L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MONJAUVIS Auguste, Eugène

       
Matricule 45887 à Aushwitz
Rescapé

Cette photo, déposée aux archives du Musée de la Résistance Nationale à Champigny, qui figure dans le carton du camp de Rouillé a été seulement légendée “Monjauvis”. Il s'agit bien  d’Auguste Monjauvis interné au camp de Rouillé d’octobre 1941 à février 1942. Cette photo a été identifiée en décembre 2012 par le petit-fils d'Yvonne Arnold (cf photo de 1989, ci-après).
Auguste Monjauvis est né le 2 mars 1903, à Paris (13°), dans une maison où il vit encore au moment de son arrestation, au 143 de la rue Nationale, une maison construite par son grand-père, venu du Cantal en 1860 (récit de souvenirs: "Parisien de naissance"). Son père est chef d’équipe aux usines Panhard.
Sortie des "Compteurs" en 1930
Il est marié, travaille comme ajusteur-outilleur aux Compteurs de Montrouge. Militant de la CGTU dès 1924, il est délégué du personnel aux Compteurs de Montrouge.
Il adhère au Parti communiste en 1926, pendant la «guerre impérialiste du Rif» que pourfendent Cachin, Thorez et les Surréalistes.
Il est ensuite l'un des animateurs de la cellule d'entreprise Alsthom­-Lecourbe à Paris.
En dépit de son âge et de sa spécialité, il est à nouveau mobilisé en 1939. A sa démobilisation, en liaison avec Maurice Lacazette (qui sera fusillé en 1942), il met sur pied un petit groupe armé qui reçoit pour mot d'ordre : saboter l'outillage des entreprises travaillant pour l'occupant. Il prend la parole à la porte des usines, transporte des armes.
Renvoyé de l'usine Ragonot (à Malakoff) où il travaillait depuis sa démobilisation, il entre à la Société des Téléphones (Paris-15°).
Le 17 septembre 1941, à 5 heures du matin, deux policiers français en civil l'arrêtent à son domicile et l'emmènent Quai des Orfèvres où il comparaît seul : le commissaire, dans son interrogatoire mêle ses activités avec celles de son frère Lucien(1) ,. Au Dépôt de la Préfecture, il retrouve André Tollet et plusieurs camarades venus de diverses prisons.
Il est interné à Rouillé le 9 octobre 1941, puis à la demande des autorités allemandes il est transféré début février 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). On le met au camp des Juifs, et il n'en ressort que sur l'intervention de Georges Cogniot et du Comité de Résistance du camp des «politiques». *Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Auguste Monjauvis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Auguste Monjauvis est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro «45887». Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi». Pierre Monjault. Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz).
Kommando DAW
Au camp principal, on l'affecte au Block 2, et aux kommandos Schlosserei (serrurerie) puis D.A.W. (Deutscher Aufrustungswerk) entreprise SS.
En application d’une directive datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus français des KL la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Auguste Monjauvis reçoit le 4 juillet 1943, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Dans ses récits, il s'interroge sur la quarantaine et les motifs réels de celle-ci.
Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec la majorité des “45000” d’Auschwitz I.
Auguste Monjauvis est transféré à Sachsenhausen le 29 août 1944 avec un groupe de 28 autres «45000». Il y reçoit le matricule «94 280». Du début octobre 1944 au 28 mars 1945, il rejoint à Berlin-Siemens Stadt (kommando de Sachsenhausen) à Gartenfeld "un petit camp proche des usines Siemens", où il retrouve René Petitjean et René Maquenhen. Il travaille de nuit jusqu'au bombardement de mars 1945.
Le 21 avril 1945, l’évacuation du camp commence à pied en direction de Schwerin puis de Lübeck ou de Hambourg, une terrible «marche de la Mort», qui s’interrompt lorsque les SS fuient devant l'avance soviétique, laissant les survivants "dans un petit bois" au bord de la route.
Il est libéré le 4 mai 1945 par les Soviétiques. Il rentre en France le 7 mai, via l'hôtel Lutétia.
Auguste Monjauvis reprend très vite ses activités politiques et syndicales.

Auguste Monjauvis et Yvonne Arnold en 1989
Des mois durant, il tente également de se faire homologuer «Déporté résistant», se heurtant à de nombreux obstacles : il n'y parvient que le 6 août 1986, sur la fin de sa vie.
Auguste Monjauvis est mort le 8 juin 1992.
Son frère Lucien, né le 2 décembre 1904 à Paris (XIIIe) est mort le 15 décembre 1986 à Paris (Ve arr.) ; ajusteur-outilleur ; secrétaire de l’Union unitaire de la métallurgie ; député du XIIIe arr. de Paris ; préfet de la Loire à la Libération / Maitron. Il est un des deux préfets communistes à la Libération, avec Arthur Airaud.

Sources
  • "Parisien de naissance", souvenirs d'une famille provinciale implantée à Paris depuis le milieu du XIX°.
  • Article pour "Messages" (FNDIRP, décembre 1971)
  • Questionnaire biographique rempli le 13 avril 1988
  • Témoignages et documents : sur Rouillé et Compiègne
  • Le Block "des punis" ­
  • La quarantaine  (1972)
  • Le travail du dimanche
  • La Sablière (1988)­
  • Témoignage sur Georges Brumm ("droiture et courage")
  • Correspondance avec Raymond Montégut, à propos de son ouvrage: "Arbeit macht Frei", qu'Auguste Monjauvis n'approuve pas entièrement.
  • Sachso, Mémorial de Sachenhausen, p. 252, 502.
  • Archives du Musée de la Résistance Nationale avec mes remerciements à Céline Heytens.
  • DAW Pierre Cardon.
  • © Histoire des Compteurs de Montrouge sur le blog de gerard.homann.free.fr/WEB_CDC/02_historique.html
  • Message blog du 15 décembre 2012
Biographie complétée en décembre 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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