L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DESLANDES René, Gaston



45465

René Deslandes est né le 14 octobre 1918 à Paris 14ème. Il est le fils de Suzanne Laucher et de Gaston Deslandes, son époux (1). Il est célibataire et habite chez ses parents au 141 rue de Vanves - actuellement rue Raymond Losserand -
dans le même arrondissement, au moment de son arrestation. En 1928, ses parents avaient pris la gérance d’un lavoir-blanchisserie à Sens, où sa grand-mère était blanchisseuse. « En 1932 un incendie détruisit ce lavoir et en 1934 nous sommes revenus à Paris dans une loge de concierge. Mon père reprit alors son métier d’ajusteur » (témoignage de son frère, André, né le 2 juillet 1926). René Deslandes fait ses études jusqu’au CEP et apprend ensuite le métier de couvreur-plombier qu’il exerce jusqu'en 1936 à Sens (Yonne), où il habite chez sa grand-mère.

Devant le chantier de l'Exposition universelle
Il adhère aux Jeunesses socialistes, car un cousin de son père, Henri Deslandes, est à la SFIO. Après les grèves de 1936, il revient à Paris pour travailler à la « Société auxiliaire d’entretien électrique et de travaux » (rue de Vézelay) sur le chantier du parc des attractions de l’Exposition universelle de 1937. 
Il adhère aux Jeunesses communistes du 14ème arrondissement et devient, avec Pierre Longerey  (mort le 2 août 1943 à Bagneux), responsable des « JC » du quartier Plaisance, nommés « les Joyeux Garçons », à l’instar des héros du célèbre film soviétique de Grigori Aleksandrov (un autre cercle de la JC, à Bondy porte ce même nom).

En haut de G à D : Guy Ducoloné , René Deslandes,
 Claude Lecomte. René Tardif en bas à droite
Il y côtoie de jeunes militants qui seront plus tard des dirigeants du Parti communiste (Guy Ducoloné et Claude Leconte figurent poings levés à ses côtés sur la photo ci-contre prise place des Invalides en 1937). René Deslandes fait une demande pour entrer dans les PTT au service de l’entretien : sa candidature est retenue en 1937. Il est employé comme auxiliaire temporaire "utilisé à service continu" à la « Direction des Ateliers et Dépôt du matériel des PTT » au 103 boulevard Brune. Il "a toujours donné entière satisfaction" écrira le directeur du personnel. 
Sportif (footbaleur) il est adhérent à l'Union Athlétique Jean Jaurès (UAJJ) affilié à la FSGT-USGT du 14ème arrondissement.
René Deslandes est incorporé en septembre 1938, au 15ème régiment d’artillerie de forteresse à Thionville. Il se trouve au moment de l’invasion allemande sur la ligne Maginot, où son régiment ne se rendra qu’après la signature de l’Armistice. Il est prisonnier à Châlons-sur-Marne, au camp de Châlons-Il, groupe 4, quartier de Chanzy. Il est libéré le 10 août 1940 en tant que fonctionnaire des PTT, sous condition de se rendre tous les mois à la Kommandantur pour y apposer sa signature et justifier de sa présence à son travail qu’il avait repris.

Il est, comme son père, sur une liste de surveillance, selon un document des Renseignements généraux (28 juin 1941, in Archives de la Police) qui mentionne : "aurait figuré sur une liste saisie au moment de la dissolution du P.C. comme faisant partie des cadres des jeunesses communistes de cet ex-parti". Une perquisition est ordonnée au domicile familial le 10 juillet 1941.  Les inspecteurs venus procéder à cette visite domiciliaire, sans résultat, notent qu'il « a milité au sein de la section du 14ème du Parti communiste, s'abstenant depuis la dissolution de ce groupement de toute activité politique ».
En réalité, toute sa famille Deslandes est engagée dans l’action clandestine, en particulier le père, Gaston (1). Les JC sont réorganisés sous sa responsabilité puis celle de Guy Ducoloné en février 1941. 

12 octobre 1941. Au premier rang deuxième à gauche
René Deslandes, pour faciliter le regroupement des jeunes communistes, devient alors un des responsables du club sportif omnisports du 14ème, club « officiel » qui remplace l’ancien club omnisports Jean Jaurès – qu’il va affilier au groupement Borotra et à la FSGT collaborationnistes. Cela va permettre aux jeunes communistes, dont beaucoup étaient membres du précédent club et des Auberges de jeunesse de se réunir au grand jour. Plusieurs des jeunes du 14ème qui y sont licenciés, seront déportés avec lui à Auschwitz : Albert Faugeron, Jean Hugues, Pierre Le Jop, Jean Nicolaï, Gabriel Ponty (Gaby). Certains d’entre eux sont membres des « Bataillons de la jeunesse » et seront fusillés dans le cadre du Procès de la Maison de la Chimie : Georges Amable, André Aubouet, Raymond Tardif (2). 


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En septembre 1941 René Deslandes s’occupe du changement d’appellation du club (UAJJ) qui devient « l’Union Sportive du 14ème ». André Deslandes, son frère cadet a retrouvé une photo de l’équipe de football de "l’U.S. 14ème" où figure son frère, le 12 octobre 1941 prise à La Belle Epine, à Thiais.
Fernand Leriche (instituteur communiste, ancien membre du bureau de la section des JC du 14ème arrondissement) écrit : « Mars 1941 : les jeunes de l’Union Athlétique du 14ème et des auberges de jeunesse, font la chasse aux armes, participent à des sabotages, à des destructions de véhicules : Porte d’Auteuil, incendie de 3 camions et d’une automitrailleuse).
René Deslandes prend part à de plusieurs de ces actions. Selon le Lieutenant-Colonel Scolari (FTPF), il participe notamment à l’attaque contre une librairie italienne boulevard Saint-Germain et à l’attaque contre une librairie allemande boulevard Saint-Michel (3). 


Lettre codée à son père écroué à la Santé
On sait par le témoignage de son frère André, qu’il poursuit l’action clandestine de son père lorsque celui-ci est arrêté le 10 février 1942 : il envoie en effet une lettre codée à la prison de la Santé le 27 février 1942 pour le rassurer sur les risques concernant le devenir des liaisons avec le Comité central du Parti. Il lui écrit : « notre cousine devait apporter du pain d’épice, elle n’a pas pu faire ses courses, tellement il faisait mauvais ». Ce qui signifiait que la cousine en question, Germaine Cadras, alias « Madeleine » (qui venait chercher le courrier que Gaston Deslandes recevait à leur domicile pour les relations avec le Comité Central), est repartie très vite pour couper toute liaison possible avec le domicile de la famille. Il envoie une autre lettre, 6 jours avant sa propre arrestation, avec là encore une phrase anachronique où il souhaite « bonne fête » à son père, alors que celle-ci a eu lieu plus d’un mois avant et qu’il lui a déjà écrit : mais André Deslandes n’a pas su traduire le message.
René Deslandes est arrêté le 28 avril 1942 par les autorités allemandes à 5 heures du matin, à son domicile du 141 rue de Vanves. Avec lui, sont arrêtés 9 de ses camarades, qui seront eux aussi déportés (parmi eux Jean Hugues, Jean Garreau, Jean Nicolaï, Gabriel Ponty). Ce 28 avril une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire La politique allemande des otages (août 1941 -octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages et arrêtent 387 militants, déjà arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Il arrive le 28 avril 1942 au soir au camp allemand de Compiègne, Frontstalag 122. Il y reçoit le matricule 4062. Il est affecté au bâtiment A7 puis au C1, chambre 8. Il écrit à ses « mère, grand-mère et frère », dans une lettre passée clandestinement datée du 29 avril, qu'ils sont 500 et ont été très bien accueillis par les anciens du camp, et qu'il se trouve « avec Ponty et Nicolaï ».
Le 4 juin, il explique dans une autre lettre que cela fait plus d'un mois qu'il est interné sans jugement (4). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
René Deslandes est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Dans un mot jeté depuis le wagon, il écrit : « La direction de l'Est est de plus en plus confirmée (...) Ne vous en faites pas, le moral est bon et nous tiendrons le coup ». La mère de René Deslandes reçoit la lettre de son fils, accompagnée d'un billet, glissé dans l'enveloppe : Trouvée par Madame Demonceau, ayant vu passer le train à Thourotte (Oise).
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

La Croix Rouge à Suzanne Deslandes
René Deslandes est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45465» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Le 10 juillet 1990 un certificat du Musée d'Etat d'Auschwitz adressé à Suzanne Deslandes certifie ce numéro matricule et la date de décès. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942.
René Deslandes meurt à Auschwitz le 26 novembre 1942 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès, arrêté du 10 octobre 1991, paru au Journal Officiel du 28 novembre 1991 avec la date de décès du 26 novembre.
Tous les mois depuis son départ jusqu'à réception de la lettre de la Croix-Rouge vers la mi-août 1943, Suzanne Deslandes a envoyé un colis à Auschwitz. Aucun n'est revenu..
René Deslandes est homologué sergent FFI le 21 juin 1949 et décoré à titre posthume de la Médaille militaire en 1960, de la Croix de guerre avec palme et de la Médaille de la Résistance. Son frère doit faire de très nombreuses et insistantes démarches pour que le ministère modifie son acte de décès qui mentionnait encore en 1961 « mort à Compiègne le 6 juillet 1942 » et pour que le titre de « Déporté résistant » lui soit attribué à la place de celui de « Déporté politique » qui lui avait attribué en 1955. En vain. Il est déclaré « Mort pour la France ».


  • Note 1 : Son père Gaston Deslandes, militant communiste, est arrêté le 10 février 1942 pour infraction au décret du 26 septembre 1939. Avec Guy Ducoloné il est un des membres du triangle de direction du Parti clandestin dans le 14 ème. Il est en liaison avec la direction nationale du Parti clandestin et son domicile sert de « boîte aux lettres » au courrier qui est « relevé » par Germaine Cadras. La concierge de l’immeuble est la mère de Gaston Deslandes mais, remariée, elle porte un nom différent. Gaston Deslandes est écroué à la Santé le 10 février 1942. Au cours de l’instruction du Procès de la maison de la Chimie, Gaston Deslandes est confronté aux jeunes résistants communistes inculpés. Aucun d’entre eux n’avoue le connaître malgré la torture (or plusieurs d’entre eux le connaissent bien, puisqu’il est responsable de la section du 14ème du Parti communiste clandestin et que son fils, René Deslandes a milité avec plusieurs d’entre eux,  à la JC du XIVème et au club « l’Union Sportive du 14ème » ). Grâce à leur courage, Gaston Deslandes est uniquement inculpé dans une affaire de dépôt d’imprimerie clandestine et jugé en décembre 1942. Il est déporté à Buchenwald le 27 juin 1943. Il participe à la Résistance du camp grâce à ses contacts avec des détenus allemands antinazis. Gaston Deslandes est mort en 1951.
  • Note 2 : Jean Garreau, appartenait au club des motards du 14ème et à l’Union athlétique Jean-Jaurès. Il apprenait à nager aux jeunes de son club à la piscine de la Butte aux Cailles. Il est arrêté en 1942 au cours d’une action FTP des Jeunesses communistes : jugé au procès de la Maison de la Chimie, il est fusillé le 17 avril 1942, avec André Aubouet et René Tardif (il figure en bas à droite sur la photo n°2). Ils avaient abattu un officier allemand le 20 janvier 1942 au métro Bienvenüe. Georges Amable, coureur à pied et cycliste, vainqueur de nombreuses courses au vélodrome de la Cipale au bois de Vincennes, est déporté comme résistant à Buchenwald. Il sera tué en tentant de s’évader du train.
  • Note 3 : Il s’agit de l’attaque à la bombe du 21 novembre 1941 contre la librairie « Rive Gauche » du boulevard Saint-Michel (à l’angle de la place de la Sorbonne) opérée par le groupe de Pierre Tourette (fusillé le 17 avril 1942). René Deslandes n’a certainement pas participé à ces actions : quoique sa participation soit inscrite dans les certificats émis par Scolari ou Munier pour lui obtenir l’attribution du titre de « Déporté résistant », sa famille n’en a jamais fait mention et surtout son nom ne figure pas parmi les membres des « Bataillons de la jeunesse », auteurs connus de l’attentat selon le témoignage de Charlotte Delbo recueilli à Auschwitz auprès de Raymonde Salez, fiancée de Robert Gueusquin, dit « Bob » qui lance une des deux bombes artisanales (www.resistance-ftpf.net/chimie/pages/louis-coquillet.html).
  • Note 4 : Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste en utilisant le décret Daladier du 18 novembre 1939. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur du 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 

André Deslandes
pélerinage
à Auschwitz 1990
Sources
  • Témoignages et documents fournis par Suzanne Deslandes, sa mère, et André, son frère, qui m’a transmis de très nombreux et précieux documents, remarquablement répertoriés. Il a, en particulier, travaillé sur les archives de la police.
  • Archives de la Préfecture de Police. Deslandes René, rapport des RG du 28 juin 1941 (91.022). Rapport envoyé aux PTT 12 juin 1941.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  •   © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
Biographie installée en juillet 2012, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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