L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SALLENAVE Marcel, Jean



46092

Marcel Sallenave est né le 7 mars 1905 à Paris (18ème). Il est le fils d’un forgeron. Il  exerce le métier de serrurier avant d’ouvrir un débit de boissons en 1933 (Le Maitron).
Marcel Sallenave se marie le 20 octobre 1928 à Paris VIIIème avec Marie Catherine Péron, femme de chambre. Au moment de son arrestation, le couple habite rue Marat à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne), où se trouve son café (face aux HBM du 40 rue Marat). Marcel Sallenave est membre du Parti communiste à la cellule du quartier Parmentier dont les réunions se tiennent dans la salle de son café.
Il poursuit ses activités militantes dans la clandestinité après l’interdiction des organisations communistes (décret du 26 septembre 1939).  
Pierre Rostaing
Au début de l’Occupation, Marcel Sallenave participe avec Marcel Boyer à la réorganisation du Parti communiste à Ivry : affiches confectionnées à la main au cours de la nuit par Pierre Rostaing (1), tracts tirés dans la cave de Cosqueric. "A l’instigation de Jean Compagnon, des paquets de tracts liés par de la mèche d'amadou, sont accrochés aux arbres. La mèche consumée, ils se répandront sur le marché d'Ivry" (René Houzé).
Maurice Binot, militant communiste ivryen qui fut déporté à Buchenwald, a témoigné de cette période : «Je fus démobilisé à Thiviers (Dordogne) et rentrais à Ivry en juillet 1940, où je fus contacté par le camarade Marcel Boyer, qui, avec d’autres camarades restés ici, avait déjà organisé la lutte contre l’occupant : ce rendez-vous eut lieu chez Sallenave (face 40 rue Marat). Il me mit au courant de ce qui se faisait alors à Ivry. Malheureusement il fut arrêté presque tout de suite après et fut déporté avec Sallenave et d’autres camarades qu’on ne revit plus».
Lise London, qui loge de temps en temps chez son père dans les HBM Parmentier, raconte qu'au soir de l'invasion de l'URSS, elle se retrouve avec son frère Frédo et Gérard (Arthur London), "avec d'autres locataires ayant eu le même réflexe que nous, au café Sallenave pour trinquer à cette nouvelle : l'URSS se bat à nos côtés, la partie est maintenant gagnée" (Lise London, La mégère de la rue Daguerre p. 125).
Selon le Maitron, «Marcel Sallenave fut arrêté le 9 avril 1942 par la police française pour avoir été le promoteur en juin 1941 d’une manifestation organisée sur le marché d’Ivry-Port. Incarcéré au dépôt de la préfecture de Police sous l’inculpation d’infraction au décret du 26 septembre 1939 qui interdisait le Parti communiste». En juin 1941, selon l’attestation de l’ANACR, il militait avec Georges Jehenne (© Ivry94.fr), arrêté le 23 juin 1942 et fusillé le 11 août 1942 au Mont-Valérien.
Après son arrestation, Marcel Sallenave est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le 5 mai 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages.
Marcel Sallenave est déporté depuis Compiègne dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé pour l’essentiel de plus d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et militants syndicalistes la CGT pour la plupart) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles, ordonnées par Hitler, pour combattre en France les actions de résistance armée organisées par les communistes à partir de juillet 1941 et dont il rendait responsables les «milieux judéo-bolcheviks».
Marcel Sallenave est enregistré à Auschwitz sous le numéro 46092 selon la liste par matricules du convoi, établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Il est affecté au camp central où il se retrouve dans le même kommando de travail qu’Henri Gorgue. Son nom figure sur un relevé du 5 août 1942 des détenus présents au Revier (infirmerie) d’Auschwitz. Selon Henri Gorgue, Marcel Sallenave atteint en décembre du typhus, entre de nouveau au Revier. Au bout de deux semaines, après avoir échappé à deux des trois sélections pour la chambre à gaz qui ont lieu pendant son séjour, il est pris dans la dernière.
Marcel Sallenave meurt le 17 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1060). Pour Henri Gorgue, il a été pris dans une des sélections au Revier et il assiste à son départ pour la chambre à gaz. Dans les années d’après-guerre, l’état civil français n’ayant pas connaissance de ces registres fixe la date de son décès au 31 décembre 1942 sur la base des témoignages de ses compagnons de déportation.
Le 27 juillet 1945, le Conseil municipal d’Ivry donne à la rue de la Marne le nom de Marcel Sallenave.
Il a été déclaré « Mort pour la France». Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué en 1955.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 juillet 1993 paru au Journal Officiel du 18 août 1993). Cet arrêté porte toujours la mention fictive «décédé le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne)» : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (in Death Books from Auschwitz).
  • Note 1 : Pierre Rostaing est le jeune frère de Georgette Rostaing déportée à Auschwitz dans le convoi du 24 janvier 1943 dit des «31.000». Il est lui aussi déporté et fusillé en Allemagne en avril 1945 (archives municipales).  © Photo in  «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France».
Sources
  • © Photo de Marcel Sallenave : Musée de la Résistance Nationale, Champigny. Mes remerciements à Céline Heytens.
  • «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France», Ivry, 1977 : p.110 témoignage de Maurice Binot, résistant déporté à Buchenwald et photo p. 94.
  • René Houzé, représentant à Londres du Comité Militaire National des FTPF (in «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France» page 108, supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319).
  • Lise London : L'écheveau du temps. La mégère de la rue Daguerre, souvenirs de Résistance. Ed. Seuil-Mémoire.
  • Mme Rault, archiviste municipale : 7 décembre 1992 (service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane). 
  • Archives de Caen du ministère de la Défense (archives du ministère des Anciens combattants et victimes de guerre (Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (BAVCC. Ausch 3/T3).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Archives en ligne du Val de Marne
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine.
  • Service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane. 
Biographie installée et complétée en mars 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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