère Jean (1) par les policiers français de la triste "Brigade Poinsot"(2). Une vague d’arrestations commencée vers la fin octobre 1940 emprisonnera 147 militants communistes de la région bordelaise, parmi lesquels trois d’entre eux seront déportés avec lui dans le convoi du 6 juillet 1942 : Jean Beudoude Talence, Jean Guenon de Cénon et Gabriel Torralba de Villenave d’Ornon .
Il y a aussi le père et les frères de Gabriel Torralba (tous deux cheminots) et le propre frère de Gabriel Eustache, Jean (André), qui mourra durant sa détention au Fort du Hâ. Gabriel Torralba écrit «connus comme nous étions, il n’y eut pas difficulté à la police française de savoir d’où venaient les tracts».
Gabriel Eustache est interné au centre de séjour surveillé de Bordeaux (dépôt municipal de sûreté). De la  Prison de Bordeaux  (24 quai de Bacula), il est transféré  en décembre 1940 au camp "Beau-Désert" à Mérignac. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en avril ou mai 1942, en vue de sa déportation comme otage.
Le "menu" du  repas fraternel du 5 mai 1942
A Compiègne il est affecté à la chambre N°3, bâtiment A1. Un banquet de solidarité avait été élaboré à partir des colis reçus par certains. Pour y participer, on payait une quote-part : les « bénéfices » étaient répartis entre les plus démunis (les sans-famille, les sans-colis, ceux dont la famille était elle-même sans ressources). Le menu du repas fraternel du 5 mai 1942 conservé par Gabriel Torralba, porte la signature de Gabriel Eustache.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gabriel Eustache est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro « 46233 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Cette reconstitution n’a pu aboutir en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il était donc hasardeux de maintenir ce numéro en l’absence de nouvelles preuves. Il ne figure plus dans mon ouvrage « Triangles rouges à Auschwitz».
Le camp de Birkenau
Affecté à Birkenau, Gabriel Eustache meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 271). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire « 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois », pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 30 juin 1989, paru au Journal Officiel du 8 août 1989. 
Gabriel Eustache est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1952 (n° 110602439). 
Son nom est inscrit ainsi, que celui de son frère, sur le Mémorial à la Mémoire des Pessacais fusillés et victimes de la barbarie nazie 
  • Note 1 : Jean, André Eustache, son frère, est né le 21 mai 1916 à Bordeaux. Il exerce le métier de tanneur. Militant communiste, il est secrétaire du groupe de Pessac des Jeunesses communistes. Il est interné le 14 décembre 1940 au Centre de séjour surveillé de Bordeaux, puis transféré au dépôt municipal de sûreté à la demande des autorités allemandes (in Le Maitron). Il meurt au 11 rue du Maréchal Joffre (adresse du fort du Hâ) le 27 février 1942 (suicide ou par suite des tortures de la SAP). Il a été déclaré "Mort pour la France" et la rue André Eustache honore son nom à Pessac. Les frères Eustache ont une sœur, Monique, et un autre frère, maçon, qui est lui aussi communiste. Son fils, leur neveu, Jean Eustache, né en 1938, sera un cinéaste « hors normes » comme l’écrit « l’Humanité », proche de la « nouvelle vague », réalisateur de films comme "la Maman et la Putain" et "Mes petites amoureuses"… Il se suicide par balle en 1981. Le centre culturel-cinéma de Pessac porte son nom (in biographies de Jean Eustache sur Wikipédia et le « dictionnaire Jean Eustache »).
  • Note 2 : Pierre Napoléon Poinsot, commissaire aux Andelys et à St Lô en 1936 où il se fait remarquer par un anticommunisme effréné. Muté à Bordeaux en 1938 dans la Police spéciale de la préfecture, il est affecté au commissariat de la gare Saint-Jean (…) où il se lance dans la chasse aux communistes, qu'ils soient militants ou sympathisants. Pendant l’Occupation, grâce à l'appui de Reige, directeur de cabinet du préfet, Poinsot reste à Bordeaux, malgré un avis défavorable de sa hiérarchie. Il organise la S.A.P (section des activités politiques) : sa « brigade Poinsot » devient le numéro un des services allemands pour la chasse aux communistes, gaullistes et résistants". Extraits de l’ouvrage de René Terrisse.
Sources
  • Deux lettres de Gabriel Torralba à André Montagne (non datées).
  • Etat civil de Pessac.
  • Extraits de « La Gironde sous l'Occupation. La répression française. Bordeaux 1940 - 1944 » de René Terrisse.
  • Site internet de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  •  © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  •  © Site Internet Mémorial-GenWeb. Relevé Pascale Beaudon.
  • © Site Internet WWW. Mortsdanslescamps.com
  • Actes de décès de Gabriel et Jean Eustache, état civil de Pessac 1992.
Biographie installée en août 2012, complétée en 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 

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