L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LEPRETRE Roger, Lucien, Hyppolyte



Roger Leprêtre est né le 27 avril 1920 à Quincampoix (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) où il est domicilié, rue de Cailly, au moment de son arrestation.
Il est employé comme bûcheron à la scierie de Barentin.
Il est arrêté le 22 décembre 1941 "pour avoir chanté l'hymne national anglais et l’Internationale". Il est condamné par un tribunal français à deux mois de prison et est incarcéré à la prison Bonne-nouvelle de Rouen.  A la fin de sa peine, il est remis à leur demande (probablement en janvier 1942 comme René Demerseman) aux autorités allemandes. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Roger Leprêtre est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro "45783 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage «Triangles rouges à Auschwitz». Il est affecté au camp principal d’Auschwitz I. René Demerseman se souvient qu’il lui a dit au camp : «en rentrant, j’adhérerai au Parti ».

Roger Leprêtre meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 711). Ce certificat indique une cause fictive : «pleuropneumonia» (péripneumonie). Il faut savoir que les détenus chargés de remplir les certificats de décès à Auschwitz avaient ordre d’indiquer une cause naturelle choisie au hasard sur une liste de maladies. Cent-quarante-sept autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942 et un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. Il est plus que vraisemblable qu’ils aient été tous gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail» opérée dans le camp d’infirmerie. 

René Demerseman qui l'avait connu à la prison de Rouen, puis au camp de Compiègne, a témoigné de son état d'esprit à Auschwitz : "Jusqu'au dernier instant où j'ai pu parler avec lui, il ne parlait que la libération de son pays et de sa famille".
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (parution au Journal Officiel du 29 septembre 1994) qui est rectifié à cette occasion «décédé le 18 septembre 1942 à Auschwitz, et non le 15 octobre 1942»). 
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de Quincampoix, dans le cimetière municipal.

Sources 
  • Témoignage de René Demerseman.
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle et "statut" dossier consultée en octobre 1993.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» CRDP de Rouen, et modifiée en décembre 2011 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. *Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. Si, membre de la famille du déporté, vous ne souhaitez pas que cette biographie soit publiée sur Internet, je vous prie de me le faire immédiatement savoir : elle sera aussitôt retirée du blog.

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