L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PONTY Gabriel, André



Gabriel Ponty (Gaby) est né le 17 décembre 1921 à Paris (14ème). Il habite au 17 rue des Thermopyles à Paris (14ème) au moment de son arrestation.
Affiche UNIC 1923
Il est célibataire et travaille comme ouvrier spécialisé sur machine, puis comme monteur aux « Usines d'automobiles Unic », ancien quai National, devenu quai De Dion-Bouton, à Puteaux (Seine / Hauts-de-Seine). L’usine de Puteaux s’est spécialisée depuis 1930 dans les véhicules industriels. Deux autres déportés du convoi du 6 juillet 1942, Lanvert André, responsable de la cellule du P.c. et Jules D’Haese qui y travaille comme chauffeur.
Militant des Jeunesses Communistes, il est responsable du travail en direction des jeunes chômeurs.
Gabriel Ponty  DR Dédée Ponty
Gabriel Ponty est sportif : il est footballeur à l'Union sportive du 14ème arrondissement qui sert de couverture à des activités de propagande de la Jeunesse communiste, mais il dispute aussi des matches et participe à des championnats avec René Deslandes. En septembre 1941, René Deslandes, responsable des Jeunesses communistes clandestines, va affilier son ancien club omnisports « Jean Jaurès »  au « groupement Borotra » et à la FSGT collaborationnistes, afin de faciliter le regroupement des jeunes communistes. Le « club sportif omnisports du 14ème » va permettre aux jeunes communistes, dont beaucoup étaient membres du précédent club et des Auberges de jeunesse de se réunir au grand jour. Plusieurs des jeunes du 14ème qui y sont licenciés seront déportés avec lui à Auschwitz ou fusillés (1).
« 1941 : les jeunes de « l’Union Athlétique du 14ème » et des auberges de jeunesse, font la chasse aux armes, participent à des sabotages, à des destructions de véhicules : Porte d’Auteuil, incendie de 3 camions et d’une automitrailleuse ». Fernand Leriche (instituteur, ancien membre du bureau de la section des JC du 14ème).
On sait par le dossier constitué par André Deslandes que Gabriel Ponty est membre de ce groupe actif, qui réussit plusieurs actions contre des installations allemandes. Il effectuait un « travail spécial » selon sa sœur aînée, Andrée Ponty qui sera pendant l’Occupation responsable régionale de la région Est pour "le travail parmi les femmes", avec Andrée Aubert et Simone Parouty, puis responsable politique et "marrainage"  des FTP sous le pseudonyme de Claude.
Gabriel Ponty est arrêté une première fois le 19 avril 1941 pour distribution de tracts. Il est incarcéré sur mandat de dépôt établi par le juge d’instruction Pierre Turquez pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute) : il est détenu à la Santé le 20, puis à Fresnes le 21 avril. Il est relaxé en juillet 1941.
DR Dédée Ponty
Sa deuxième arrestation a lieu le 28 avril 1942, à son domicile, par un Feldgendarme et un inspecteur français. Ce jour là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941 -octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, qui avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). Gabriel Ponty est interné au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 28. 
A Compiègne il porte le matricule 4063. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir l'article du blog : «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gabriel Ponty est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Depuis le wagon qui l’emmène vers Auschwitz  ce 6 juillet 1942, il écrit ces quelques lignes à sa mère et à sa sœur sur un bout de papier jeté sur les voies : « Ai quitté camp Compiègne pour destination inconnue (Mourmelon ou Allemagne). Santé bonne. N’ayez aucune inquiétude. Gaby». Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
L'entrée du camp de Birkenau
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "46001 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
René Aondetto et Emmanuel Michel ont témoigné l'avoir connu à Birkenau.
Gabriel Ponty meurt le 2 novembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 956). La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 janvier 2012 paru au Journal Officiel du 4 mars 2012). Cet arrêté qui corrige pourtant le précédent porte encore une date erronée : « Décédé le 1er décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) et non en septembre ou octobre 1942 à Auschwitz (Pologne)" !
Il est vraiment incompréhensible qu’une rectification réintroduise une nouvelle erreur, alors que le Musée d’Auschwitz peut fournir le certificat de décès. Il serait donc souhaitable que le ministère prenne en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
  • Note 1 : Albert Faugeron, Jean Hugues, Pierre Le Jop, Jean Nicolaï, Gabriel Ponty (Gaby). Certains d’entre eux sont membres des « Bataillons de la jeunesse » et seront fusillés dans le cadre du Procès de la Maison de la Chimie : Georges Amable, André Aubouet, Raymond Tardif. 
Sources
  • Témoignage d’Andrée Ponty, « Dédée » sa sœur, recueilli par Roger Arnould le 26 janvier 1973. On trouvera sur Internet une biographie d’Andrée Ponty (in Archives du Parti communiste, Fonds Andrée Ponty, archives de Seine-St-Denis, 274 J 1-3. Notice Pierre Boichu).
  • Dossier d’André Deslandes. Musée de la Résistance nationale (Champigny).
  • M. Joseph Reiss (lettre du 28 décembre 1987) a recueilli le témoignage d’Andrée Ponty en maison de retraite à Limeil-Brévannes.
  • Photos d'avant-guerre (Andrée Ponty). 
  • Etat-civil de la Mairie du 14ème, 26 janvier 1989.
  • Liste d’André Deslandes. Revue d'Histoire du 14ème arrondissement de Paris, n° 29 (1984-85).
  • © Photo de Birkenau : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
Biographie installée en juillet 2012 (complétée en 2016), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). *Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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