L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BLAIS Raymond, Louis



Matricule "45252" à Auschwitz

Raymond Blais est né le 12 mai 1922 à Ivry-sur-Seine. Il est le fils d’Hélène Lebailly et d’Eugène Blais son époux, employé municipal. Il appartient à une famille nombreuse, de militants communistes, qui habite au 1 impasse du Moulin à vent à Ivry (Seine-Val de Marne). Son père, Eugène Blais, né le 6 août 1884 à Livarot (Calvados), était avant guerre membre du sous-rayon d’Ivry et du 4ème rayon de la Région parisienne du Parti communiste.
Raymond Blais est ouvrier électricien puis il est embauché comme radio-électricien en 1937 aux établissements Radiel d’Ivry. Raymond Blais est membre des Jeunesses communistes.
Raymond Blais est adhérent à l'Union Sportive du Travail d'Ivry, club affilié à la FST (ancêtre de la FSGT), comme Alexis Chaussinand et  Auguste Deshaies tous deux déportés avec lui à Auschwitz, mais aussi comme d’autres sportifs du club qui seront déportés comme Jacques Deshaies (fils d’Auguste), Jules Vanzuppe ancien conseiller municipal et 14 autres membres du club morts dans les camps français ou déportés en Allemagne. 
Pendant l’Occupation, sans doute à la suite de filatures opérées par des inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux (Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux), Raymond Blais est arrêté le 3 septembre 1941 pour infraction au décret du 26 septembre 1939 interdisant les organisations communistes. 11 autres militants d’Ivry sont arrêtés en même temps que lui - dont Guy GratiotPierre Raunier,qui seront déportés avec lui à Auschwitz - le frère de Pierre Raunier (Jules), Jean Le Galleux, responsable de la cellule (déporté à Mauthausen le 22 mars 1944, rescapé) et Roger Bézard qui sera torturé en 1944 et mourra des suites de ses blessures. 7 d’entre eux sont domiciliés dans les HBM du 173 route stratégique. Ils ont entre 17 et 24 ans. Les inspecteurs ont trouvé un révolver Colt au domicile de l’un d’eux. Quatre autres « mis en cause » habitant le 173, n’ont pu être arrêtés à cette date.
Le chef d'incumpation est d'avoir participé à la «reconstitution de la cellule clandestine du Fort» et distribué à la population des tracts édités par le "Front national de lutte pour l’indépendance de la France" (fiche de police ci-contre établie par le commissariat d’Ivry, en date du 6 septembre 1941). Lire sur celle-ci l’article Le rôle de la police française. 
Une perquisition (infructueuse) est effectuée au domicile de ses parents le 5 septembre. Raymond Blais est écroué au dépôt de la Préfecture de police de Paris  puis bénéficie d’un non-lieu.
Raymond Blais est arrêté une nouvelle fois le 28 avril 1942 à son domicile, avec son frère Robert par la police allemande, aidée de la police française, lors d’une rafle organisée par l’occupant dans tout le département de la Seine, à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff). Les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages et procèdent à cette rafle (387 arrestations) qui touche pour l’essentiel des militants arrêtés une première fois par la police française pour activité communiste depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine et qui sont vraisemblablement destinés à la déportation.
Raymond Blais est arrêté en même temps que son frère Robert, François Le Bris, Omer Proust et Pierre Raunier, tous d’Ivry.
Raymond Blais est conduit ce même 28 avril 1942, au camp de détention au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).  A Compiègne, il reçoit le matricule 4035 et est affecté au bâtiment C1. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942) et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Blais est déporté depuis Compiègne dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé pour l’essentiel de plus d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et militants syndicalistes la CGT pour la plupart) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles, ordonnées par Hitler, pour combattre en France les actions de résistance armée organisées par les communistes à partir de juillet 1941 et dont il rendait responsables les « milieux judéo-bolcheviks ». Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1945
Il est est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45252» selon le site du Mémorial et Musée d'Auschwitz-Bikenau (son frère Robert reçoit le numéro 45253). 
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
La liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz indique en face du numéro 45252 (dont le nom n'est pas indiqué) la date de décès du 14 novembre 1942. Cette date correspond au souvenir de René Besse «45240» et de Jean Thomas «46164» pour lesquels il est mort dans les mois qui ont suivi l’arrivée du convoi.
Après la guerre, l’état civil français fixe sa date de son décès au 15 décembre 1942. Raymond Blais a été déclaré « Mort pour la France» en 1949. Il est homologué la même année au grade de Sergent au titre de la Résistance Intérieure Française. Le titre de «Déporté politique» lui est attribué le 3 janvier 1955. La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès porte la date du 15 décembre 1942 (arrêté du 24 juillet 1987 paru au Journal Officiel du 10 septembre 1987).
Son frère Robert, déporté avec lui, meurt à Auschwitz le 19 septembre 1943. Le conseil municipal donne le nom de Raymond Blais et de son frère Robert à l’impasse du Moulin à vent où ils avaient vécu qui devient la "rue des Frères Blais".

Sources
  •  «Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France» page 110, supplément au «Travailleur d’Ivry» N°1319  (photo p. 93, épreuve papier au Musée de la Résistance nationale de Champigny).
  • Liste «de noms de camarades du camp de Compiègne», collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Listes - incomplètes - du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • © Mémorial et Musée d’Auschwitz-Birkenau (Raymond orthographié Rajmund).
  • Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine.
  • Matricule à Compiègne : Lettre à sa famille, service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane. 
  • © Fiches de police des commissariats d’Ivry et Vitry / Musée de la Résistance Nationale à Champigny : tous mes remerciements à Céline Heyten.
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
Biographie installée en mars 2012 (rédigée en 2003, complétée en 2017), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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