L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LE BRIS François, Marie


François Le Bris est né le 4 février 1903 à Sizun (Finistère). Il est le fils de Jeanne Autret et de Jean, François Le Bris son époux.

Au moment de son arrestation, il habite 3 rue Blanqui à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne).
Appelé au centre de recrutement de Brest, il effectue un service armé de 18 mois à partir de 1923.
Il épouse Antoinette Chandezon en 1925, à Paris 6ème. Elle travaille à l’Hospice d’Ivry. Le couple a un garçon, Jean, né en 1929.
François Le Bris est employé à l’Assistance publique en qualité de préposé. Il est affecté au service du personnel de l’hôpital de l’Hôtel Dieu (île de la Cité). Il est syndicaliste.

Dossier à la BS1
Pendant l’Occupation, François Le Bris est arrêté avec son épouse le 14 janvier 1941 :  « à la suite de surveillances et enquêtes effectuées plus particulièrement parmi le personnel hospitalier de la région parisienne, et notemment  à l’Hospice d’Ivry et à l’Hôtel Dieu - les inspecteurs XX de la BS - ont acquis la certitude que les époux Le Bris participaient d’une manière active à la propagande communiste dans ces deux établissements ». Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Lors des interrogatoires de la Brigade spéciale, François Le Bris déclare n’avoir jamais été membre du Parti communiste, mais seulement sympathisant. Au cours de la perquisition, les policiers trouvent quatre tracts différents du Parti communiste, que son épouse dit avoir trouvé sur la voie publique.

Antoinette et François Le Bris sont inculpés par le commissaire de police commandant la BS, d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste), mais laissés libres : «Attendu qu’il est établi par les tracts trouvés  au domicile des époux Le Bris et par les déclarations même de Le Bris qui avoue ses sympathies à l’égard des doctrines communistes que les époux Le Bris  exerçaient une activié certaine en vue de la diffusion des mots d’ordre de la IIIème Internationale, les inculpons d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939. Mais  attendu que cette activité ne s’est manifestée par aucun acte récent, les laissons libres, à charge par eux de déférer à toute convocation de Justice». 
François Le Bris est à nouveau arrêté le 28 avril 1942 lors d’une rafle organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine, à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). Les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages et procèdent à cette rafle en région parisienne (387 arrestations) qui touche pour l’essentiel des militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Plusieurs hospitaliers font partie des personnes arrêtées.
François Le Bris est amené le jour-même au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule n° 4037. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

François Le Bris est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "455745 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz».
François Le Bris meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 133). Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas connaissance de sa déportation, fixe son décès au 5 juillet 1942 à Compiègne. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 27 décembre 1993 paru au Journal Officiel du 18 février 1994). Cet arrêté «corrige» sa date officielle de décès en «décédé à Auschwitz le 11 juillet 1942 et non le 5 juillet 1942 à Compiègne». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz

A la Libération son nom est donné à l’ancienne maternité de l’Hôtel-Dieu. Une plaque, apposée en 1999, honore le «personnel de l'Assistance Publique - Hôpitaux de Paris tombé dans les différentes guerres et victime durant l'Occupation de restrictions, dénonciations, internements, déportations, et aux trente-huit résistants fusillés, symbole de cet engagement».

Sources
  • Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France, supplément au numéro 1319 du Travailleur d’Ivry brochure,  120 pages, Ivry, 1977 : p. 95.
  • © Fiches de police des commissariats d’Ivry et Vitry. Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heyten.
  • Portrait : Fonds Maurice Thorez et Musée de la Résistance Nationale à Champigny.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine et service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane (1988 et 1992).

Biographie installée et complétée en avril 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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