L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARTEAUX Jacques, Lucien, André


Colis pour Auschwitz (Block 11).

Matricule "45840" à Auschwitz

Rescapé

Jacques Marteaux est né le 1er juillet 1923, au 21 rue du Moulin à Saint-Quentin (Aisne). Il est le fils de Henriette Gombaud, 27 ans, sans profession et de Narcisse Marteaux, 26 ans, commis d'architecte, son époux. 
Jacques Marteaux habite au 4 rue d'Issy à Boulogne-Billancourt (Seine / Hauts-de-Seine) au moment de son arrestation.
Apprenti-ajusteur à l'Usine SNCAC de Billancourt, il est membre des Jeunesses communistes et militant cégétiste actif. 
Certificat d'appartenance à la résistance
Le 6 octobre 1940 il épouse à Boulogne-Billancourt, Renée, Marguerite, Olga, Colas. Le couple a un enfant. 
Jacques Marteaux est arrêté une première fois le 13 mars 1941 à son domicile par des policiers allemands et français, pour "propagande anti-allemande et sabotage dans l'usine". Condamné à 3 mois de prison par la 15° Chambre de Paris, il est incarcéré à la Santé et à Fresnes. Il est mis en liberté surveillée le 19 juin 1941. 
Il adhère alors au Front National (reproduction du certificat d'appartenance à la RIF, 29 janvier 1951, signé de Marcel Mugnier).
Le 28 avril 1942, les mêmes forces de police le reprennent, pour "récidive pendant la période de liberté surveillée". Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp de Royallieu à Compiègne, le même jour, en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». 
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942
Jacques Marteaux est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942, sous le numéro 45840. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Pierre Monjault.
Bordereaux d'envois de colis à Auschwitz
Il est affecté au Block 22 / 5. En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, il reçoit le 4 juillet 1943, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (ci contre les récépissés des envois de colis de sa famille). Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Montage des V2 au Camp de Dora (images propagande SS)
Le 21 janvier 1945, il est transféré d’Auschwitz à Gross-Rosen avec 10 autres «45000» (1) Le 9 février 1945, le camp de Gross-Rosen est évacué. Jacques Marteaux est transféré à Dora-Mittelbau (camp dépendant du KE Buchenwald), le 8 février 1945, avec quatorze autres "45 000" (2). 
De Dora-Mittelbau, il est affecté à Dora-Osterode, avec Maurice Courteaux et Pierre Felten. Le 11 avril 1945, Dora est évacué : Jacques Marteaux voit mourir le 8 avril 1945 Pierre Felten, très affaibli après une marche de vingt-six kilomètres, au cours de l'évacuation d'Osterode. Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants". Jacques Marteaux est libéré à Bruschweg (au nord de Dresde) par les troupes américaines de la 4ème division, le 11 avril. Il est retenu en quarantaine au camp de Coblence-Rebstoc (dépendant du KE Buchenwald) jusqu'au 29 avril. Il est rapatrié le 2 mai 1945.
Le titre de «Déporté politique» lui a été attribué. Il est homologué au grade de sergent au titre de la résistance Intérieure Française (Front national) le 15 juin 1948.
A son retour sa santé est très affectée, il souffre de tuberculose et d’asthénie. Il habite d'abord au 12 bis rue de Clamart, à Boulogne, puis il va habiter au 44 rue Michelet à Bondy. Il divorcera d'avec Renée Colas le 11 mai 1971. Jacques Marteaux se remarie à Bondy le 7 décembre 1985 avec Marie Jeanne Goarnisson. 
Jacques Marteaux meurt le 21 octobre 1991 à Mespaul (Finistère).
  • Note 1 : René Besse, Raymond Boudou, Henri Charlier, Maurice Courteaux, Pierre Felten, Georges Gallot, Adrien Humbert, Francis Joly, Pierre Monjault, Albert Rosse).  
  • Note 2 : Roger Abada, Gaston Aubert, René Besse, Raymond Boudou, Louis Cerceau, Cyrille Chaumette, Marcel Cimier, Clément Coudert, Maurice Courteaux , Robert Daune, Lucien Ducastel, Pierre Felten, Georges Gallot, Georges Gaudray , Pierre Monjault.
Sources
  • Questionnaire rempli par son fils, qui y a joint de nombreux documents : Certificat d'appartenance à la RIF(15 janvier 1948), attestation d’appartenance au Front National ( 29 janvier 1951), Certificat de déportation (ACVG : 6 décembre 1945), une lettre d'Auschwitz : 14 mai 1944, récépissés de colis d'Auschwitz : août, novembre 1943, janvier 1944.
  • Etat-civil, mairie de St Quentin : 11 mars 1994.
  • Fichier national de la Division des archives des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dix déportés travaillant au montage des fusées V2 à Dora (photo en couleur prise par Walter Frentz, photographe officiel nazi, pour Albert Speer, ministre de l'armement, mars-juillet 1944).
Biographie rédigée en novembre 2005 (mise à jour en 2012 et 2017) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Autrement, Paris 2005) et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de T à l’occasion de l’exposition organisée par l’association «Mémoire vive» et la municipalité de Gennevilliers. Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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