L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MONTAGNE André



André Montagne est né le 30 octobre 1906 à Beaulieu-sur-Dordogne (Corrèze). Il est le fils d'Antoinette Chaux, 35 ans, ménagère et d'Emile Montagne, 36 ans, meunier, son époux.
André Montagne habite au 14 avenue du président Wilson à Levallois-Perret (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. Il est d'abord manœuvre.
Il effectue son service militaire comme deuxième classe, dans l’infanterie (12ème région, 107ème RI de Tulle), du 15 novembre 1926 au 27 avril 1928. Par son livret militaire, on sait qu'il mesure 1 mètre 64 et qu’il n’a pas le certificat d’études.
Sur recommandation du député de Corrèze, le radical-socialiste Henri Queuille, (André Montagne habite alors Saint Angel en Corrèze), il est embauché avec le grade  de «garde» à la Compagnie du Chemin de Fer Métropolitain de Paris (la CMP dite « Métro ») en 1929, à la station Champerret.
Il reçoit le matricule « 2717 » à la CMP.
André Montagne vient habiter Levallois-Perret à cette période, au 18 rue Martinval, puis au 9, le 5 octobre de la même année.
Le 28 octobre 1932, il déménage au 143 rue Jean Jaurès, et le 2 janvier 1933, il déménage au 91 de cette rue. 
André Montagne épouse le 30 juin 1934 Marie, Jeanne, Patient, corrézienne comme lui, née en 1915.
Et le 4 janvier 1935, le couple va habiter au 14 rue du Président Wilson.
Le 1er janvier 1936, André Montagne est nommé agent de conduite titulaire (ACT), toujours à la station Champerret, où il restera affecté jusqu'à sa mobilisation.

Selon les archives du BAVCC, il est membre du Parti communiste. 
Le 1er janvier 1937, il est « autorisé chef de train ».
Le 2 septembre 1939 André Montagne est mobilisé à la 7ème compagnie du 614ème RPI à Saint-Etienne.
Il est démobilisé le 25 juillet 1940 à Voutenay-le-bas (canton de Vizille). Le capitaine « V. » commandant sa compagnie ne peut lui donner les moyens d'un rapatriement à Levallois-Perret, mais l'autorise à se rendre chez ses beaux-parents, à Saint-Féréol. Même refus du commandant de la place de Brive où il se rend à son arrivée. C'est par l'entremise de la mairie de Saint-Féréol, via la Préfecture de Corrèze, qu'il rejoint Paris le 28 septembre 1940.
Le 29 septembre 1940, il sollicite la reprise de son service à la Compagnie du Chemin de Fer Métropolitain de Paris, qu'il réintègre à la date du 2 octobre 1940, avec attachement au Pont de Levallois.
Registre journalier de la Brigade spéciale des RG
Mais il est connu des Renseignements généraux comme ancien membre du Parti communiste. Il est arrêté le 9 octobre 1940, à Levallois, pour distribution de "tracts communistes" par des agents du commissariat de Levallois. Deux inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements générauxarrêtent le même jour et pour le même motif deux autres de ses camarades levalloisiens (Germain Feyssaguet et Aimé Doisy). 
André Montagne et ses deux camarades sont envoyés au Dépôt de la Préfecture de police de Paris. Ils sont inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute). Le 15 octobre André Montagne, Aimé Doisy et Germain Feyssaguet sont condamnés par la 12ème chambre correctionnelle à une peine de prison de quatre mois. Ils sont écroués à la Santé, puis à Fresnes le 28 octobre 1940. 
Le 14 octobre 1940, alors qu'il a été déféré dans les locaux de la Police, « D. », ingénieur en chef du service du mouvement envoie au domicile d'André Montagne un courrier recommandé lui annonçant : « en raison de votre absence sans autorisation depuis le 9 octobre, vous êtes considéré comme démissionnaire et rayé des Cadres de la Compagnie à compter du 14 octobre ». 
Le 19 octobre l’ingénieur en chef propose au Directeur général des services d’exploitation d’adresser à André Montagne une lettre de révocation faisant suite à sa condamnation, connue par voie de presse le 16 octobre. Le directeur lui répond de se borner à considérer que l’agent est démissionnaire « nous le révoquerons lorsque nous aurons confirmation officielle de sa condamnation ». La confirmation du Préfet de police parvient à la direction générale le 27 janvier 1941.

Le 17 janvier 1941, à l’expiration de sa peine, et en application du décret du 18 novembre 1939 (1), il n’est pas libéré : il fait partie d’un groupe de 24 militants communistes conduits au Centre de séjour surveille (CSS) d’Aincourt en Seine-et-Oise (aujourd’hui dans le Val d’Oise), ouvert spécialement, en octobre 1940 pour y enfermer les communistes arrêtés (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Certificat de présence à Aincourt
Le préfet de police de Paris, Roger Langeron, en informe le directeur de la CMP. 
Le CSS de Rouillé - VRID
Le 6 septembre 1941, il est transféré avec 149 autres détenus d’Aincourt au CSS de Rouillé, où il est affecté à la baraque N 10 (2).
Le 9 février 1942, avec 51 autres internés, il est remis aux autorités allemandes à leur demande (lors de la préparation des listes suivantes de transfert - celle du 22 mai - de Rouillé vers Compiègne, son nom est rayé (« déjà transféré »). 
Les autorités allemandes l’internent au camp allemand de Royallieu (Frontstalag 122) à Compiègne (Oise). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
André Montagne est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. Le numéro "45891 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Il meurt à Auschwitz le  21 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 826).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 2 décembre 1996 paru au Journal Officiel du 19 février 1997). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : décédé en juillet 45 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Son décès est enregistré en décembre 1947. Les listes électorales de Levallois en 1945 indiquent : "déporté, à maintenir sur les listes". Une mention a été ajoutée ultérieurement "serait déporté, sans nouvelles". Il ne figure plus sur les listes de 1946 et 1954.
Le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. La carte est adressée à Jeanne Montagne.
Une curieuse anecdote m'a été racontée par son homonyme, André Montagne, rescapé d’Auschwitz : quelques années après son retour des camps, André, qui a quitté Caen pour s’installer en région parisienne, va chez le coiffeur à Levallois. Il ignore alors qu’un autre déporté du convoi du 6 juillet 1942, qui habitait Levallois, portait le même nom que lui. Le coiffeur ayant vu son matricule tatoué à Auschwitz sur son poignet gauche, le questionne et ils parlent de la déportation. Ayant décliné son nom, André Montagne sent alors que le coiffeur le regarde de travers… Le coiffeur avait connu « l’autre » André Montagne ! 
  • Note 1 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Classée «secret», la circulaire n° 12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des «individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique». Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources
  • Archives définitives de la RATP, à la Maison de la RATP à Paris, dossier personnel d'André Montagne. Remerciements à Mme Laurence Loy et Mr. Thiriau.
  • Archives municipales de  Levallois (Mme Catherine Penel, lettre du 20 décembre 1991).
  •  Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939.
  •  Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin - Juin 2003 - Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • Liste d’otages XLT 42 (CDJC).
  •  Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
Biographie  rédigée en 2007, actualisée en juillet 2012 et 2017, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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