Ce blog, hommage aux déportés du convoi du 6 juillet 1942, est à la croisée de l’Histoire et de la Mémoire. Il est basé sur des recherches universitaires prolongeant celles de Roger Arnould, ancien déporté et documentaliste de la FNDIRP.



ANTONINI Alexandre


Deux négatifs ont été superposés :
il s'agit  des visages d'Henri Aubry
et d'Alexandre Antonini

Matricule 45174 à Auschwitz

Alexandre Antonini est né le 27 juillet 1894 à Ajaccio (Corse). Il est domicilié au moment de son arrestation au 4 rue du Réservoir à Clichy-la-Garenne (ancien département de la Seine, aujourd’hui Hauts-de-Seine). 
Il se marie le 28 juillet 1925 à Clichy avec Marie-Madeleine Passemart (mécanicienne), qui militait au Comité mondial des femmes. Ils eurent un enfant.
Alexandre Antonini est comptable de profession, il adhère au Parti communiste en 1920 à Clichy. 
Il milite également dans le 18ème arrondissement de Paris et devient membre de la commission technique coopérative centrale du Parti communiste dirigée par Paquereaux (dès 1923, il est trésorier fédéral de la Fédération ouvrière et paysanne).
Il est secrétaire de la cellule de la coopérative "la Fraternelle" et devient, dès 1925, trésorier du XVIIIème° Rayon. 
Secrétaire de la Section du Parti communiste de Clichy, il participe à ce titre activement au IVème congrès du jeune Parti communiste, qui se tient à Clichy du 17 au 21 janvier 1925.
Alexandre Antonini est élu conseiller municipal le 5 mai 1925 et le 5 mai 1929.
Candidat au Conseil général le 26 mai 1935, il échoue au 1er tour (2 488 voix), mais recueille 2769 voix au second, alors qu'il n'est plus candidat.


Toujours militant après 1939, il est arrêté le 6 décembre 1940 à Clichy, par la police française pour "reconstitution de ligue dissoute", (il s’agit d’une rafle concernant 69 militants du département de la Seine). 
Le même jour il est interné au camp de « séjour surveillé » d’Aincourt, près de Mantes (Yvelines) ouvert spécialement, en octobre 1940, pour y enfermer les communistes arrêtés dans la région parisienne par le gouvernement de Vichy. 
Le 6 septembre 1941, Alexandre Antonini fait ensuite partie des 150 détenus d’Aincourt (dont 106 de la Seine) transférés au “centre de séjour surveillé” de Rouillé, au sud-ouest de Poitiers (Vienne), pour l’ouverture de celui-ci. Le 22 mai 1942, il est remis avec 147 autres détenus aux autorités allemandes, à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, en vue de sa déportation comme otage.

Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro 45174
Alexandre Antonini meurt à Auschwitz, le 4 octobre 1942 selon les registres du camp.
Le titre de « déporté politique » lui a été attribué.
Le 2 juillet 1957, le Conseil municipal de Clichy donne son nom à une rue de la commune.
Madeleine Antonini, sa veuve, a été conseillère municipale de 1945 à 1947 (Maire : Jean Mercier), puis de 1958 à 1959 (Maire Georges : Levillain).

Sources
  • Témoignage de Mme Gezelle 13 novembre 1972.
  • Liste Mairie P.1. ­Liste XLI-42, N°2.
  • Témoignage de René Petitjean qui décrit sa remarquable attitude dans le convoi. Par son sang-froid et son humour, il rétablit le calme dans son wagon, où les Clichois se sont groupés autour de lui. Il entre au Parti communiste en 1920 :
  • « attiré surtout par le rayonnement de la révolution Russe. A cette époque (1920) il y avait à la section de Clichy une majorité contre l'adhésion à la IIIe Internationale. En tant que militants syndicalistes nous connaissions ces discussions, c'est alors qu'avec un groupe de jeunes revenus des tranchés, nous avons décidé d'entrer à la section de Clichy pour combattre ceux qui attaquaient la révolution Russe. » Autobiographie de 1938, citée par Jean Maîtron Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome : Tome 17, page 188.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Sa photographie d’immatriculation à Auschwitz a été reconnue par des rescapés lors de la séance d’identification organisée à l’Amicale d’Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin “Après Auschwitz”, n°21 de mai-juin 1948). Cependant, le négatif a été accidentellement utilisé pour réaliser deux clichés successifs, c’est pourquoi il présente deux visages superposés (l’autre visage est celui d’ H. Aubry, matricule 45183).
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
Biographie rédigée en novembre 2005 par Claudine Cardon-Hamet (, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005) à l’occasion de l’exposition organisée par l’association « Mémoire vive » et la municipalité de Gennevilliers.
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