L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GENTIL Adrien, Jean, Baptiste, Marceau


Matricule "45588" à Auschwitz

Adrien Gentil est né le 10 août 1916 à Rouen. Il est le fils de Blanche, Marguerite Quesnot et de Jean, Baptiste, Adrien Gentil, son époux.
Célibataire, il habite au 103 rue Albert Thomas au Petit-Quevilly (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au moment de son arrestation.
Adrien Gentil travaille comme ouvrier papetier dans une usine de papier carton.
Militant communiste, il est aussi l'un des membres de la Commission exécutive de l'Union départementale CGT (entre 1938-39). 
Adrien Gentil est arrêté le 22 octobre 1941 au Petit Quevilly, pour «activités communistes» par des policiers allemands et français, lors de la rafle ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly). Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen. Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés entre le 21 et 23 octobre (1). Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 25 et le 30 octobre 1941. La moitié d’entre eux d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Adrien Gentil est interné à Compiègne le 25 octobre 1941. Il y reçoit le matricule n° 2079.
Le 23 décembre 1941, son nom est inscrit sur la liste de recensement des 131 jeunes communistes du camp de Compiègne nés entre 1912 et 1922, aptes à être déportés "à l’Est", en application de l’avis du 14 décembre 1941 du Commandant militaire en France, Otto von Stülpnagel (archives du CDJC). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Adrien Gentil est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Adrien Gentil est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45588». Faute d’avoir retrouvé la liste du convoi, j’en ai réalisé une reconstitution incomplète où il figurait sous ce numéro considéré comme le plus probable. Il me semble pouvoir être validé en comparant la photo d’immatriculation correspondant à ce numéro, quoique floue, avec sa photo d’avant-guerre.
Il est immatriculé le 8 juillet 1942
Cette photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
On ignore la date exacte de son décès. Selon le témoignage de Robert Gaillard qui fut témoin de sa mort, elle se serait produite à Birkenau, en janvier 1943. C’est cette date qu’a retenu le ministère des Anciens combattants «décédé en janvier 1943 à Birkenau (Pologne».
Adrien Gentil est déclaré «Mort pour la France». Il est homologué comme «Déporté Politique» en 1954 (carte délivrée à son père). Une rue du Petit-Quevilly porte son nom. 
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (Journal Officiel n° 24 du 29 janvier 1993).
  • Note 1 : Lucien Ducastel et Robert Gallard rapportent qu’ont été arrêtés ce même jour André Bréançon (45298), Michel Bouchard (45278), Jean Delattre (agent des PTT, fusillé le 10 mai 1942), Charles Legac (45770), Adrien Gentil (45588), Louis Jouvin (45697) Adrien Fontaine (45546), Ursin Sheid (fusillé le 10 mai 1942, lire le blog de sa famille U.SCHEID son destin), Maurice Voranget (45000 n° inconnu).
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, alors vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Témoignages de Robert Gaillard et Lucien Ducastel.
  • Mairie du Petit-Quevilly (juin 1992) : Acte de décès n° 492 registre 64, dossier n° 51506.
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997, et tome 29, p.280, Jean Pierre Besse citant la thèse de Stéphane Courtois, annexe 10.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en 1991 et octobre 1993.
  • Listes de déportés de Seine-Maritime établies à leur retour de déportation par Louis Jouvin et par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Liste de militants de la CGT fusillés ou déportés pour leur action dans la Résistance établie par la CGT de Seine Maritime.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb». Le Petit Quevilly (relevé Jean Charles Quirion)
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en mars 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.  *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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