L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


Des communistes arrêtés en même temps que des "45000" et déportés comme Juifs



Plusieurs militants communistes juifs sont arrêtés pour leurs activités politiques et anti-allemandes en même temps que d’autres militants qui seront déportés dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». 
Mais ils sont à un moment de leurs internement reconnus comme juifs et soit dirigés sur les camps de Pithiviers, Beaune-la-Rolande ou Drancy, soit directement au camp des Juifs de Compiègne. Ils sont déportés comme otages Juifs dans le convoi du 5 juin 1942 (Jenda Czarnès, Robert Migdal) ou dans d’autres convois de la « Solution finale ». Certains, internés à Compiègne sont transférés dans le camp des Juifs. Montel et Kohn font état de 16 Juifs qui passent ainsi "du camp communiste au camp Juif" le 10 juin 1942, .

CZARNES Jenda, Zélik
38346
Jenda Czarnes est né le 16 février 1905 à Varsovie (Pologne). Il est marié, père de deux enfants. Il habite dans le quartier Mirabeau à Ivry-sur-Seine (Seine-Val-de-Marne) au moment de son arrestation. Il est un membre très connu et estimé du Parti communiste à Ivry.
Il s'engage dans l'armée française en septembre 1939 à l'Ecole militaire de Paris et il est incorporé le 5 octobre 1939. Il est affecté à la 39ème Compagnie de transmissions, au camp de La Valbonne (Ain) le 8 avril 1940.
Démobilisé, il reprend dans la clandestinité ses activités de militant communiste avec ses camarades du quartier Mirabeau : affiches confectionnées à la main pendant la nuit par Pierre Rostaing (1), tracts tirés dans la cave de Cosqueric. "A l’instigation de Jean Compagnon, des paquets de tracts liés par de la mèche d'amadou, sont accrochés aux arbres. La mèche consumée, ils se répandront sur le marché d'Ivry".
Jenda Czarnes est arrêté le 6 août 1940, avec Marcel Sallenave et Marcel Boyer  "L’arrestation de Czarnes, qui ne reviendra pas de déportation, suscite un puissant mouvement de solidarité, sans que ralentisse l'action" écrit René Houzé.  Il est de nouveau arrêté 21 février 1941 à Ivry par la police française. Incarcéré à la Santé le 22 février puis à Fresnes le 28 mai 1941 après son inculpation et sa condamnation pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste. Il est  ensuite interné administrativement au camp français de Pithiviers (Loiret), d’où il est transféré le 8 mai 1942 au camp de détention allemande de Royallieu à Compiègne, où il est affecté au camp des Juifs. Il est déporté depuis Compiègne vers Auschwitz dans le convoi d’otages juifs du 5 juin 1942, à 9 heures 30, dit «convoi n° 2». Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages». Jenda Czarnes est déporté à Auschwitz le 5 juin 1942
A Auschwitz, il est immatriculé le 7 juin 1942 sous le numéro «38346».
Jenda Czarnes meurt à Auschwitz le 2 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 195). Sur les 1000 hommes arrivés à Auschwitz le 7 juin 1942, il n’en restait plus que 217 vivants le 15 août 1942.
Son nom est inscrit dans le livre d’or de la commune d’Ivry «Déportés, internés, fusillés et morts aux combats»
  • Note 1 : Pierre Rostaing est le jeune frère de Georgette Rostaing déportée à Auschwitz dans le convoi du 24 janvier 1943 dit des «31.000». Il est lui aussi déporté et fusillé en Allemagne en avril 1945 (archives municipales).
Sources
  • © «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France» page 110, supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319, témoignage et photos pages 93 et 109.
  • M. André Minc, maire-Adjoint d’Ivry. 
  • Témoignage de René Houzé, représentant à Londres du Comité militaire national des FTPF.
  • Maurice Binot, (in «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France», page 110) Supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319.
  • Mme Michèle Rault, archiviste municipale (7 décembre 1992).
  • © Site internet Mémorial et Musée d’Auschwitz Birkenau.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France (éd. Beate et Serge Klarsfeld).

MIGDAL Robert
38789
Robert Migdal est né le 30 mai 1922 au sein d’une fratrie qui compte onze enfants. La famille habite au 72 de la rue Claude-Decaen dans le 12ème arrondissement de Paris. Avec deux de ses frères, Henri et André, Robert  intègre très tôt les rangs de la Résistance.
Robert Migdal est arrêté le 24 janvier 1941 par le Service de police (française) anticommuniste, le SPAC (1) au domicile de ses parents, 72 rue Claude Decaen, pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant le Parti communiste. Selon son frère André (2), qui est arrêté en même temps que lui (avec leur autre frère Henri Migdal, Roland Pannetrat et Robert Poing), leur réseau de 36 personnes aurait été dénoncé par "un père et son fils qui ne résistèrent pas aux interrogatoires". Ce fut une véritable rafle : «36 personnes dont la moitié étaient des jeunes» écrit André Migdal. Le 30 mai 1941, tout le groupe passe en jugement. Leur avocat est Michel Rolnikas, avocat du Parti communiste qui sera arrêté le 23 juin 1941, interné à Compiègne et fusillé comme otage communiste le 20 septembre 1941. Les peines vont jusqu’à vingt ans de travaux forcés. Henri et Robert sont condamnés à une peine cellulaire de 6 mois qu’ils exécutent à Fresnes. A leur levée d’écrou, ils sont  internés administrativement à Châteaubriant, puis libérés comme «contagieux par infection de la gale».
Arrêté de nouveau en mai 1942, Robert est interné à Compiègne le 8 mai 1942. Il est déporté à Auschwitz en tant que Juif le 5 juin 1942 dans le «convoi N°2», composé «d’otages juifs».  Le 7 juin, il reçoit a Auschwitz le matricule «38789».
Il meurt à Auschwitz le 9 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 811).  Sur les 1000 hommes arrivés à Auschwitz le 7 juin 1942, il n’en restait plus que 217 vivants le 15 août 1942..
Henri Migdal est déporté à Auschwitz le 6 juillet 1942 avec Roland Pannetrat dans le convoi des «45000», composé d’otages (communistes, juifs ou "asociaux"). Il meurt à Auschwitz dans les mois qui ont suivi son arrivée. Robert Poing est fusillé au Mont-Valérien.
André Migdal, arrêté en septembre 1942 est déporté comme résistant le 21 mai 1944 à Buchenwald. Leurs parents, Joseph et Sophie-Berthe Migdal meurent à Birkenau, tous deux déportés dans le convoi du 13 février 1943.

Le 10 octobre 1947, les cercles du 12ème arrondissement de l'Union de la Jeunesse Républicaine de France (UJRF) organisent une cérémonie pour apposer sur l’immeuble situé 72 rue Claude Decaen une plaque commémorant le souvenir d'Henri et Robert Migdal «et des 46 familles de cet immeuble victimes de la barbarie nazie» (tract ci-contre). Le propriétaire, une société immobilière, s'y opposa. Une cellule du PCF du 12° arrondissement honore après-guerre le nom des 2 frères.
  • Note 1 : Le SPAC, Service de police anticommuniste (SPAC), une des polices spéciales créée par Vichy en avril 1941avec la Police aux questions juives (PQJ).
  • Note 2 : André Migdal, né le 21 juin 1924, est incarcéré à Fresnes dans le quartier des mineurs après son arrestation le 24 janvier 1941. Libéré à l’expiration des 6 mois de sa condamnation, il est arrêté à nouveau en septembre 1942, incarcéré à Pithiviers et Voves. Il est déporté depuis Compiègne le 21 mai 1944 à Buchenwald, puis Weimar et Hambourg, avant d’être immatriculé sous le N° 30655 à Neuengamme : il est affecté aux Kommandos de Brême-Farge et Brême Kriegsmarine. Il est embarqué le 30 avril 1945 sur le Cap Arcona. Rescapé des bombardements de la baie de Lübeck, il rentre à Paris en juin 1945. Citoyen d’honneur de la ville de Brême, président de la section de la FNDIRP du 10ème arrondissement de Paris, président du Comité du Souvenir du Camp de Voves, André Migdal a témoigné de la déportation par ses livres : Poésies d’un autre monde (1975), J’ai vécu les camps de concentration, Sable rouge (2001, où il parle de la tragédie du Cap Arcona) et Chronique de la Base (2006, sur le kommando de Bremen-Farge). André Migdal est décédé le 19 février 2007.
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli le 3 décembre 1991 par André Migdal.
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès destinés à l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France (éd. Beate et Serge Klarsfeld).
  • Montel, F., Kohn, G., Klarsfeld, S., Fils et filles des déportés juifs de France., & Beate Klarsfeld Foundation. (1999). Journal de Compiègne et de Drancy. Paris: Association "Les fils et filles des déportés juifs de France".

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