L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


CAMBOULIU Pierre, Auguste, louis, François, Victor, Antoine


Pierre Cambouliu est né le 2 septembre 1890 à Paris XVIIIème. Il est le fils de Marie Joséphine Loyaux, 20 ans, sans profession et d’Antonin, Pierre Cambouliu, 38 ans, employé à la préfecture de la Seine. Il habite au 10 rue André Sabatier à Bobigny (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Il épouse Marguerite, Georgette Sinault le 14 novembre 1922 à Paris IVème
Pierre Cambouliu est commerçant en fruits et légumes. Il fait les marchés avec sa femme. 
Il est membre du Parti communiste et connu comme tel par les services de police.
Il est arrêté le 5 décembre 1940 d’après sa famille (le 6 décembre selon sa fiche au BAVCC qui indique peut-être la date d’enregistrement), dans une rafle qui concerne une soixantaine de militants. Il est enfermé à la prison des Tourelles (1). Le 6 décembre 1940, il est interné au centre de séjour surveillé d’Aincourt.
Le 6 septembre 1941, Pierre Cambouliu est transféré au Centre de séjour surveillé de Rouillé, au sein d’un groupe de 149 internés d’Aincourt. Le camp ouvre ce jour-là.
Il écrit plusieurs lettres depuis Rouillé à son épouse : «la dernière lettre que je suis en train de relire date (de réception) du 21 mai 1942 de Rouille, c'est, comme les autres une lettre magnifique, il reconnait qu'il a été dénoncé, mais toutes ses pensées vont vers sa femme, ma mère adoptive, il lui rappelle leur amour et lui dit que c'est une femme formidable, il lui joint des fleurs des champs et des pensées» (Françoise Sinault-Cambouliu, sa nièce).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé (2) une liste d’internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122). C’est avec un groupe d’environ 160 internés (3) que Pierre Cambouliu arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Cambouliu est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45324 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro s’est avéré être celui de , quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz». Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Pierre Cambouliu meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 157). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 22 août 2008 paru au Journal Officiel n° 102 du 3 septembre 2008). Cet arrêté rectifie la date inexacte du 6 juillet 1942 à Compiègne… en y portant la date fictive du 11 juillet 1942 à Auschwitz : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans le «Death books» (qui correspond au registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz) et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Marguerite Cambouliu, née Sinault éleve seule la fille de son frère François Sinault, né le 31 décembre 1901, arrêté le 14 décembre 1943, déporté à Neungamme le 21 mai 1944 (matricule 30739 au camp) et mort au sous-camp de Brunswick-Busing à une date inconnue. A la Libération Marguerite Cambouliu est un temps conseillère municipale de Bobigny.
Une salle municipale de la ville porte le nom de Pierre Cambouliu (6, impasse Henri Lempernesse, héros de la Résistance). Dans l’ancien Bobigny, une première plaque à sa mémoire avait été posée rue André Sabatier, où il demeurait. Cette rue a disparu avec la construction de la Cité Karl Marx.
  • Note 1 : Le centre d'internement des Tourelles occupait les locaux d'une ancienne caserne d'infanterie coloniale, la caserne des Tourelles, au 141 boulevard Mortier, à la porte des Lilas. Il avait été ouvert en octobre 1940, pour y interner des juifs étrangers en situation «irrégulière» et les anciens des Brigades internationales. Mais à partir de 1941, quand les hommes seront envoyés directement à Drancy ou dans les camps du Loiret, seules les femmes juives qui auront contrevenu aux ordonnances allemandes seront internées aux Tourelles ainsi que des communistes et des droits-communs. 
  • Note 2 : «Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944 ». In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste du 22 mai 1942, transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Courriels de Françoise Sinault-Cambouliu-Martinez, sa nièce (2009 et 2010).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. «Premier camp d'internement des communistes en zone occupée», Dir. C. Delporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Plaque Pierre Cambouliu, impasse Lempernesse in gilbert.joubert.free.fr/CERHBB/docs/realisations/PST2.pdf
Biographie installée et complétée en avril 2012 et 2016 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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