L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BERTHOUT Jean, Baptiste


Matricule "45230" à Auschwitz

Jean-Baptiste Berthout
Jean, Baptiste, Berthout (dit Jean-Baptiste ou Pierre, dit "les yeux bleus") est né le 3 août 1899 à Limoges (Haute-Vienne). Il est le fils de Pierre Berthout et de Marie Vignaud, son épouse.
Il habite au 48 rue du Faubourg Saint-Denis (Paris 10ème) au moment de son arrestation. 
Titulaire du certificat d’études primaires, il est aide monteur en chauffage central  « au salaire horaire de 9 F 62 » / BS1 (1) (il a été successivement calibreur sur porcelaine, manutentionnaire, cultivateur, puis aide monteur en chauffage, selon son registre matricule militaire).
Selon sa fiche matricule créée en mars 1920, Jean-Baptise Berthout mesure 1m 69 a les cheveux blonds et les yeux bleus, le front moyen fuyant et le nez rectiligne, le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1919, Jean-Baptise Berthout est mobilisé par anticipation d’un an (soit en avril 1918), comme tous les jeunes gens depuis la déclaration de guerre.
Il est incorporé au 126ème Régiment d’infanterie le 18 avril et arrive au corps le 23 avril 1918. A l’instruction au dépôt du 126ème, il est hospitalisé fin 1918. Il est envoyé en permission le 18 décembre 1918. Il rejoint le corps le 4 janvier 1919.
Il est envoyé « aux armées » (occupation des pays rhénans) le 12 mai 1919 avec le 163ème Régiment d’infanterie. Il est détaché à la coopérative divisionnaire de Sarrebrück le 15 décembre 1919.
Il est « renvoyé dans ses foyers » le 23 mars 1921 « en attendant son passage dans la réserve de l’armée active » qui a lieu le 25 avril et « se retire » au 194 route de Paris à Limoges, « certificat de bonne conduite accordé » Il est affecté dans la réserve au 63ème RI.
Mai 1921 : pour hâter l’application du traité de Versailles (versement des dommages de guerre, en particulier le charbon), la première occupation militaire de la Ruhr par l’armée française va avoir lieu en mai 1921 (les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent de 100.000 à 210.000 hommes) : le gouvernement rappelle les réservistes. Jean-Baptise Berthout est donc « rappelé à l’activité » (article 33, loi 8 mars 1905) et arrive au 63ème Régiment d’infanterie le 4 mai 1921. Il est affecté au 66ème Régiment d’infanterie le 11 mai. Il est démobilisé le 26 juin 1921.
Il  reçoit la médaille commémorative 14/18 et la médaille interalliée.
Il vit maritalement, après sa démobilisation, avec Mme Otanendy.
En novembre 1921 Jean-Baptise Berthout habite au 13 passage de l’industrie à Paris 10ème.
D’abord réaffecté au titre de la réserve au 63ème RI, il est ensuite affecté au 50ème RI en 1924 dans le cadre du plan A.
En janvier 1924, il est revenu à Limoges et habite au 194 faubourg (ou route) de Paris. En juin de la même année, il remonte à Paris et habite à nouveau au 13 passage de l’industrie.
En mai 1931, il habite à nouveau la région limousine, ruelle de Vialbos à Verneuil-sur-Vienne.
En mai 1931, il est réaffecté dans la réserve à la 1ère section d’infirmiers militaires.
En mai 1932, il remonte définitivement à Paris et habite au 14 boulevard Bonne nouvelle (10ème). En octobre 1932, il déménage rue des belles feuilles (Paris 16ème).
En juin 1933, il habite à nouveau le 10ème arrondissement au 48 rue du Faubourg Saint-Denis. Jean-Baptiste Berthout adhère au Parti communiste en 1934 et est pendant un an et demi secrétaire de la cellule locale « 1081 ».
Septembre 1939 : à la déclaration de guerre Jean-Baptise Berthout est « rappelé à l’activité » le 10 septembre 1939 et mobilisé à la 9ème section d’infirmiers militaires à Limoges, où il arrive le même jour.
En 1940, il est sollicité par un certain « Maurice » pour effectuer des distributions de tracts malgré l’interdiction du Parti communiste depuis le 26 septembre 1939. 
Sa fiche de police (BS1)
A cinq reprises, selon son interrogatoire par la Brigades spéciale des renseignements généraux, il répartit des paquets d’une centaine de tracts et des papillons dans son quartier. Il diffuse environ lui-même une cinquantaine de tracts.
Le 29 décembre 1940, il est arrêté en flagrant délit par la Brigade Spéciale des renseignements généraux (1). Les agents des RG trouvent chez lui une enveloppe avec trois noms de fonctionnaires de police auxquels - selon le PV d’interrogatoire de la BS1 du 30 décembre - il doit diffuser le tract intitulé « aux agents et inspecteurs de Police ».
Envoi au dépôt. de JB Berthout. Signature du commissaire Cougoule
Le commissaire André Cougoule, chef de la Brigade spéciale envoie Jean-Baptiste Berthout au Dépôt de la Préfecture de police de Paris le jour même. 
Il est écroué à la Santé, puis à Fresnes, en raison de sa condamnation à 6 mois de prison. 
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le préfet de police de Paris a ordonné son internement administratif le 29 juin 1941 en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2). 
Mais étant de fait libéré, Jean-Baptiste Berthout ne s'est pas présenté aux services de police. Il est alors recherché, ce que révèle le registre journalier des arrestations ci dessous en date du 27 septembre 1941.  "A la suite de plusieurs surveillances, il a été procédé à l'arrestation de Berthout Jean-Baptiste dit "les yeux bleus" (...) militant communiste notoire, qui à la suite d'une condamnation à 6 mois de prison pour propagande clandestine, ne s'est pas présenté à nos services pour être dirigé sur un camp de séjour surveillé. A été envoyé au Dépôt pour un acheminement vers un camp de concentration (le 29-9-41). 

Registre journalier de la BS1 des RG
Sur une liste de la Préfecture de Police il est indiqué comme étant interné administrativement le 27 septembre 1941 au CSS de Rouillé, venant de la maison d'arrêt de Clairvaux.
Le 9 février 1942, les autorités allemandes l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean-Baptiste Berthout est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro "45230" selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (3) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Jean-Baptiste Berthout meurt à Auschwitz le 13 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 82). Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué.

  • Note 1 : La Brigade spéciale des Renseignements généraux remonte à la « Drôle de guerre », en mars 1940, quand la lutte anti-communiste était d’autant plus à l’ordre du jour que le PCF était interdit. La structure ne fut réactivée pleinement qu’à l’été 1941 pour répondre à l’engagement des communistes dans la lutte armée. En théorie elle était rattachée à la Première section des RG, en charge de la surveillance de l’extrême gauche. Dans les faits, elle était sur un pied d’égalité (…). Si toutes les forces de police furent mobilisées peu ou prou dans ce que (le directeur de la police municipale) Hennequin appela une « lutte à mort », c’est la Brigade spéciale des RG qui joua un rôle central (…). En janvier 1942, elle fut même dédoublée, la BS2 étant plus spécialement chargée de la « lutte anti-terroriste ». (Denis Peschanski, « La confrontation radicale. Résistants communistes parisiens vs Brigades spéciales »), oai:hal.archives-ouvertes.fr:hal-00363336).
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
  • Note 4 : Un autre déporté porte lui aussi le nom de Jean-Baptiste Berthout. Il est lui aussi né à Limoges, mais le 12 mai 1900. C'est un militant communiste, domicilié à Clichy (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation qui a lieu le 5 octobre 1940. Il est interné à Aincourt, puis à Fontevrault le 4 décembre 1940,  puis Clairvaux, le 20 janvier 1941, et enfin au camp de Rouillé (Vienne) du 26 septembre 1941 au 22 mai 1942 (date de son transfert à Compiègne). Il est déporté depuis Compiègne le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen puis à Dachau. Il est décédé le 9 mai 1945 à Holzhausen. Il existe au cimetière de Holzhausen, en Bavière, une pierre tombale qui porte l'inscription : "Berthout Jean-Baptiste, déporté politique français 1900-1945". Cette information et une photo de la tombe de Holzhausen m'ont été adressées en septembre 2010 par le Dr. Joachim Hahn : http://www.alemannia-judaica.de/igling-holzhausen_friedhof.htm). 

Sources
  •     Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  •      Fiche individuelle consultée en octobre 1993. Fichier national ; Liste officielle n°3.
  •     Archives de la préfecture de police de Paris, BS1, Brigade Spéciale anticommuniste et BA 2337 : "Internés administrativement au 3ème trimestre 1941". Dossier Jean-Baptiste Berthout.
  •      Témoignage de René Petitjean.
  •   Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés). 
  • Registres matricules militaires de Haute Vienne.
Biographie rédigée en novembre 2005 (remaniée en août 2012, janvier 2014, août 2016 et mai 2017) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). *Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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