L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BLAIS Robert, Victor



45253

Robert Blais est né le 6 novembre 1914 à Ivry-sur-Seine (Seine/Val-de-Marne). Il est le fils d’Hélène Lebailly et d’Eugène Blais son époux, employé municipal. Il appartient à une famille nombreuse (9 enfants), de militants communistes, qui habite au 1 impasse du Moulin-à-Vent à Ivry (Seine/Val de Marne). Son père, Eugène Blais, né le 6 août 1884 à Livarot (Calvados), était avant-guerre membre du sous-rayon d’Ivry et du 4ème rayon de la Région parisienne du Parti communiste.
Robert Blais travaille comme tourneur chez Renault à Billancourt.  Le 8 juin 1935, il épouse, à Ivry, Marguerite Guibourg, ébarbeuse. Ils ont trois enfants : Jacqueline, née le 1er octobre 1935, Simone, née le 19 décembre 1939 et Gilberte, née le 10 septembre 1941.
Robert Blais habite avec son épouse Marguerite au 19 rue Pierre Honfroy à Ivry. Robert et Jacqueline Blais militent au Parti communiste et ils sont particulièrement actifs pendant le Front populaire (leurs fiches de police en font état). Puis le couple déménage au 9 impasse du Moulin-à-Vent à Ivry (secteur du Fort, près du domicile de ses parents) au moment de son arrestation (mais peut-être le couple a-t-il déménagé dans les HBM du 173 route stratégique, si l'on suit le bulletin municipal "Ivry ma ville" N° 422 de juin 2011).
Pendant l’Occupation, Robert Blais poursuit son activité dans la Résistance, distribue des tracts et des journaux chez Renault et dans le quartier du Fort à Ivry.

Une fiche de police est établie à son nom par le commissariat d’Ivry le 6 septembre 1941 (le même jour que celle établie pour son jeune frère Raymond, qui a été arrêté deux jours avant). Elle mentionne : «militant fervent propagandiste, période PC et Front Populaire». Elle indique également qu’il est signalé le 14 septembre 1941 par les Renseignements Généraux (tout comme son père à la même date). (Les deux croix rouges signifient  «militants notoires et propagandistes»). Lire l’article Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000»
Robert Blais est arrêté à son travail chez Renault le 28 avril 1942 par la police allemande, aidée de la police française lors d’une rafle organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine, à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). Les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages et procèdent à cette rafle (387 arrestations) qui touche pour l’essentiel des militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice, libérés à l’expiration de leur peine et en avril vraisemblablement destinés à la déportation. Robert Blais est arrêté en même temps que son frère Raymond, François Le Bris, Omer Proust et Pierre Raunier, tous d’Ivry.
Robert Blais est conduit ce même 28 avril 1942 au camp de détention allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Blais est déporté depuis Compiègne dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Raymond Blais est enregistré à Auschwitz sous le numéro «45253» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. La photo d’immatriculation à Auschwitz portant ce matricule a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz).
Il travaille pendant une période dans le même Kommando que Gabriel Torralba (kommando Menuiserie, Holtzplatz, et DAW). Puis dans un des 38 Kommandos annexes, près de Katowice. Il tombe malade. Ramené à Auschwitz-I, il entre au Block 20 (le Revier, infirmerie du camp). Le 14 août 1943, il est toujours au Block 20, au moment où la quasi-totalité des Français survivants entre en quarantaine au Block 11. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11. André Montagne se souvient d'être parti du block 20 où il était infirmier en septembre, en y laissant plusieurs «45000».
Robert Blais meurt au Revier d’Auschwitz le 19 septembre 1943 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Après la guerre, l’état civil français fixe la date de son décès au 15 novembre 1943 sur la base des témoignages (plus ou moins précis) de deux de ses compagnons de déportation. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 24 juillet 1987 paru au Journal Officiel du 10 septembre 1987). Cet arrêté porte toujours la date inexacte du 15 novembre 1943. Robert Blais est homologué au grade d’adjudant au titre de la Résistance Intérieure Française (1948). Il est déclaré «Mort pour la France».
Son frère Raymond, déporté avec lui est mort également à Auschwitz le 15 décembre 1942.  Le 27 juillet 1945, le conseil municipal attribue le nom de Robert Blais et de son frère cadet Raymond à l’impasse du Moulin à vent (rue des Frères Blais).

Sources
  • Témoignages de Jean Thomas et André Montagne.
  • Témoignage de René Besse 18 avril 1982.
  • Témoignage de Marguerite Blais, sa veuve.
  •  «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France» page 110, supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319 : photo p. 93).
  • Listes - incomplètes - du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • © Photo Ivry94.fr
  • © Photo des barbelés d'Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine.
  • Service des Archives municipales d’Ivry, (Mme Rault, 1992), esplanade Georges Marrane. 
  • © Photo d'identité et photo de la fiche de police du commissariat d’Ivry / Musée de la Résistance Nationale à Champigny : tous mes remerciements à Céline Heyten.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection André Montagne.
Biographie installée et complétée en mars 2012 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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