L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GRANJON Maurice, Marcel


Maurice Granjon est né le 8 décembre 1895 au domicile de ses parents rue de Terre Neuve à Paris XXème
Il est le fils de Joséphine Pierre (31 ans) et de Joseph Granjon (31 ans) son époux. Tous deux sont journaliers.
Il a épousé Ernestine, Léonie Kieffer le 20 janvier 1917 à Paris XXème. Le 2 décembre 1932, il se marie avec Marie, Catherine, Alice Garrec.
Maurice Granjon habite au 32 rue du Puits à Sainte-Adresse (Seine-Inférieure-Seine-Maritime) au moment de son arrestation. Il est menuisier ou ébéniste.
Il est arrêté le 27 janvier 1941 par la police française (le même jour et pour les mêmes motifs que ses camarades, Bellanger, Couillard et Vernichon). 
Fiche d'otage de Maurice Granjon
Sa fiche d’otage (document CDJC XLV-42) établie le 6 mai 1942 indique comme motif d’arrestation «possession et distribution de tracts communistes dans la rue et à ses camarades de travail, en décembre 1940 et en janvier 1941» (cliquer sur le document pour l'agrandir). Maurice Granjon est condamné le 19 mars 1941 à 13 mois de détention par le tribunal français du Havre. Il purge sa peine à la prison du Havre.
A l’issue de celle-ci, il est remis à leur demande aux autorités allemandes. Maurice Granjon est transféré avec ses trois camarades le 28 février 1942 au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire dans le blog «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Granjon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les «Judéo-bolcheviks» responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Aucun document ne permet d’établit de manière certaine le numéro sous lequel Maurice Grandjon a été immatriculé à Auschwitz le 8 juillet 1942. 
Mais par recoupements on peut raisonnablement penser qu’il a reçu le numéro "45628" : on sait en effet par les Death books d’Auschwitz qu’il est mort le 20 septembre 1942, comme le déporté 45268 (liste récapitulative des décès ci-contre en date du 20 septembre 1942. In Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Tome 1). 
Par ailleurs, ce numéro est celui que je lui avais attribué, comme probable, en tenant compte de l’ordre alphabétique de la liste du convoi que j’ai tenté de reconstituer. 
On peut ajouter que le visage du n° "45628" est celui d’un homme proche de la cinquantaine, comme l’était Maurice Granjon. 
Toutefois, seule la reconnaissance par un membre de sa famille ou ami de la photo  d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.

Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Maurice Granjon meurt à Auschwitz le 20 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz et destiné à l’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 384). Ce certificat porte comme cause du décès «Schwaches Herz und Fleckfieber (faiblesse cardiaque et typhus). S’il est tout à fait vraisemblable que Maurice Granjon ait contracté cette maladie, il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19 ou 20 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp été enregistrés à ces mêmes dates. Les motifs de décès portés sur les registres sont répétitifs et sans doute fictifs. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste «sélection» interne des «inaptes au travail», opérée dans les blocks d’infirmerie.
La mention «Mort en déportation» est apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel n°69 du 23 mars 1994, acte de décès qui porte toujours la date fictive du «20 décembre 1942»: il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil de la municipalité d’Auschwitz, accessible depuis 1995 au Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau.
© AMREL
Son nom figure sur le monument aux morts et le monument commémoratif 1939/1945 de Sainte-Adresse. Il est également honoré sur le monument intercommunal de Dreux inauguré par l'AMREL en 2010.

Sources
  • Dossier De Brinon, L.A. 13233.
  • Liste de déportés de Seine-Maritime établies à son retour de déportation par Louis Eudier in «Notre combat de classe et de patriotes, 1934-1945» (annexes).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet et décembre 1992, Caen. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). "Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948", établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7. Listes n° 31982 et n° 138.
  • © Site Internet «Mémorial-GenWeb».
  • © Site Internet «Légifrance.gouv.fr»
  • © Archives en ligne de Paris
Biographie rédigée en 2000 pour l’exposition de l’association «Mémoire Vive» au CRDP de Rouen, et modifiée en janvier 2012 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942», Editions Autrement, 2005 Paris et de «Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com  Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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