L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GUIDOU Louis, Paul


Louis Guidou à Auschwitz
Matricule 45637 à Auschwitz

Louis Guidou est né le 10 janvier 1890 à Brest (Finistère).  Il est le fils de Marie, Yvonne Foll, âgée de 25 ans et de Louis, Yves Guidou, 29 ans, menuisier au port, son époux, mariés en 1985. Louis Guidou habite au 52 rue des Lilas à Ivry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite Brest et qu’il est plâtrier puis ouvrier voutier au moment du conseil de révision. Il mesure 1m 64, a les cheveux et les sourcils châtain foncés, les yeux bleus. Le front et le nez moyens, le menton rond et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n°3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).
Conscrit de la classe 1910, il devance l’appel et s’engage volontairement le 28 août 1908 à la mairie de Brest. Il est incorporé au 2ème régiment d’infanterie coloniale le même jour. Il passe au bataillon de la Nouvelle Calédonie le 8 février 1911. Il repasse au 2ème RIC le 28 juillet 1913. A la fin de son engagement, il passe dans la réserve de l’armée active le 28 octobre 1913, « certificat de bonne conduite accordé ». Il se « retire » au 6 rue Saint-Sauveur à Brest.
Il épouse Marie Herrou (1) à Brest le 1er décembre 1913. Le couple a un garçon, Yves, qui naît le 15 novembre 1914 à Brest. Louis Guidou ne le verra pas avant 1919.
En effet, il a été rappelé aux « armées » par le décret de mobilisation générale du 1er août 1914. 
Camp de prisonniers de Minden (montage Pierre Cardon, doc. CICR)
Il arrive au 2ème RIC le lendemain. Détaché au 32ème RIC à Pontazenen près de Brest il part « aux armées » le 7 août 1914. Il est fait prisonnier à Maubeuge le 7 septembre 1914 lors de la capitulation de la place signée ce même jour. Toute la garnison est envoyée dans de très durs camps de prisonniers allemands. Louis Guidou est envoyé au camp de Minden. Il est rapatrié à Nantes le 1er janvier 1919 après les accords d’armistice. Il repasse au 2ème RIC le 7 mars 1919 en vue de sa démobilisation qui a lieu le 4 avril 1919. Il se retire au 6 rue Saint-Sauveur à Brest.
Il reçoit la médaille de la Victoire et la médaille commémorative.
Le 4 janvier 1924 il a quitté le Finistère et habite à Valenciennes, au 11 rue des Moulineaux. Louis Guidou travaille comme plâtrier. Il vient travailler en région parisienne, où il est employé comme aide maçon à la Régie municipale d'Ivry.
Il épouse en secondes noces Alice Kilian le 21 septembre 1931 à Uberstrass (Haut-Rhin). 
Le 7 septembre 1939, il est considéré comme libéré de ses obligations militaires (père de famille de trois enfants, il a été replacé dans la classe 1903, non mobilisable).
Sa fiche au commissariat d'ivry
Militant communiste, Louis Guidou est arrêté le 3 août 1940 par la police française pour «propagande, confection et distribution de tracts sur la voie publique» (deux croix rouges soulignées d’un trait rouge (signifiant «militants notoires et dangereux s’étant faits remarquer particulièrement»), en même temps qu’Albert Magot «agitateur notoire, fomenteur de grèves» et Jules Vanzuppe («ex conseiller municipal communiste») (Le Maitron). Marcel Boyer pris dans la même affaire est arrêté le 6 août 1940 (Registres et fiche de police d’Ivry) : lire l’article Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000».
Le 8 février 1941 Louis Guidou est jugé par la 15ème chambre correctionnelle de Paris avec une cinquantaine de militants communistes (dont 17 seront déportés à Auschwitz). Il est condamné à 4 mois de prison. Louis Guidou fait appel de la condamnation, comme ses camarades, le 28. Le 8 avril il est transféré de Clairvaux à la prison de la Santé pour son jugement en appel. Le 9 avril sa  peine est confirmée (comme celles de Marcel Boyer, Jules Vanzuppe, Robert Lambotte, René Perrottet). Leurs avocats, Antoine Hajje, Georges Pittard et Michel Rolnikas, seront arrêtés en juin 1941, internés à Compiègne et fusillés le 20 septembre 1941.
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Louis Guidou, outre ses dates et lieu de naissance : « condamné à 4 mois de prison par la 15ème chambre, le 8 février 1941». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines
Le menu du repas fraternel à Compiègne
Après son jugement, Louis Guidou est écroué à la Santé, puis transféré en septembre 1941 au camp de Gaillon dans l’Eure. Il est transféré de Gaillon au Camp de Voves (Eure-et-Loir), le 4 mai 1942. Il est remis aux autorités allemandes à leur demande, le 20 mai 1942 (2). Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). On reconnaît sa signature sur le «menu de Gabriel Torralba» (3). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Louis Guidou est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est immatricule le 8 juillet 1942
Il est enregistré à Auschwitz sous le numéro « 45637» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (4) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Louis Guidou meurt à Auschwitz le 22 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 409). La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 7 octobre 1994 paru au Journal Officiel du 9 décembre 1994).
  • Note 1 : ou Hénoch ou Hénod, le registre d’état civil est difficilement lisible.
  • Note 2, Voves : Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres «Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande». Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz (Stéphane Fourmas).
  • Note 3 : Le «menu» de Gabriel Torralba et les signatures de «45000» : Louis Guidou participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : en exemple, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, et qui porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier celle de plusieurs "45000", Gabriel Torralba, Eugène Clément (45374, de Paris), Armand Nicolazzo (45924, d’Argenteuil), Louis Guidou (45637, d’Ivry), Félix Néel (46252, de Romainville), André Doucet (45480, de Nanterre), Auguste Monjauvis (45887, de Paris), Jean Berthoud (45230 de Paris XXème), Louis Gouffé (45620 de Romainville), René Beaulieu (45213, de Rosny), et celles de ses camarades bordelais, Eustache (45522 de Pessac) et Beudou (45243 de Talence), et d’André Tollet qui s’évadera par le tunnel, quelques jours après.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • © Archives en ligne du Finistère, Brest.
  • Archives de Caen du ministère de la Défense (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains. Ministère de la Défense et des Anciens combattants et victimes de guerre (photocopie de la déclaration de son décès à l’état civil d’Auschwitz, octobre 1993).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
  • Le «menu» de Gabriel Torralba, rescapé. (Fonds Roger-Arnoult / Claudine Cardon-Hamet).
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Death Books from Auschwitz (Registres des décès d’Auschwitz), ouvrage publié par le Musée d’Etat (polonais) d’Auschwitz-Birkenau en 1995.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Archives municipales d’Ivry (1988 et 1992).
  • Archives départementale de Paris, archives judiciaires, registre du greffe du tribunal correctionnel de la Seine, (14 janvier - 12 février 1941).
  • © Fiches de police des commissariats d’Ivry et Vitry. Musée de la Résistance Nationale  (Xavier Aumage, Céline Heytens, Charles Riondet). Fichier Excel Ivry.
  • Registres matricules militaires du Finistère
  • © Fiches du CICR, camp de Minden 1915.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux. 11 avril 1941, liste de « 58 individus internés pour propagande communiste clandestine ».
Biographie installée et complétée en 2012 et 2016 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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