L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LECOUR Marcel, Louis, Désiré



Matricule "45754" à Auschwitz

@ Collection particulière (1)
Marcel Lecour est né le 27 mai 1905 à Bayeux (Calvados). Fils d’un cheminot, il est domicilié à Maromme (peut-être au 25 rue Paul Painlevé), où il tient un commerce au moment de son arrestation.
Ceux de la vallée du Cailly
La photo ci-contre figurait au bas d’une carte-souvenir édité à la Libération sous le titre “ils aimaient la vie” avec les portraits de 8 militants de la vallée du Cailly, fusillés ou déportés. Elle y est certes légendée "U. Lescour". Dans ce type de carte les erreurs patronymiques ont été fréquentes et celle-ci a d'ailleurs été  corrigée manuellement, vraisemblablement par Germaine Pican qui l'a transmise. Elle a depuis été identifiée par sa petite fille, Mme Martine Groult.
Marcel Lecour est secrétaire de la Section du Parti communiste (ou membre du secrétariat de section) de Maromme, selon le témoignage de Germaine Pican.
La police française l'arrête, le 21 octobre 1941, de nuit, à son domicile. 
Fernand Chatel, dans son ouvrage «30 ans du lutte…» mentionne son arrestation en même temps que celle de Léon Poyer (n° 2090 à Compiègne, déporté et mort à Auschwitz), François Hubler (n°2025 à Compiègne, déporté et mort à Buchenwald) et Raymond Duflo (fusillé le 31 janvier 1942). Julien Villette, également de Maromme, est aussi arrêté la même nuit. Leur arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly), auquel Raymond Duflo (secrétaire du syndicat CGT du Gaz à Déville, membre d’un groupe de l’OS aurait participé (Louis Eudier). Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Lecour est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45754 » selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Dessin de Franz Reisz, 1946
Marcel Lecour meurt à Auschwitz le 6 janvier 1943, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 702).
Marcel Lecour est déclaré «Mort pour la France» le 6 octobre 1947 et homologué comme «Déporté Politique» en 1954. La carte est délivrée à Mme Juliette Lecour domiciliée 25 rue Paul Painlevé à Maromme, qui est vraisemblablement son épouse.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 3 février 1994 paru au Journal Officiel du 23 mars 1994). Cet arrêté porte toujours la date fictive du 15 janvier 1943 septembre 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Une carte commémorative "ils aimaient la France" éditée à la Libération honore sa mémoire et celle de 8 autres de ses camarades, fusillés ou déportés : André Bardel 45198, déporté à Auschwitz, Honoré Brieu, Raymond  Duflo, Hubler, Arthur  Lefebvre, André Pican, A. Poyer, Julien Villette, lui aussi déporté à Auschwitz. 
Son père, Auguste, Louis, Clément, Lecour, né le 7 juillet 1881 à Bonnemaison (Calvados), est déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen et meurt dans ce camp le 26 mai1943. 
  • Note 1 : Photo publiée dans le livre d’Alain Alexandre et Stéphane Cauchois « Résistance(s) : Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944) ». Editeur : L'écho des Vagues.
Sources
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Mme Saint-Yves, conseillère municipale communiste de Maromme.
  • Documents vallée du Cailly : Germaine Pican
  • Fernand Châtel "30 ans de luttes au service des Travailleurs Normands et de la Paix", page 60 (brochure édité par la Fédération de Seine-Maritime du Parti communiste en 1964).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Photo des barbelés d'Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr».
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Octobre 2015 : courriel de Jean-Paul Nicolas me faisant parvenir des photos de « 45000 » publiées dans le livre d’Alain Alexandre et Stéphane Cauchois « Résistance(s) : Rouen et sa région, la vallée du Cailly, entre histoire et mémoire (1940-1944) ». 
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en novembre 2012 et 2015 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.*Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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