L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROYER Gabriel Maurice


Gabriel Royer - vers 1930
Matricule "46074" à Auschwitz


Gabriel Royer est né le 27 juillet 1901 à Esternay (Marne) au domicile de sa grand-mère. Il est le fils de Léonie Marion (17 ans), sans profession et d’Henri Georges Royer (26 ans), son époux, facteur rural à Reims.
Gabriel Royer habite au 19 rue des Avants à Colombes (ancien département de la Seine/ Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation. 
Gabriel Royer est d’abord employé des postes, puis métallurgiste.
Il épouse le 13 octobre 1923, à Reims, Gilberte, Emilie Perrier. Il est alors domicilié au 52 rue Pierret à Reims. Dans les années 1930, le couple habite au 40 bis rue Jacquart à Reims, ainsi qu'en témoigne le permis de conduire de Gabriel Royer.
Gabriel et Geneviève 
Gabriel Royer et Gilberte Perrier divorcent le 2 juin 1937 (transcription à l'état civil en 1938). 
Gabriel Royer épouse en seconde noces, le 31 octobre 1939 à Esternay, Geneviève, Marguerite Vermeersch, sans profession, âgée de 26 ans, divorcée le 9 mai 1934 (transcription à l'état civil le 14 décembre 1935) d'avec Henri Pessel.
Gabriel et Geneviève
Geneviève et ses deux enfants en 1935
Gabriel Royer est, selon le témoignage de sa fille Colette, le père des deux enfants de Geneviève,  nés avant leur mariage : Gabriel, né le 28 août 1933 et Colette, née le 21 mars 1935. La famille vit à Colombes au 19 rue des Avants.
Gabriel Royer et ses deux enfants
Gabriel Royer est arrêté le 10 février 1941 à Colombes, semble-t-il sur dénonciation (cette mention est portée sur sa fiche individuelle au DAVCC). Il est écroué au Dépôt de la Préfecture le même jour, puis à la prison de la Santé. 
Il est condamné à 18 mois de prison le 4 juin 1941, dans le cadre de l'infraction au décret du 26 septembre 1939 (activité communiste). Cette peine est ramenée à 12 mois après appel. Il est alors emprisonné à Fresnes, en juin 1941 et à la centrale de Poissy en octobre. 
A l'expiration de sa peine (1), ramené au Dépôt de la Préfecture, il est transféré au CSS de Voves le 16 avril 1942 avec 59 autres détenus. 
Ce camp (Frontstalag n° 202 en 1940 et 1941) était devenu le 5 janvier 1942 le Centre de séjour surveillé n° 15. 
Au "CSS" de Voves, Gabriel Royer reçoit le matricule 110. 
CSS de Voves. N° de dossier 402.847

Dans un courrier en date du 6 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres une liste de 81 d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France. Gabriel Royer, comme Arthur Lepetit,  figure sur cette liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ». Cinquante-six d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gabriel Royer est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000". Ce convoi d'otages composé, pour l'essentiel, d'un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d'une cinquantaine d'otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les "judéo-bolcheviks" responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d'août 1941.
Auschwitz I
Gabriel Royer est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46074». En l’absence de références aux registres du camp, et sur la base des listes alphabétiques qu'il m'a été possible de reconstituer partiellement, la photo portant le matricule supposé de Gabriel Royer a été  validé après comparaison avec ses photos d’avant sa déportation. Sa fille, Mme Colette Pessel, qui m'a communiqué ces photos en a convenu. Elle n’a pas souhaité que la photo d’immatriculation du 8 juillet 1942 soit publiée, voulant conserver, pour elle et ses enfants le souvenir de son visage des jours heureux. 
Gabriel Royer meurt à Auschwitz le 26 octobre 1942 d'après le certificat de décès établi au camp d'Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1032) et © Mémorial et Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau.
Gabriel Royer a été déclaré "Mort pour la France" le 21 novembre 1947. Le titre de "Déporté politique" lui a été attribué en 1952. La mention "Mort en déportation" est apposée sur son acte de décès (arrêté du 16 octobre 1998 paru au Journal Officiel n° 22 du 27 janvier 1999). Cet arrêté porte néanmoins une mention erronée : "décédé fin 1942 à Auschwitz". Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l'état civil d'Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d'État d'Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l'article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les "Death books" et celle portée sur l'acte décès de l'état civil français) Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.

  • Note 1 : Classée "secret", la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, fixe les conditions d'application du décret du 18 novembre 1939 (décret Daladier) qui donne aux préfets le pouvoir de décider l'éloignement et, en cas de nécessité, l'assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Pendant l'Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste dans le cadre du décret Daladier. La circulaire de Peyrouton, ministre de l'Intérieur, le 19 novembre 1940 permet d'élargir l'internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d'une commune entraînera l'internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu'ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d'une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l'article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939  et le chapitre VII (les chasseurs) de l'ouvrage de Jean Marc Berlière et Franck Liaigre Le sang des communistes, Fayard.


Sources
  • Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d'État d'Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l'état civil de la ville d'Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fiche individuelle de Gabriel Royer au Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Documents photographiques transmis par Madame Colette Pessel, fille de Geneviève Vermeersch et de Gabriel Royer.
  • Courriels de  juin 2012 de Mme Colette Pessel.
Biographie rédigée en novembre 2005 (mise à jour en juin 2012) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000"», éditions Autrement, Paris 2005 et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des "45000"», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé), à l'occasion de l'exposition organisée par l'association "Mémoire vive" et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d'utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com. Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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