L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LANGLOIS Raymond, Antoine


Matricule 45725 à Auschwitz

Raymond Langlois est né le 30 juin 1922 à Noisy-le-Sec (Seine/Seine-St Denis) au domicile de ses parents, 73 rue de Merlan.
Il est le fils de Véronique Campana (35 ans), ménagère, et de César, Adolphe Langlois (52 ans), magasinier, son époux. César Langlois est  communiste. «Il entra au conseil municipal le 12 mai 1935, sur une liste conduite par Félix Routhier. Il fut déchu de son mandat en février 1940 par le conseil de préfecture pour appartenance au Parti communiste» (Maitron).
Raymond Langlois habite avec sa famille au 73 rue de Merlan au moment de son arrestation. Il est célibataire. Il est membre des Jeunesses communistes, ami avec Rolland Delesque, avec lequel il fait des ballades à vélo, également membre des jeunesses communistes et dont le père siège lui aussi au conseil municipal de Noisy.  «Les deux  familles habitaient sur les 2 trottoirs face à face de la même rue» (Claude Delesque). Raymond Langlois est presque comme un frère avec Gaston (Robin), qui s’engagera dans les FFI en 1944.
Selon le témoignage recueilli en 1990 par le Maire de Noisy auprès de madame Louise Welscher, veuve de Maurice Welscher («46208»), Raymond Langlois aurait été arrêté une première fois en 1939 "pour avoir entreposé, à son domicile des journaux et des tracts communistes" et interné à la centrale de Poissy. Libéré un an après il aurait été arrêté à nouveau en octobre 1940.
Ces informations sont très certainement erronées, puisque d’après le témoignage du fils de Rolland Delesque, son père constitue un groupe de résistance au début de l’Occupation, et son ami Raymond Langlois en fait partie. Les archives de la police confirment ces faits : Raymond Langlois y est mentionné comme étant arrêté en 1940 - le 16 octobre - et interné à la centrale de Poissy (il est sans doute condamné à 6 ou 8 mois de prison cellulaire). Le préfet de la Seine ordonne son internement administratif à l’expiration de sa peine, le 8 juin 1941. Raymond Langlois est transféré le 28 novembre 1941 au camp de Rouillé (1).
Au début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste d’internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne en vue de leur déportation comme otages. Le nom de Raymond Langlois y figure. Dix-neuf internés de cette liste de 187 noms ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps, ou sont hospitalisés. Trois se sont évadés. Cinq d’entre eux ont été fusillés. C’est donc avec un groupe de 160 internés que Raymond Langlois arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Langlois est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.

Il est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45723» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard (en juin d’après Marcel Cimier). Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet : «Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi». Pierre Monjault.
Raymond Langlois est affecté à la construction des premières chambres à gaz. C’est le terrible hiver de 1942-1943. Avec Marcel Cimier il est affecté au Block 9, à un mauvais Kommando de déchargement des wagons. Il tombe malade et entre à l’infirmerie. 
Marcel Cimier a raconté cet épisode de leur vie où il essaie, «malgré ses faibles forces», de prendre son jeune camarade sous sa protection. Lire dans le blog Les sélections : témoignage de Marcel Cimier.
Pendant une quinzaine de jours, en février, il travaille avec Marcel Cimier à décalquer des numéros matricules sur des bandes de tissu pour les nouveaux arrivants. Puis ils sont dans un dur kommando de terrassement. Grâce à la débrouillardise de Marcel Cimier il est affecté à l’épluchage des pommes de terre. A son tour, il y fait embaucher Marcel Cimier. «Malheureusement mon pauvre camarade avait trop présumé de ses forces, et au début de mai il dut à nouveau rentrer à l'hôpital (…) ; mais j’étais rassuré sur son sort, car à Auschwitz au mois de mai 1945 à part les Juifs, il n’y avait plus à craindre pour les Aryens d’être envoyé à la chambre à gaz. [...]Je mangeais enfin à ma faim, et en même temps je pouvais faire profiter certains camarades et surtout mon «frère de misère » Raymond Langlois. J’allais le voir fréquemment à l’hôpital et lui apportais des friandises et du sucre (tout cela venait des valises des transports de nouveaux arrivants et dont quelques sacs, quelques valises venaient à la cuisine), et surtout pour le voir, le réconforter, mais ce n’était pas la peine d’essayer de lui cacher la vérité, il la connaissait, il avait un moral de fer, mon pauvre camarade était atteint mortellement des poumons. A chaque fois que je venais, il me faisait voir ses radios, car à Auschwitz les S.S. faisaient des essais de pneumo, de greffage, etc., et me disait en me désignant du doigt sur la photo le bas du poumon : «Tu vois cette tache, elle couvre presque la moitié de mon poumon». Et prenant une autre épreuve plus récente : «sur celle-ci mon poumon gauche est totalement perdu, il m’en reste encore un, mais il sera vite entamé lui aussi et ma foi... on n’en parlera plus.». Ce garçon me démontait littéralement par son courage que j’admirais».
Atteint de tuberculose, Raymond Langlois meurt le 11 novembre 1943 selon le témoignage de Georges Brumm.  La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès (arrêté du 6 juillet 1993 paru au Journal Officiel N° 190 du 18 août 1993). Cet arrêté porte «décédé le 15 décembre 1943 à Auschwitz».
Une plaque apposée sur son domicile à Noisy-le-Sec commémore son souvenir. Son nom est inscrit sur la stèle commémorative entre la mairie et l’église St Etienne, ainsi que sur la plaque commémorative dédiée aux déportés (monument aux morts).
Son père, César Langlois, est mort à Noisy le 19 juillet 1945.
  • Note 1 : «Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944 ». In site de l’Amicale de Chateaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
  • Courriels de Claude Delesque, fils de Rolland Delesque, résistant de Noisy-le-Sec, compagnon de Raymond Langlois.
  • M. Roger Gouhier, député-Maire de Noisy-le-Sec (octobre 1990) qui cite le témoignage de Mme Louise Welscher de Noisy-le-Sec).
  • Extrait d’acte de naissance.
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1941 transfert vers Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42, et Val de Fontenay).
  • «Cahiers de mémoire : Déportés du Calvados », 1995. Extraits du Cahier rédigé à partir de 1957-1958 par Marcel Cimier (page 99). Ouvrage publié par le Conseil général du Calvados (direction des archives départementales).
  • César Langlois : Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Le Maitron, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Dessin de Francis Reisz (l’attente au Revier) in «Témoignages sur Auschwitz », Publication de l'Amicale d'Auschwitz 1947. Original au Musée dEtat d’Auschwitz-Birkenau.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
Biographie rédigée en 2003 et complétée en janvier 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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