L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MASSE Julien, François, Marie



Julien Massé est né le 10 août 1921 au Kremlin-Bicètre (Seine / Val-de-Marne). Il est le fils de Marie Vaillant, ménagère, décédée en 1968 et de François Massé, terrassier, son époux, décédé en 1948. Le couple a quatre enfants.
Julien Massé habite 17 rue Boieldieu à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), au moment de son arrestation. Il est célibataire. Il travaille comme manœuvre chez Morin, au 128 rue d’Alésia à Paris. Il est membre des Jeunesses communistes. 
Julien Massé est arrêté le 1er mai 1941 à son domicile pour détention et collage de papillonsLors de son arrestation il déclare qu’il "militait aux J.C. avant la dissolution". Il est interrogé par la la Brigade spéciale des Renseignements généraux (lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux).
Registre de la Brigade spéciale des RG. 2 mai
Son nom était mentionné sur le registre de police établi avant guerre par le commissariat de Vitry comme : «militant inscrit aux jeunesses communistes, Groupe des Malassis (un quartier de Vitry). Son nom est accompagné des deux croix rouges soulignées (XX) attribuées « aux militants notoires et dangereux s’étant faits remarquer particulièrement ». Lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des 45000 d’Ivry et de Vitry.
Julien Massé est transféré au Dépôt de la préfecture de police de Paris, puis inculpé d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 (1), il est incarcéré à la Santé le 3 mai 1941. Le 23 janvier 1942, il est condamné par la Section spéciale auprès du tribunal de la Seine à treize mois de prison et cent francs d’amende. Son avocat sera fusillé comme otage en septembre (2). Julien Massé est transféré à la maison d’arrêt de Fresnes où il est incarcéré jusqu’à l’expiration de sa peine, le 25 février 1942. Mais à cette date, il est maintenu en détention en attente de son internement administratif (3), ordonné le 26 mars 1942.
Le 16 avril, il est transféré au centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) Ce camp (Frontstalag n° 202 en 1940 et 1941) était devenu le 5 janvier 1942 le Centre de séjour surveillé français n° 15.  Julien Massé y reçoit le matricule 83. Le 10 mai 1942, il est remis  aux autorités allemandes à leur demande au sein d’un groupe de 81 internés de Voves (4). Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à la déportation de 14 vitriots, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Julien Massé est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des 45000. Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 45857 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Julien Massé meurt à Auschwitz le 3 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 787).
Julien Massé a été déclaré Mort pour la France. La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 10 novembre 1994 paru au Journal Officiel du 11 janvier 1995). Cet arrêté qui corrige le précédent (6 juillet 1942 à Compiègne) mentionne néanmoins une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Son nom est honoré sur la plaque située place des martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation : "6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots".
Son nom est également inscrit sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis.
  • Note 1 : A la suite de la signature du pacte germano-soviétique le 23 août, le président du conseil Daladier signe le 26 août 1939 un décret interdisant de parution du journal L’Humanité. Le 26 septembre 1939, Daladier signe un décret-loi prononçant la dissolution du Parti communiste. Le 18 novembre 1939, un nouveau décret-Loi prévoit l’extension des mesures d’internement prises à l’encontre des individus dangereux pour la défense nationale et la sécurité publique sur décision du préfet. Classée secret, la circulaire n°12 du 14 décembre 1939, signée Albert Sarraut, ministre de l’Intérieur, fixe les conditions d’application du décret du 18 novembre 1939 (décret Daladier) qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. Pendant l’Occupation, le gouvernement du maréchal Pétain poursuit la lutte anticommuniste dans le cadre du décret Daladier. La circulaire de Peyrouton, ministre de l’Intérieur, le 19 novembre 1940 permet d’élargir l’internement administratif : la découverte de tracts extrémistes sur le territoire d’une commune entraînera l’internement administratif des militants communistes notoirement connus, à moins qu’ils ne soient déjà poursuivis judiciairement en vertu d’une procédure dument engagée. (AN FIA-3678). Lire l’article très documenté et illustré sur le blog de Jacky Tronel (Histoire pénitentiaire et justice militaire) : Circulaire d'application du décret-loi du 18 novembre 1939 |et le chapitre VII (les chasseurs) de l’ouvrage de Jean Marc Berlière et Franck Liaigre Le sang des communistes, Fayard.
  • Note 2 : Le 20 septembre 1941, trois avocats communistes, Georges Pitard, Michel Rolnikas, Antoine Hajje sont fusillés au Mont-Valérien. Tous trois avaient en charge la défense de militants communistes, de résistants et ils avaient tenté, jusqu’à l’extrême limite, de remplir leur tâche. Trois lettres nous sont restées. Dans celle de Pitard, adressée à sa femme, on peut lire : Moi, je m’en vais fier de mon passé, fier de ma vie. Je n’ai jamais fait que le bien, jamais pensé qu’à soulager la misère… Vois le bâtonnier, je n’ai pas la possibilité de lui écrire ; dis-lui que je crois avoir honoré l’Ordre des avocats… S’adressant au bâtonnier, Antoine Hajje écrit : Nous allons à la mort satisfaits d’avoir, en toutes circonstances, accompli notre devoir, tout notre devoir (…). Nous mourons prématurément, mais c’est pour la France. Nous en sommes fiers. Je dis adieu à une profession que j’ai aimée ; j’aurais été jusqu’à la fin le défenseur de la dignité humaine et de la vérité. Quant à Michel Rolnikas, il écrivit à sa compagne : Dis à mes amis qu’une balle aura percé mon cœur, mais qu’on ne m’aura pas arraché l’idéal qui m’animait.
Sources
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne en mai 1942. Archives du Centre de documentation juive contemporaine : XLI-42).
  • La Résistance à Vitry, brochure édité peu de temps après la Libération par la municipalité, sans date. 
  • De l’Occupation à la Libération, témoignages et documents, brochure éditée par la Ville de Vitry-sur-Seine, pour le 50ème anniversaire de la Libération, Paillard éd. 1994. 
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Registre de police du commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : (mes remerciements à Céline Heytens).
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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