L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HERNANDO Jean



Matricule 45659 à Auschwitz

Jean Hernando est né le 27 janvier 1921 à Thourotte (Oise) près de Compiègne. Il est le fils d’Eminez Gilda Del Castillo et de Louis Hernando, son époux. Son père est cimentier, et ses parents sont venus d’Espagne chercher du travail en France après guerre. Après les grandes crues de l’Oise de 1920, Louis Hernando travaille aux grands travaux de protection contre les inondations dans la région compiégnoise.
Jean Hernando a deux frères : Louis né le 8 juillet 1919 à Nantes (1), Edmond né le 29 novembre 1924 à Noyelles-sous-Lens, et deux sœurs : Maria-Luisa née le 23 juin 1916 en Espagne, mariée à Georges Beunon (2) et Emilia, Marguerite née le 18 septembre 1922 à Thourotte.
Jean Hernando habite dans un passage situé à hauteur du 50 rue du Fort (2ème maison à droite) selon sa fiche de police, à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), au moment de son arrestation. 

1937
Sur cette  photo datant de 1937, de gauche à droite : Emilia la sœur cadette, Eminez leur mère, Georges Beunon époux de Maria-Luisa, Edmond Hernando le frère cadet, Jean Hernando et Maria-Luisa Beunon, la sœur ainée.
Jean Hernando est célibataire. Il est d’abord manœuvre dans le bâtiment, puis travaille comme polisseur sur métaux.
Il est membre des Jeunesses communistes. Il est fiché par la police comme membre des JC du groupe de la Ferme.
Pendant l’Occupation, il est surveillé par la police. Jean Hernando et son frère Edmond figurent sur le registre  du commissariat de Vitry qui recense sur 126 pages les activités communistes.  Lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000» de Vitry
Le 1er mai 1941, il est arrêté en même temps que son jeune frère Edmond, pour détention de tracts et brochures communistes dans sa chambre, le même jour que plusieurs autres jeunes communistes de Vitry (Maurice Coulin - dit Loulou -, Maurice Lasserre, Julien Massé, Georges et Marcel Perrine, Georges Pierre). Son jeune frère Edmond est relaxé. Julien Massé est déporté avec lui dans le convoi des 45000, «Loulou» Coulin est déporté en 1944. Jean Hernando est transféré au Dépôt de la préfecture, puis étant inculpé d’infraction au décret-Loi du 26 septembre 1939 (2), il est incarcéré à la Santé le 3 mai 1941.

Dans l’assignation reçue par son père (Jean étant mineur) en date du 21 août 1941, il est stipulé que son fils est inculpé pour activité communiste. Le tribunal de 1ère instance (15ème Chambre au 36 quai des Orfèvres) condamne Jean Hernando à treize mois de prison et cent francs d’amende. Il est écroué à la Santé. Il est transféré à la maison d’arrêt de Fresnes où il est incarcéré jusqu’à l’expiration de sa peine, prévue le 25 février 1942. 
Mais à cette date, il est maintenu en détention en attente de son internement administratif (3) qui est ordonné le 26 mars 1942 par le préfet de Paris, François Bard, et après un temps passé au Dépôt de la Préfecture de Paris, il est interné administrativement au camp de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) ouvert le 5 janvier 1942, où il arrive le 16 avril 1942 avec 60 autres prisonniers du Dépôt. Il y reçoit le numéro 405.107.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe (administration) de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves qu’il doit transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du commandement militaire en France. Le nom de Jean Hernando est sur la première liste de 50 noms, en compagnie de deux autres ivriots, Maurice Coulin et Julien Massé (sur les deux listes d’un total de 119 internés, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz). Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite «afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation». La «prise en charge» par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit «Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’il conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux». Il indique également «ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises». Jean Hernando est interné le 10 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Hernando est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45659» : Selon Roger Arnould, la photo d’immatriculation portant ce numéro a été identifiée par cinq personnes lors de la séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés et familles des déportés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20). Et la comparaison avec sa photo tout jeune homme ne laisse aucun doute.
Jean Hernando meurt à Auschwitz le 5 décembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 443). La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 1er juin 1994 novembre 1994 paru au Journal Officiel du 16 juillet 1994). Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait 6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne néanmoins une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celles inscrites dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

Il a été déclaré « Mort pour la France». Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué (carte n° 1101 16948). Il est homologué au grade de soldat au titre de la Résistance intérieure française le 7 décembre 1949 (JO du 18 décembre 1949).
Son nom est honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots. Son nom est également gravé sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis.
À l’initiative de Robert Vigreux, conseiller municipal, puis de Jeanine Horner, habitante du quartier du Fort, le Comité du souvenir du Fort a été créé en 1962. Il a lancé une souscription afin que soit réalisée une plaque à la mémoire de sept résistants du quartier, morts dans la lutte contre l’occupant nazi (Jean Bécot, Georges Beunon, Daniel Germa, Jean Hernando, Jules Lacombe, Roger Mauger et Léon Moneger).

Note 1 : Louis Hernando est volontaire dans les Brigades internationales en Espagne. Il échappe à l’arrestation du 1er mai 1941, car sa sœur a pu le prévenir que la police perquisitionnait chez eux.
Note 2 : Georges Beunon, né le 15 février 1909 à Colombes, habite avec son épouse Maria-Luisa au 2 bis rue Germain Defresnes. Ils ont un enfant. « Militant » selon la fiche du commissariat de police de Vitry (actualisée le 6 juillet 1942), il a été interné au Centre de séjour surveillé du Fort Barraux. Il est relaxé le 26 juin 1942. Il part en province d’après la police. Il s’engage dans les FTPF à Montluçon. Arrêté le 5 mai 1943, il est jugé à Lyon en février 1944. Il est déporté le 15 mai 1944 à Neuengamme, où il meurt le 30 janvier 1945. Maria-Luisa est également fichée par le commissariat de Vitry.
Note 3 : A la suite de la signature du pacte germano-soviétique le 23 août, le président du Conseil Daladier signe le 26 août 1939 un décret interdisant de parution du journal L’Humanité. Le 26 septembre 1939, Daladier signe un décret-loi prononçant la dissolution du Parti communiste. Le 18 novembre 1939, un nouveau décret-Loi Daladier prévoit l’extension des mesures d’internement prises à l’encontre des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique sur décision du préfet. Classée «secret», la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 (décret Daladier) qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste dans le cadre du décret Daladier. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur, le 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939.

Sources

  • Documents et témoignages de Mme Mauduit, sœur de Jean Hernando, confiés à  José Martin et transmis à Roger Arnould en 1973 (assignation à comparaître, certificat d'appartenance à la R.I.F (3 mai 1949), attestation Front National (16 janvier 1950), carte de Déporté politique).
  • Témoignage de Mme Aulnette, sœur de Daniel Germa.
  • Rencontre avec José Martin (1987).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Sa photographie d'immatriculation à Auschwitz a été identifiée par des rescapés lors de la réunion organisée par l'Amicale d'Auschwitz le 10 avril 1948 (bulletin "Après Auschwitz", n°20 de mars-avril 1948).
  • Archives départementales du Val-de-Marne, maison d’arrêt de Fresnes.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • De l’occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure éditée par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50ème anniversaire de la Libération, Paillard éd. 1994. 
·         © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne du Val de Marne.
  • © Registre de police du commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.

Biographie installée et complétée en juillet 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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