L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ALGRET Marcel


Marcel Algret
Marcel Algret est né le 18 juillet 1918 à Paris 10ème. Il est le fils de Suzanne Algret. 
Il habite au 26 rue Martin Levasseur à Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis), et depuis un an dans un hôtel de la même ville, au 6 place Peyret, au moment de son arrestation par la Brigade Spéciale des Renseignements généraux..
Il est manœuvre, sans emploi depuis juin 1940. 
Marcel Algret adhère au Parti communiste en 1936. Appelé au service militaire, il est réformé en 1938.
Fiche de police
Le 26 octobre 1940, il est arrêté pour «détention et distribution de tracts» à la suite d'une enquête menée par la BS ("recrudescence de propagande communiste clandestine, tracts et papillons gommés"). 

En effet, le commissaire principal des Renseignements généraux, André Baillet a chargé deux inspecteurs de la Brigade spéciale (lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux) de « procéder à une enquête en vue de découvrir la source des tracts clandestins d’inspiration communiste et des papillons gommés de même caractère distribués et collés dans certaines parties de la périphérie et plus particulièrement à Saint-Ouen ». Cette enquête a entraîné l’arrestation de plusieurs militants, dont Marcel Algret.
Le registre journalier de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux) en date du 27 octobre rapporte l’arrestation par 12 inspecteurs des RG de Marcel Algret le 26 octobre 1940 en même temps que 6 autres militants : Maurice Alexis, André B., Martial Charpentier (déporté à Sachsenhausen en 1943, rescapé), Jean Pelletier (déporté « NN » à Mauthausen, décédé à Dora en mars 1945) et Maurice Massé (né en 1898, Maurice Massé est déporté « NN » en mai 1942 à Louvain, Aix-la-Chapelle puis Mauthausen. Rescapé). On notera le prénom de Julien porté sur le registre. Mais il s’agit manifestement d’une erreur : les PV des Renseignements généraux mentionnent le surnom de « père Massé » pour l’homme qui reconnaît remettre des tracts à Marcel Algret et qui habite le même hôtel que lui. Julien Massé, déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942, est lui âgé de 19 ans, habite Vitry et travaille dans le 13ème arrondissement. Il est arrêté en mai 1941 par la BS1 des RG.
Registre des RG
Les inspecteurs ont trouvé de nombreux tracts dans sa chambre. Il est inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. 
« Arrêté à son domicile. Détenteur de tracts. En relation avec Massé fiché d’autre part. Inscrit aux JC de 1928 à 1935 et au PC depuis cette date. Appartenait à la cellule de chez Alsthom à Saint-ouen. Perquisition fructueuse, envoyé au Dépôt ».
Condamné à une peine de prison, il fait appel du  jugement. Le 3 février 1941, la Cour d’appel de Paris le condamne à trois mois de prison avec sursis. 
Il n’est pourtant pas libéré (2) : le préfet de police de Paris, Roger Langeron, signe un arrêté ordonnant son internement administratif le 4 février 1941. Il est interné au Camp de Rouillé (1). 
 R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste.  © Pierre Cardon
Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Marcel Algret outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le  25 octobre 1940 pour détention et distribution de tracts et condamné le 3 février 1941 par la cour d’appel de Paris à 3 mois de prison avec sursis ». Lire dans le blog le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Le 18 mars 1942, il fait partie du petit groupe de 13 jeunes communistes du camp de Rouillé qui - à la demande des autorités allemandes - sont transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) en vue de leur déportation comme otage : Il s’agit de Marcel Algret, Maurice Alexis, Henri André, Jean Bach, Roger Desjameau, Louis Faure, René Faure, Georges Guinchan, Faustin Jouy, Henri Migdal, Marcel Nouvian, qui sont tous déportés à Auschwitz. André Giraudon, de Bourges, est fusillé à Compiègne le 10 mai 1942. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Algret est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Il pourait s’agir du matricule « 46213 ». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
Marcel Algret meurt  à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 21). Ce certificat porte comme cause du décès «Phlegmon ». L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
Marcel Algret a été homologué « Déporté politique ». La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 24 mars 1987, paru au Journal Officiel du 15 mai 1987. 
  • Note 1 : La date de naissance inscrite à Auschwitz est celle du 18 juillet 1918. Celle du 18 août est inscrite au Journal Officiel
  • Note 2 : Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste en utilisant le décret Daladier du 18 novembre 1939. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur du 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 |
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
Sources

  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), par dérogation aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Fichier photo, Préfecture de police de Paris 2017.
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (DAVCC).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (DAVCC. Ausch 3/T3).
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
Biographie installée en juillet 2012 (complétée en 2016 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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