L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CHAUMETTE, Cyrille, Charles, Jacques


45360
Cyrille Chaumette est né le 14 janvier 1915 à Saint-Omer (Pas-de-Calais). Il est ouvrier du textile, filateur dans une filature de Saint-Omer.
Cyrille Chaumette adhère aux Jeunesses communistes au début des années 1930 et devient secrétaire de la section des JC de Saint-Omer en 1934. Il joue un rôle actif dans les grèves des filatures audomaroises de 1936 et est placé à la tête du syndicat réunifié du textile de Saint-Omer, fonction qu’il conserve jusqu’en 1939. (Le Maitron).
Suspecté d’activités clandestines, Cyrille Chaumette est arrêté par la Feldgendarmerie (Feldkommandantur 531  Aube), le 5 février 1941 avec son épouse (1). Il est interné à la prison de Saint-Omer du 5 février au 2 mars 1941. 
Puis il est transféré au centre Jules Ferry de Troyes (Aube ), une ancienne école de Troyes qui tient lieu de centre d’internement. 


Courrier du Préfet de l'Aube
A la demande des autorités allemandes, le Préfet fait interner Cyrille Chaumette le 4 juillet 1941 dans le quartier allemand de la prison de Troyes. En effet dans un courrier en date du 4 juillet 1941, le Préfet de l’Aube, Georges Hilaire répond avec célérité à un courrier - daté du même jour - du colonel commandant la Feldkommandantur 531 de Troyes : « Conformément aux instructions contenues dans votre lettre du 4 juillet, j’ai l’honneur de vous faire connaître que le nommé Cyrille Chaumette, expulsé du Pas-de-Calais et hébergé au centre Jules Ferry, a été arrêté et conduit à la prison de Troyes où il a été écroué par les soins du chef de poste allemand. Une visite minutieuse de ses bagages restés au centre, n’a pas permis de trouver trace d’aucune documentation ».
Il est ensuite transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), entre le 10 et le 12 juillet 1941. A Compiègne il reçoit le matricule n° 1175. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cyrille Chaumette est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Mais le  numéro «45360» figure dans son dossier aux ACVG.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous les déportés du convoi sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet, raconte Pierre Monjault : "Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz-I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi".
Cyrille Chaumette est affecté à Auschwitz au Kommando des installateurs, avec Clément Coudert (45402) et Henri Marti (45842) avec lesquels il est très lié ("les trois inséparables"). Ce Kommando a pour tâche de s’occuper des installations du camp, notamment en matière de canalisations. Un jour où les trois amis aménagent une de ces canalisations aboutissant à l’une des grandes chambres à gaz de Birkenau, ils ont l’occasion de pénétrer à l’intérieur du périmètre réservé. Le récit de leur incursion dans ces lieux interdits a été fait par Clément Coudert et Henri Marti à l’Humanité, à leur retour de déportation : Trois "45000" assistent à l'ouverture des portes d'une chambre à gaz.

En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis.

Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 7 septembre 1944, trente "45 000" sont transférés d'Auschwitz à Gross-Rosen où ils sont enregistrés. Cyrille Chaumette y reçoit le matricule 40986 et Clément Coudert le 40988. Après leur quarantaine, les "45000" sont répartis dans divers kommandos dont une dizaine sont affectés aux usines Siemens. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".


Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué sur Dora-Mittelbau : quinze "45 000" sont transférés de Gross-Rosen à Dora-Mittelbau où ils sont enregistrés : Cyrille Chaumette y reçoit le matricule n° 116 861.
Roger Abada, René Besse, Clément Coudert, Pierre Monjault sont affectés à Nordhausen. René Besse et Pierre Monjault s'en évadent, le 3 avril, Roger Abada, le 5, à la faveur de bombardements alliés sur le camp. Cyrille Chaumette est  transféré de Dora à Rotteleberode.
Selon le témoignage de Gaston Jeannin (Paris 3ème), déporté à Buchenwald, puis à Dora, Cyrille Chaumette aurait été fusillé dans la nuit du 13 au 14 avril 1945 au cours de leur tentative d’évasion à Roslau au cours de leur évacuation vers Hanovre.
Toutefois, selon Klaus Agarz et Georg Schoenberner, antifascistes allemands qui ont effectué des recherche sur les victimes des évacuations dans cette région (informations transmises à Roger Arnould par l’intermédiaire de Roger Maria en 1984), il y avait encore deux détenus en provenance d’Auschwitz vivants lors de l’évacuation de Rotteleberode : Ludwig Lewin et Cyrille Chaumette : «il a fait le chemin à pieds jusqu’à la petite ville de Niedersachhswerfen (près de Norhausen, à 16 km de Rotteleberode). Après de nombreuses recherches dans le listes manuscrites de la S.S. des assassinés sur la route ou dans les wagons avant Niedersachhswerfen, Klaus Agarz est convaincu que Cyrille Chaumette est mort entre Oebisfele et Mieste, dans le train ou à la gare de Mieste même (il y a 80 corps non identifiés dans la fosse commune de Mieste).
La mention Mort en déportation est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 octobre 1987 paru au Journal Officiel du 14 novembre 1987). Cet arrêté porte toutefois un lieu fictif : "décédé le 13 avril 1945 à Auschwitz".
Il a été homologué comme «Déporté politique».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Saint-Omer.
  • Note 1 : Les département  du Nord et du Pas-de-Calais sont rattachés au commandement militaire allemand de Bruxelles (Militärbefehlshaber). Pour Le Maitron, Cyrille Chaumette est arrêté en janvier 1941. Pour Jean Marie Fossier (FNDIRP 59), c’est en février. Enceinte, son épouse Jeanne, malgré les deux demandes que son mari et elle effectuent en juillet et septembre 1941, est internée pendant plusieurs mois à Troyes, avant d’être autorisée à habiter en ville et de pouvoir accoucher à Troyes le 22 décembre 1941. Leur fille Ginette décédera le 8 janvier 1946.
 Sources
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Bureau des archives des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel consulté).
  • Archives de l’Aube : Archives du bureau de liaison entre les autorités allemandes et les services de la préfecture (1940-1944).
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • © Photo de la porte d’entrée du camp d'Auschwitz : Musée d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • © Archives en ligne de l’Aube, Archives du bureau de liaison entre les autorités allemandes et les services de la Préfecture (1940-1944).
  • © Archives en ligne de Saint-Omer.
Biographie installée et complétée en mai 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942, Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: