L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GRATIOT Guy, René


Guy Gratiot est né le 21 octobre 1921 à Paris (13ème). Il est le fils de Gabrielle Thaverrat et de René Paul Gratiot son époux. Célibataire, Guy Gratiot habite au moment de son arrestation dans le logement 323, dans les HBM du 173 route Stratégique (renommée après la guerre rue Marcel Hartmann) à Ivry-sur-Seine (Seine - Val-de-Marne). Une deuxième adresse est indiquée sur sa fiche de police : «41 rue Molière, depuis le 15 février [ou juillet] 42», le chiffre du mois étant peu lisible.
Guy Gratiot travaille comme emballeur ou cloueur sur carton, aux usines automobiles Renault à Billancourt. 
Il est membre des Jeunesses communistes. 
Selon les registres du commissariat d’Ivry (fiche établie le 6 septembre 1941), il a été arrêté une première fois le 26 septembre 1939.

Fiche de police de Guy Gratiot
Son nom est mentionné avec les deux croix rouges attribuées aux «militants notoires et propagandistes». Registres et fiche de police : lire l’article du blog Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000».
Pendant l’Occupation, il est un de ceux qui reconstituent clandestinement la cellule du Fort du Parti communiste, dont Jean Le Galleu est le responsable. 
Guy Gratiot, est arrêté le 3 septembre 1941 avec 7 autres de ses camarades - dont Pierre Raunier  et Roger Bézard - du 173 route stratégique - «pour reconstitution de cellule, cellule clandestine (Fort d’Ivry)» en infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes et au décret du 18 novembre 1939 (1). 
Ils sont relâchés le 16 novembre 1941 à la suite d’un non-lieu : de nombreux habitants des immeubles HBM du «173» ont pétitionné pour obtenir leur libération.
Guy Gratiot est arrêté de nouveau le 28 avril 1942 par «les autorités allemandes», aidée de la police française, lors d’une rafle qui touche l’ensemble du département de la Seine (Robert Blais, tourneur chez Renault, est arrêté sur son lieu de travail le même jour).
Guy Gratiot est amené le jour même au camp de détention allemande de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). A Compiègne, il reçoit le matricule 4038 Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Guy Gratiot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.


Il est possible qu’il ait été enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45629». En l’absence de références aux registres du camp, j’avais reconstitué ce numéro, compte tenu de l’ordre des listes alphabétiques. Il semble pouvoir être validé en comparant la photo d’immatriculation (retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz), qui peut correspondre avec sa photo d’avant-guerre, mais dont la qualité ne permet pas de certitude.
Guy Gratiot meurt à Auschwitz 18 septembre 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 384). Après la guerre, l’état civil français n’ayant pas connaissance de ces registres fixe la date de son décès au 15 juin 1943 sur la base des témoignages (plus ou moins précis) de deux de ses compagnons de déportation.
Guy Gratiot est déclaré mort pour la France le 27 juin 1946. Il est homologué comme «Déporté politique» le 25 juillet 1951 (la carte est au bénéfice de sa mère, Gabrielle Gratiot, 59 rue de Paris à Ivry. Sa demande d’homologation comme Déporté résistant n’est pas acceptée. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 février 1994 paru au Journal Officiel du 23 mars 1994). Cet arrêté porte toujours la date fictive du 15 juin 1943 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Son nom est inscrit sur le livre d’or de la mairie «Déportés, internés, fusillés et morts aux combats» (Jean Pierre Besse).
Sources
  • Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France, supplément au numéro 1319 du Travailleur d’Ivry, brochure, 120 pages, Ivry, 1977,  p. 94 (photo).
  • Archives municipales d’Ivry (1988 et 1992).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Mauthausen le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo des barbelés d'Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Photo d’identité et photo de la fiche de police du commissariat d’Ivry / Musée de la Résistance Nationale à Champigny : tous mes remerciements à Céline Heyten.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
Biographie installée et complétée en mars 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: