L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GODOT Charles, Emile, Désiré


Charles Godot le 8 juillet 1942
Matricule "45613" à Auschwitz

Charles Godot est né le 22 décembre 1908 à Clichy (Seine/Hauts-de-Seine). Il est le fils d’une journalière et d’un employé du chemin de fer.
Il habite au 6 rue de l’Ecole, puis au 7 bis rue du Faubourg Martainville à Rouen (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Il est peintre sur verre ("Glasmaler" mentionne sa fiche d’otage). Il s’est marié le 7 février 1929 avec Raymonde Jourdain (mariage dissous en décembre 1940 - Maitron).
Il est père de quatre enfants âgés de 7, 9, 11 et 12 ans en 1940.
Militant communiste, Charles Godot est secrétaire du syndicat CGT «fer et métaux», à Rouen en 1939 (Roger Arnould).
Fiche d'otage de Charles Godot
Charles Godot est arrêté le 7 octobre 1940 par les autorités françaises pour «distribution de tracts communistes» ainsi que l’indique sa fiche d’otage du 25 février 1942 (ci-contre)
Avec lui sont arrêtés d'autres militants : Laurenco, Mary, Gobelin, Eugène Prout selon le témoignage de la fille de celui-ci, Mme Jacqueline Vigor.
Il est condamné le 26 novembre 1940 à un an de prison et à 100 F d’amende pour détention de tracts et activité communiste par le tribunal correctionnel de Rouen (ci-contre, extrait du jugement. Cliquez pour agrandir le document) concernant plusieurs militants : Levillain, condamné à 6 mois de prison  et Eugène Prout «46020», Godebin, Laurenco, Lemarchand, Mary et Louis Creignou (le frère de Jean «46229» et Valère), tous condamnés à un an de prison et à 100 F d’amende, et Lemarchand, condamné à 18 mois et 200 francs d’amende).Il est interné à la prison «Bonne Nouvelle» de Rouen. Lire dans le blog « La prison Bonne Nouvelle de Rouen. Témoignage d'André Pican, fusillé au Mont Valérien ». Il est condamné le 26 novembre 1940 à un an de prison et à 100 F d’amende pour détention de tracts et activité communiste par le tribunal correctionnel de Rouen (voir en bas de la biographie les extraits du jugement concernant plusieurs militants dont Charles Godot).
A l’expiration de sa peine, Charles Godot est remis aux autorités allemandes et transféré au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) le 23 octobre 1941. Il y reçoit le matricule n°1921 (son camarade Eugène Prout, condamné en même temps que lui le 26 novembre 1940 reçoit le n° 1923).


Charles Godot, Otage déportable vers l'Est
Le 8 décembre 1941, en réponse aux demandes du Haut commandement militaire dans le but de former un convoi de 500 personnes vers l’Est, la Feldkommandantur 517 de Rouen établit une liste de 28 communistes : «actuellement au camp de Compiègne et pour lesquels est proposé un convoi vers l’Est. Cette liste a été complétée de quelques personnes arrêtées à la suite de l’attentat du Havre du 7 décembre 1941». Son nom y figure (documents ci-contre et ci-dessous). Il est également sur la liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf : liste se référant à un ordre du 8 février 1942 (document ci-dessous). Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Godot est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45613» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (1) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
A Auschwitz, il entre à l'infirmerie en octobre 1942. Il quitte celle-ci le 29 octobre, mais meurt le 17 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 357).
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 13 septembre 1993, paru au Journal Officiel 24 octobre 1993). Cet arrêté porte une date fictive : décédé à Auschwitz en juillet 1942 : il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau).
Charles Godot a été homologué «Déporté Politique».


Extrait de jugement
Extraits du jugement d'Eugène Prout le 6 novembre 1940 : dans le récapitulatif de la peine, le nom de Godot apparait, ainsi que celui de ses autres co accusés. 

Levillain, condamné à 6 mois de prison, Eugène Prout, Godebin, Laurenco, Lemarchand, Mary et Louis Creignou (frère de Jean «46229» et Valère), sont tous condamnés à un an de prison et à 100 F d’amende, et Lemarchand, condamné à 18 mois et 200 francs d’amende.

  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 


Extrait de jugement (verso)





Sources
  • Témoignages de Jacqueline Vigor, fille d'Eugène Prout «46020» recueillis entre 1987 et 1990.
  • Copie de l’extrait du jugement du 26 novembre 1940 (Jacqueline Vigor).
  • Liste d’otages du 8 décembre 1941 : Centre de documentation juive contemporaine, (XL III - 56).
  • Liste de 25 otages pouvant être fusillés en représailles à l’attentat du 21 janvier 1942 à Elbeuf (liste se référant à un ordre du 8 février 1942). Centre de centre de documentation juive contemporaine, XL III - 46.
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national consulté en juin 1992 et dossier « Etat civil n°43000 » du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 30, page.117
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Liste des détenus ayant été soignés à l’infirmerie d’Auschwitz (BAVCC. Ausch 3/T3).
  • Liste des déportés ayant reçu des médicaments à l’Infirmerie de Birkenau entre le 1er novembre 1942 et le 28 mars 1943.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en mars 2012 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

1 commentaire:

godot jean charles a dit…

coucou grand pere de la part de ton petit fils jean charles qui n'a pas eu l'honneur de te connaitre