L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PEYRONIN Francis, Georges


Francis Peyronin est né le 18 novembre 1907 à Paris (14ème). Il est le fils d’une raffineuse et d'un chaudronnier. Il est habite au 11 rue de Bocage à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il est venu habiter à Ivry vers 1920. Francis Peyronin épouse Marcelle Diot. Le couple aura trois enfants (Georges né en 1930, Raymonde, née en 1932, Francis, né en 1934).
«A l’origine cocher de profession, il est employé à la ville d'Ivry comme monteur de marché puis comme charretier. Membre du comité des chômeurs en 1935, il est secrétaire de la section d'Ivry du Parti communiste à la veille de la Seconde Guerre mondiale» (Le Maitron).
Depuis l’interdiction du Parti communiste, il est membre de la direction clandestine d’Ivry du Parti communiste avec Jean Compagnon (fusillé au Mont Valérien le 11 août 1942), Maurice Binot, Gaston Garnier et Emile Zellner.
Fiche du commissariat de police d'Ivry
Francis Peyronin est arrêté le 12 février 1940 par la police française pour «propagande communiste et suspicion de distribution de tracts», comme le révèle sa fiche établie en octobre 1940 par le commissariat d’Ivry. Son nom y est accompagné de deux croix rouges soulignées d’un trait rouge signifiant : «militants notoires et dangereux s’étant faits remarquer particulièrement». Fiche de police : lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000».
Prétextant de cette arrestation, la délégation spéciale d’Ivry (nommée par le Préfet de la Seine pour remplacer le conseil municipal, les conseillers municipaux communistes ayant été déchus de leurs mandats), le révoque immédiatement de son emploi de charretier.
Deux jours plus tard, le 14 février 1940, il est condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à deux ans de prison. Ecroué à la Maison d’arrêt de Fresnes, il en est élargi lorsque les Allemands occupent Fresnes fin juin 1940 (1).
Il est toujours surveillé par le commissariat d’Ivry qui note sur sa fiche : «En date du 1er mai, signalé pour son activité de propagande communiste et tentative d’organiser un arrêt de travail sur le chantier du Fort d’Ivry pour la non récupération du nombre d’heures de travail. Semaine du 1er mai 1941 ».
Francis Peyronin est de nouveau arrêté le 26 juin 1941 «camp de conc.» indique la fiche de police). Fiché et surveillé par la police, son arrestation a lieu dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique. Sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 
Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Francis Peyronin : « Meneur particulièrement actif ».
D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy, ils sont envoyés, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht et qui ce jour là devient un camp de détention des «ennemis actifs du Reich». Royallieu est alors le seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. (Frontstalag 122). 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Francis Peyronin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
L'entreé du camp d'Auschwitz
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu.
Le numéro «45977 ?», figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Et il n’a pas pu être validé par comparaison avec un portait d’avant guerre car la photo du déporté portant ce numéro d’immatriculation n’a pas été retrouvée. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Francis Peyronin meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 923). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie). Son certificat de décès porte comme cause de la mort : Néphritis. Grâce au témoignage d’une des déportées employée à l’état civil d’Auschwitz on sait que ces mentions sont fictives : les détenus avaient ordre d’indiquer une cause naturelle choisie au hasard sur une liste de maladies. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas connaissance de ces registres, fixe la date de son décès au 31 décembre 1942 sur la base des témoignages de deux de ses compagnons de déportation. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997). Cet arrêté porte toujours la date fictive du 31 décembre 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Le 28 avril 1968, une plaque est posée sur la maison qu'il habitait dans le quartier du Petit-Ivry (la rue du Bocage où il habitait avait déjà été nommée en 1945 «rue René Robin», un autre «45000»). Le nom de Francis Peyronin est également honoré sur la plaque apposée en mairie «A la mémoire des employés de la ville d’Ivry-sur-Seine morts pour la France 1939-1945 ».
  • Note 1 : Entre le 17 juin et le 9 juillet 1940, 320 hommes et 93 femmes (principalement des communistes) sont libérés de Fresnes (Patrice Périllat, professeur agrégé d’histoire, in Colloque « La prison sous Vichy », à Agen, les 14 et 15 février 2002).
Sources
  • © «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France» page 110, supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319 : pages 35 et 97.
  • Archives municipales d’Ivry (1988 et 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 38 éd. papier. Notice Michèle Rault.
  • © Porte principale du camp d’Auschwitz - Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb». Plaque en mairie, relevé Claude Richard.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine. Service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane. 
  • © Fiches de police des commissariats d’Ivry et Vitry in Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie installée et complétée en 2012 et 2016 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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