L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DESHAIES Auguste, Marie



Matricule "45464" à Auschwitz

Auguste Deshaies est né au domicile de ses parents le 18 janvier 1896 au lieu-dit La Rigaudière commune de Le Cellier (Loire Inférieure / Loire-Atlantique).
Il habite Ivry-sur-Seine (Seine /  Val-de-Marne) dans les HBM du 4 place Philibert Pompée au moment de son arrestation. 
Il est le fils de Joséphine, Marie Hardy, 24 ans, cultivatrice et de Pierre Deshaie, 36 ans, laboureur, son époux.
Ses parents quittent la Loire Inférieure et s’installent à Angers au 109 rue de la Chalouère. Conscrit de la classe 1916, Auguste Deshaies est donc recensé dans le département du Maine-et-Loire.  Lors du conseil de révision, il habite à La Salle-Ailly (canton de Montrevault). Il y travaille comme cultivateur. Il sera manœuvre par la suite en région parisienne.
Son registre matricule militaire indique qu’il mesure 1m 72. Il a un niveau d’instruction « n°2 » pour l’armée (sait lire et écrire).
Conscrit de la classe 1916, il est mobilisé par anticipation en avril 1915, comme tous les jeunes hommes de sa classe depuis la déclaration de guerre. Il est incorporé au 66ème régiment d’infanterie le 10 avril 1915. Le 17 août 1915, il passe 421ème régiment d’infanterie, puis au 224ème régiment d’infanterie le 28 août 1916.
Le 31 mars 1917, il a les pieds gelés à Soissons. Il est hospitalisé à l’hôpital des Ménages à Issy-les-Moulineaux. Il est de retour « aux armées » le 11 juillet 1917 après une permission de 15 jours ! Le 30 octobre de la même année, il « passe » au 28ème régiment d’infanterie. Il se distingue en 1918 pendant la bataille de Picardie et des combats de l’Ailette (août, septembre). 
Croix de guerre
Il est cité à l’ordre du jour du régiment le 28 décembre 1918 (O.J. n° 64) pour actes de bravoure. Auguste Deshaies reçoit la Croix de guerre. « Soldat très brave et courageux. Il a fait preuve d’un grand courage et de sang-froid pendant les opérations des 10 au 12 août et du 30 septembre au 11 novembre 1918 ».
Le 23 février 1919, il passe à la 3ème compagnie de COA (commis et ouvriers de l’armée). Il est démobilisé le 19 septembre 1919, « certificat de bonne conduite accordé ». Il « se retire » (chez ses parents) au 109 rue de la Chalouère à Angers.
Après avoir habité Angers, il s'installe en région parisienne en juillet 1920, au 10 rue Alexandre Pillaud, à Ivry-sur-Seine (rue nommée en 1945 rue Pierre Rigaud, fusillé le 7 mars 1942).
Le 21 octobre 1920, Auguste Deshaies épouse à Paris (20ème arrondissement), Marguerite, Madeleine, Rochelemagne, née le 17 octobre 1894 à Saint-Martin-Valmeroux (Cantal), ouvrière à la Grande Tuilerie Muller à Ivry. 
En février 1921, le jeune couple s’installe au 35 rue d’Alsace Lorraine à Paris 10ème.
Ils ont un fils, Jacques, qui naît le 24 octobre 1921 à Saint-Mandé.
En août 1922 la famille a déménagé route de Choisy à Ivry, puis en mars 1929, toujours Ivryots, ils habitent dans les HBM du 4 place Pierre-Philibert Pompée
Auguste Deshaies (à gauche) avec sa famille
Auguste Deshaies y côtoie plusieurs militants communistes qui y sont logés : Gaston Cornavin, Venise Gosnat «président de l’Union fraternelle des HBM de la place Philibert-Pompée», Auguste Havez, Alexis Chaussinand, Eugène Duchauffour (1).
Auguste Deshaies travaille comme manœuvre puis comme céramiste à la société «Electro-Céramique» établissement appartenant à la Compagnie générale d’électricité. Il est secrétaire de la cellule communiste de la Compagnie générale d’électricité d’Ivry en 1930-1932 (cellule 432 du sous-rayon d’Ivry et du 4ème rayon de la Région parisienne) ( Le Maitron).
«Auguste Deshaies était depuis le milieu des années vingt, un des militants syndicalistes les plus actifs des industries chimiques de la région parisienne et un des responsables du syndicat général de la céramique, des industries chimiques et parties similaires » (Ivry94.fr).
Auguste Deshaies est élu conseiller municipal de la première section (Centre), les 10 mai 1925 et 12 mai 1929 sur la liste du Parti communiste conduite par Georges Marrane et désigné comme délégué sénatorial en janvier 1927. En mars 1930, il entre à la commission exécutive de la Fédération nationale de la céramique et des industries chimiques (CGTU). 
Il semble qu’il ait plus tard changé d’entreprise : «En 1936, il prit une part active aux grèves chez le fabricant de pâtes Ferrand-Renaud où il travaillait ainsi que sa femme» (Le Maitron).
Auguste Deshaies est adhérent (et sans doute un des dirigeants du club) à l'Union Sportive du Travail d'Ivry, club affilié à la FST (ancêtre de la FSGT), comme Raymond Blais et Alexis Chaussinand tous deux déportés avec lui à Auschwitz, mais aussi d’autres sportifs du club qui seront déportés comme Jacques Deshaies (fils d’Auguste), Jules Vanzuppe ancien conseiller municipal et comme 14 autres membres du club morts dans les camps français ou déportés en Allemagne.
Le commissariat de police d'Ivry écrit d'elle "militante s'étant fait remarquer d'une façon très active pendant la grève d'occupation". 
A cette occasion, le registre du commissariat de police d’Ivry note à propos d'Auguste Deshaies : «militant, agitateur notoire, grève de 1936, Ferrand Renaud», accompagné de deux croix rouges, signifiant «militants notoires et propagandistes». Registres et fiches de police : Lire l’article Le rôle de la police française dans les arrestations des «45000».
Après la destitution de la Municipalité, en octobre 1939, il distribue clandestinement des tracts tirés à la ronéo dans les locaux de la mairie, puis dans l'école du Centre. «Nous étions téméraires à l’époque, c’est ainsi que nous tirâmes nos premiers tracts dans la mairie d’Ivry, au nez et à la barbe (…) de la délégation spéciale (…). La répartition de cette propagande clandestine se faisait entre plusieurs camarades, dont Deshaies» (Gaston Garnier). Son fils Jacques assure les transports de papier : «Je revois un jeune d’Ivry, Jacques Deshaies, qui bien qu’atteint d’une grave maladie de cœur, transporta jusqu’à Villeneuve-le-Roy de lourds chargements de papier avec son vélo et une remorque» (Roland Le Moullac).
Après la déclaration de guerre de 1939, le réserviste Auguste Deshaies, titulaire de la carte du combattant 14/18 (droits reconnus en janvier 1940) est « rappelé à l’activité » le 28 février 1940. Mais il est « réformé définitif » par la commission de réforme d’Angers pour « ulcère variqueux à la jambe gauche » le 22 mars 1940.
Auguste Deshaies est arrêté le 6 décembre 1940, par la police française avec d'autres communistes de la Seine. Plus d'une dizaine de "45000" sont arrêtés entre le 3 et le 6 décembre. Ces militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars au centre de séjour surveillé d'Aincourt. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés camp français de «séjour surveillé d’Aincourt» à partir du 5 octobre 1940 (lire dans le blog :  Le camp d’Aincourt). Selon le registre du commissariat d’Ivry, son fils Jacques déclare le 4 avril 1941 que son père est en «camp de concentration» (nom sous lequel on désignait alors les "centres de séjour surveillé"). 
Liste des militants communistes internés administrativement le 6 décembre 1940. 
Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Les Renseignements généraux font parvenir au directeur du camp d'Aincourt une liste comportant les motifs d’internement administratif des militants communistes qui lui ont été amenés au camp le 6 décembre 1940. Pour Auguste Deshaie on peut lire "Meneur communiste actif". Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Le 11 février 1942, Auguste Deshaies fait partie d’un groupe de 29 internés transférés d’Aincourt au camp de détention allemande Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La liste est datée du 9 février 1942. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Auguste Deshaies est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Auguste Deshaies est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45464» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a été pas retrouvée parmi les 522 photos que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 

Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Auguste Deshaies meurt à Auschwitz le 19 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (Death Books from Auschwitz, tome 2, page 221).  En août avait débuté une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des Blocks et d’importantes "sélections pour la chambre à gaz". Lire «80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois», pages 126 à 129 in «Triangles rouges à Auschwitz».
Son fils Jacques Deshaies, poursuit ses activités de Résistance. Arrêté le 22 décembre 1942, il est interné à Romainville le même et déporté au camp du Natzweiller (Bas-Rhin)  le 14 juillet 1943 en tant que prisonnier NN (Nacht und Nebel) (n° 4572). Il meurt dans ce camp le 12 novembre 1943 (site FMD). 
Marguerite Deshaies, épouse d'Auguste est arrêtée pour les mêmes raisons que son fils. Elle est déportée le 26 juillet 1943 de la gare de l'Est vers Sarrebrück. Plusieurs  femmes de ce convoi sont déportées après avoir été arrêtées dans les mêmes affaires que leurs camarades hommes, déportés à Natzweiler en juillet 1943, en tant que prisonniers « NN ». Transférée  le 30 juillet 1943 à Ravensbrück (n° 21664), puis à Mauthausen au début de mars 1945, elle meurt dans ce camp à une date inconnue. 
Par décision du Conseil municipal, le nom d’Auguste Deshaies est donné le 25 juillet 1945 à une partie du quai d’Ivry. Il est inscrit dans le livre d’or de la commune «Déportés, internés, fusillés et morts aux combats». 
Ni Auguste ni Marguerite Deshaies ne figurent au Journal officiel dans les listes des  "morts en déportation".
  • Note 1 : La place Philibert Pompée a été rebaptisée en 1945 «Place de l’Insurrection d’août 1944». L’ensemble de HBM «à cour commune» réalisé par les architectes Henri et Robert Chevallier en 1927 pour le compte de l'office public d' H.B.M. d'Ivry, comprenait 290 logements et 11 boutiques. Y ont habité avant-guerre, Auguste Deshaies «45464»,. Gaston Cornavin, député communiste  déporté en Algérie. Venise Gosnat, syndicaliste interné à Baillet, Yeu et Riom. Celui-ci s'évade et devient  responsable de la Résistance en Bretagne jusqu’en 1942. Le 19 août 1945 il reprend la Mairie. Président du CPL, il sera 1er adjoint d’Ivry en 1945. Auguste Havez, dirigeant communiste, arrêté le 30 mars 1942, déporté à Mauthausen, rescapé (voir biographie du Maitron. Charles Duchauffour receveur à la TCRP, engagé dans l'armée belge des partisans, participe à de nombreux sabotages. Il est exécuté à la citadelle de Liège le 7 juin 1944. 
  • Note 2 : Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45160), Arblade Aloyse (45176), Balayn René (45193), Batôt Elie (45205), Bonnel Charles (45273), Chaussinand Alexis (45363), Conord Léon (45371), Deshaies Auguste (45464), Doucet André, Guillou Alexandre (45645), Leroy Louis (45780), Lochin Léon (45800), Marivet Roger.
Sources
  • Service des Archives municipales, esplanade Georges Marrane (1988 et 1992).
  • Service des Archives municipales,  Mme Nathalie Lheimeur, janvier 2007.
  • Ivry fidèle à la classe ouvrière et à la France, supplément au numéro 1319 du Travailleur d’Ivry brochure,  120 pages, Ivry, 1970. Témoignage de Gaston Garnier, chef du personnel détaché à la Mairie d’Ivry et membre de la direction de la section du Parti communiste d’Ivry (p. 35) et photo (p. 92). Témoignage de Roland Le Moullac, page 74.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du Mouvement ouvrier, tome 25, page 105 et Claude Pennetier et Michèle Rault in site internet 2012..
  • Death Books from Auschwitz (Registres des décès d’Auschwitz), ouvrage publié par le Musée d’Etat (polonais) d’Auschwitz-Birkenau en 1995.
  • "Décédés du convoi de Compiègne en date du 6/7/1942". Classeur Ausch. 1/19, liste N°3 (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen).
  • Liste de 29 internés du camp d’Aincourt, transférés le 11 février 1942 à Compiègne (Archives du camp d’Aincourt).
  • © Photo des barbelés d'Auschwitz : Claudine Cardon-Hamet.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Archives en ligne de Loire-Atlantique
  • Site de la FMD, transport du 14 juillet 1943, transport du 26 juillet 1943. 
  • © Ivry94.fr, le portail citoyen de la ville d’Ivry-sur-Seine. Biographie d’Auguste Deshaies.
  • © Photo d'identité, photo de la famille, agrandissement du registre de police du commissariat d’Ivry ( Musée de la Résistance Nationale à Champigny avec la collaboration de Céline Heyten)
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives en ligne de Loire-Atlantique et du Maine-et-Loire
Biographie installée et complétée en 2012, 2015 et 2016 (rédigée en 2003), par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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