L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PECKER Raphaël Marie


Médecin de bataillon en 14/18
Matricule "46304" à Auschwitz

Raphaël, Pecker est né le 22 novembre 1891 à Paris (14°), à la Maternité Port-Royal Saint Vincent de Paul, 123 rue de Port-Royal. Il est le fils de Wéra Triwous et de Peretz Pecker son époux, domiciliés au 46 rue de la Santé. Tous deux sont âgés de 26 ans et étudiants en médecine. Raphaël Pecker habite au 44 rue des Jacobins à Caen (Calvados) au moment de son arrestation.  Il est docteur en médecine.  
Médecin de bataillon en 1914/1918, il a été cité à l'ordre du corps d'armée et décoré de la Croix de guerre. Il épouse Marie, Lucie Blum le 1er février 1917 à Sézanne (Marne). Le couple a deux enfants.
 Archives SNCF  118lm108 p 1307 

A partir du 16 novembre 1920, il exerce comme médecin de secteur à la SNCF à Caen. «Comme tous les médecins SNCF, il avait "son" cabinet en ville où les agents (et leur famille dites « ayant droit »)  peuvent et doivent consulter, mais, en plus, il avait des permanences dans un local SNCF dit "cabinet médical", pour les visites d'aptitudes annuelles et renouvellement d'autorisations pour les  ...  conducteurs, contrôleurs, chef de trains  (2ème agent de sécurité des circulations en lignes) et toutes les professions tenues à un certificat de capacités (physiques) à exercice de leur profession » / @ Rail et Mémoire.
A la déclaration de guerre, il est rappelé comme médecin-capitaine. Le 22 janvier 1940 il épouse à Varaville (Calvados), Lucienne, Paule Héron.  Il est démobilisé en septembre 1940. 
Pendant l’Occupation, violemment hostile à la politique de Vichy et à la collaboration, Raphaël Pecker est l’un des membres du Réseau de Résistance "Arc-en-Ciel" (créé en 1940, il est semble-t-il une émanation du « SR Air » de Vichy et rattaché au réseau de renseignement Vengeance, qui sera un des 6 sous-réseaux du mouvement «Turma-Vengeance»). Il donne des soins à des aviateurs anglais abattus. Recevant le portrait du maréchal Pétain avec consigne de l'afficher dans la salle d’attente de son cabinet médical, il le renvoie en indiquant : "retour aux cabinets du Préfet". Les polices française et allemande l'arrêtent, dans la nuit du 1er au 2 mai 1942 à son domicile. Raphaël Pecker figure sur la liste des otages juifs de Caen « Israëlites arrêtés sur l’indication des Autorités allemandes dans la nuit du 1er au 2 mai 1942, et remis le 3 mai » (CDJC). Lire Les otages juifs du convoi).
Son arrestation a lieu en représailles au déraillement de deux trains de permissionnaires allemands à Moult-Argences (38 morts et 41 blessés parmi les permissionnaires de la Marine allemande à la suite des sabotages par la Résistance, les 16 et 30 avril 1942, de la voie ferrée Maastricht-Cherbourg où circulaient deux trains militaires allemands. Des dizaines d’arrestations sont effectuées à la demande des occupants. Lire Le double déraillement de Moult-Argences et les otages du Calvados (avril-mai 1942).
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le 4 mai 1942, en vue de sa déportation comme otage. La Gestapo de Caen établit son siège à son domicile, rue des Jacobins. A Compiègne, Lucien Colin écrit dans son journal, tenu du 9 mai au 4 juillet 1942, qu'il lui a parlé à travers les barbelés du Camp juif. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raphaël Pecker est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Raphaël Pecker est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46304» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 
Raphaël Pecker meurt à Auschwitz, le 1er août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 914 et © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau). Il a été exécuté d’un coup de pioche dans le crâne, selon le témoignage d'André Montagne (45912).
Le titre de « Déporté résistant » lui a été attribué, après les démarches menées par le Réseau Arc-en-Ciel, dont Madame Pecker et son frère Jean Héron (responsable de la « zône de feu ») étaient également membres.
Raphaël Pecker est décoré de la Légion d'Honneur et de la Médaille de la Résistance. Une rue de Caen porte son nom.
Jean Pecker, son fils, rallie les FFL après l'arrestation de son père, passe en Espagne, y est emprisonné. Il finira la guerre dans la Division Leclerc. Neuro-chirurgien de renommée mondiale, créateur de "l'école rennaise de chirurgie". Membre de l'Académie de Médecine, il meurt le 5 septembre 1989.

Sources
  • © Archives en ligne de Paris.
  • Fiche FNDIRP établie par sa veuve (N°21321).
  • Lettres de Mme Lucienne Pecker à André Montagne (année 1945).
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, le 19 octobre 1987, rempli par sa veuve.
  • Lettre de Mme Lucienne Pecker à Claudine Cardon-Hamet (7 novembre 1987).
  • Liste des Juifs arrêtés la nuit du 1er mai au 2 mai 1942.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d'État d'Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l'état civil de la ville d'Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Rail et Mémoire, courriel et document SNCF attestant de sa qualité de médecin de section SNCF (M. Barthélémy 19 juin 2012).
  • Réseau arc-en-ciel : @ sgmcaen.free.fr/resistance
  • © Archives de Jean Quellien.
Biographie rédigée en janvier 2001 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des " 45000 ", éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des " 45000 ", éditions Autrement, Paris 2005) à l'occasion de l'exposition organisée par des enseignants et élèves du collège Paul Verlaine d'Evrecy, le lycée Malherbe de Caen et l'association Mémoire Vive. Modifiée et installée en juin 2012. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d'utilisation totale ou partielle de cette biographie.

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